‹ Théorie des peines et des récompenses; (volume 2)Chapitre 86 sur 110 · PRIMES SLR LA PRODUCTION · texte numérisé non relu

PRIMES SLR LA PRODUCTION

Ce mode d'encouragement va beaucoup plus loin que les deux premiers dans la carrière de l'absurde. En effet , dans les deux cas précédents, c'était une dépense , un risque , sans raison suffisante pour compter sur le succès, et même sans raison suffisante, en cas de succès. Mais la prime est une dépense encourue avec la certitude de ne pas atteindre l'objet qu'on se propose, et même parcequ'il est certain qu'on ne peut pas l'atteindre.

Ici ce n'est pas seulement le but qui est absurde, mais encore le moyen; il a ce caractère particulier de ne contribuer en rien au but.

C'est uniquement parceque le commerce en question est désavantageux qu'il faut donner de l'argent pour le maintenir; car, s'il était avantageux, il se maintiendrait de lui-même. Le fabricant ne pouvant obtenir pour sa marchandise, de la part de l'acheteur, un prix qui donne le profit

SUR Lv PRuniCTioN. sgS

oiilinaiiT, le gouvernement lui accorde une grati- Mcation pour compenser la différence.

Que le genre du produit soit avantageux ou non , la prime n'a point d'effet pour augmenter le pouvoir du producteur. Puisqu'elle est subsé- (juente à la production , puisqu'il la reçoit quand la chose est faite , il est évident qu'il a eu d'autres ressources pour la faire. La prime a pu influer sur son inclination , mais elle n'a pas contribué à son pouvoir.

On a donné des primes à tel ou tel commerce par toutes sortes de raisons, à cause de son ancienneté, à cause de sa nouveauté ; — parcequ'il était florissant, parcequ'il tombait en langueur; — parcequ'il était avantageux, — parcequ'il était onéreux; — parcequ'il y avait des espérances de l'améliorer, — parcequ'il y avait des craintes qu'il n'empirât ; en sorte qu'il n'y a aucun commerce qui ne puisse , par l'un ou l'autre de ces motifs, réclamer ce genre de faveur dans tous les périodes de son existence.

C'est dans le cas d'un vieux commerce que le mal de cette mesure est le plus énorme. Un commerce établi depuis long-temps est en général très étendu : cette étendue fournit la meilleure raison à ceux qui sollicitent des faveurs pour le soutenir; et pour la faire valoir, il doit être représenté tout à la fois comme gagnant et comme

perdant : — gagnant, pour disposer à le conserver; perdant , pour disposer à le secourir '.

Pour une branche nouvelle de commerce ou d'industrie, l'inutilité de la prime est manifeste. Dans ce cas , point d'apologie qui porte le masque d'une apparente nécessité , point de description pompeuse de son étendue. Tout ce qu'on peut alléguer, c'est qu'une fois établi, il serait grand et lucratif; mais ce dont il a besoin , c'est de s'établir. Or, pour l'établir, que fait-on? On prend des mesures qui ne peuvent avoir leur effet qu'après qu'il sera établi. Que le commerce en question soit en train, il rapportera, dit-on, 5o pour cent ; mais , pour le mettre en train , il faut beaucoup d'avances : il en faut de si grandes, que les capitalistes, à cause du risque de toute nouvelle entreprise, ne le feront pas. Que fera le gouvernement? Donnera-t-il un capital? Non , ce serait folie. Prêtera-t-il? Non, il courrait trop de hasard; il donnera une prime sur la chose quand elle sera fabriquée: jusque là, dit-il, nous ne donnons point d'argent. Ainsi aux 5o pour cent que vous gagnerez en vendant votre marchan-

' Il est vrai que ce qu'on ne devrait pas faire pour soutenir une branche d'industrie improfitable, on peut le faire pour prévenir la détresse des ouvriers actuellement employés dans cette carrière; mais ce sont là des objets parfaitement distincts.

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