‹ Théorie des peines et des récompenses; (volume 2)Chapitre 43 sur 110 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

nÈGLES STR LES SALAIRES ET Al TRES KMOLTMEXTS d'ofFICES.

Avant d'entrer dans le détail de ces règles, remarquons que leur application dépend de la nature duserA'ice et des circonstances locales. C'est en observant la pente des abus qu'on découvre l'espèce de préservatif applicable au mal particulier. Les règles ne sauraient former un système parfait , parcequ'il est impossible de faire un catalogue complet de toutes les erreurs, et d'anticiper tous les abus. Mais il faut au moins se précautionner contre ceux dont on a fait l'expérience ; il faut mettre un signal sur les écueils connus par des naufrages. Parmi les règles que nous allons donner, quelques unes paraîtront superflues par leur évidence même ; toutefois , si , dans la pratique , on a souvent failli pour les avoir oubliées, la règle, quoique trop simple pour prétendre au mérite d'une découverte, est nécessaire comme avertissement : elle n'enseigne rien de nouveau , mais elle rappelle un principe qu'il est bon d'avoir constamment et clairement sous les yeux.

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UccLE. I. Allaclu-z !i'> émoliiinonts à l'emploi tle la inanicre qui produit la liaison la plus intime entre le devoir des employés et leur iulérCt.

1° Voyons d'abord l'usage de celle règle pour assurer TassidiiiLe de la part des employés en ij;c'neral.

La plupart des charges ont une circonstance commune , c'est d'exiger, pour que les devoirs soient remplis, que l'employé se trouve en certain temps dans un certain lieu. Dans bien des cas , assurer la résidence et l'assiduité, c'est assurer, au moins en partie, l'exécution du service. Que le clerc soit à son bureau, le juge à son tribunal, le professeur à son école, il est probable qu'ils n'y resteront pas oisifs. Or la meilleure chance de les y rendre assidus, par le moyen du salaire, c'est de le faire recevoir chaque jour, à l'heure marquée , sur le lieu même. Des lors les émoluments deviennent récompense; chaque contravention, sans forme de pr.ocès, est suivie d'une diminution de paye qui a toute l'efficacité de la peine sans en avoir la rigueur : l'intérêt de l'employé est d'accord avec son devoir; la loi s'exécute toute seule.

C'est ainsi qu'étaient payés les membres de l'académie française et de l'académie des sciences.

lyo REGLES

Et quels sont les employés qui ne doivent l'être de la même manière? Si l'orgueil a un scrupule légitime, c'est celui de recevoir le prix d'un travail qu'on n'aurait pas fait. Quant à l'objection tirée du morcellement du salaire , il est aisé de la lever par des jetons donnés jour à jour , et réalisés à époque fixe.

Dans l'acte infructueux du parlement pour l'établissement des maisons de pénitence , on avait adopté cette manière d'assurer l'assiduité des surintendants. Pour tout émolument, ils devaient recevoir chacun leur quote part d'une somme de cinq guinées à partager , chaque jour de séance, entre ceux qui s'y seraient trouvés.

On a un exemple plus ancien de cette police dans la société incorporée de Londres pour les assurances sur les ânes. Les directeurs ne reçoivent leurs modiques appointements que de cette manière. On l'a également adoptée pour les commissaires des banqueroutes , et pour différentes associations.

Ces exemples, faute d'avoir été rapportés à un principe général, n'ont pas eu toute l'influence qu'ils devaient avoir. Que de fois n'a-t-on pas entassé règlements sur règlements sans aucun succès î Combien de décrets inutiles en France pour assurer la résidence des bénéficiers et des évêques?

En Angleterre , on n'a pas été plus lieureux^

c'est-à-dire plus habile : on a fait des lois contre les ecclésiastiques non résidents; on a établi des peines, une amende fixe, par conséquent trop forte ou trop faible. A défaut de la partie publique pour la poursuite de ce délit, il a fallu s'en rapporter à un délateur de hasard qu'on lâche d'acheter avec le produit de l'amende. L'amour du gain n'est pas assez fort pour vaincre l'infamie de cette délation. Ce motif reste impuissant jusqu'à ce qu'il soit renforcé par quelque animosité personnelle.

Ces cas, qui arrivent tout au plus une ou deux fois en dix ans, ne font point exemple ; la nonrésidence est toujours la même; la peine inutile n'est qu'un mal de plus. D'ailleurs, quelle loi! Elle ne sert que d'instrument à la vengeance , et ne rapproche que des ennemis ! Toutes les fois qu'il serait désirable qu'un bénéficier vécût avec ses paroissiens, c'est-à-dire quand ils sont en bonne intelligence, la loi est une lettre morte : elle n'est mise en vigueur que dans les cas où les deux parties sont irréconciliables, c'est-à-dire dans les seuls cas où l'utilité de la loi est problématique , où il serait à désirer qu'elle admît une exception. Le retour de l'ecclésiastique dans sa paroisse est un triomphe pour ses ennemis et une humiliation pour lui-même.

Si les salaires des professeurs dans les univcr-

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siiës anglaises avaient elé cntrclace's de cette manière avec le service, on peut bien être sûr que ces places auraient conlinué d'être en activité; au lieu que, dans l'état actuel des choses, être professeur dans une université anglaise, c'est avoir un titre , une pension , sans aucune fonction obligatoire d'enseignement.

Le salaire payé jour à jour a un avantage de plus que d'assurer l'assiduité; il rend agréable un service qui, avec un salaire annuel, paraîtrait purement onéreux. C'est une manière de faire aimer les travaux que d'appliquer la récompense à leurs portions successives, au lieu de la donner en totalité. En Angleterre, les journaliers dans l'agriculture sont payés , comme les autres ouvriers, par semaine, argent comptant; et ce travail se fait bien et avec ])laisir. Il est des pays en Europe où les laboureurs sont payés par des maisons et des pièces de terre qui leur ont été données une fois pour toutes. C'est une partie du régime féodal : chacun sait que ce travail est fait avec la plus grande négligence et toute la tristesse de la servitude.

SUR LES SVLVTRES. l'jS

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