‹ Théorie des peines et des récompenses; (volume 2)Chapitre 87 sur 110 · SUR L\ PRODUCTION · texte numérisé non relu

SUR L\ PRODUCTION

dise, nous ajouterons une gratification de 10 pour cent. Fort bien; et, au moyen de ce raisonnement, dans quel période refusez-vous ce secours? Vous le refusez tant qu'il peut être utile de le donner ; vous l'accordez pour obtenir qu'une chose se fasse , et vous ne le donnez (juc lorsqu'elle est déjà faite par des moyens indépendants de vous.

La défiance et les courtes vues, une disposition soupt^onneuse et une tète confuse, sont très susceptibles de s'allier. Pourquoi aime-t-on mieux donner des primes que faire des avances de capitaux? Par la peur d'être dupé dans le dernier cas. Si nous donnons dix mille livres sterling tout à la fois avant que la chose soit faite, elle ne se fera peut-être pas. Pour éviter ce risque, que font-ils ? Ils donnent , quand la chose est faite , dix mille livres sterling par année , qui ne leur rentrent jamais.

Au lieu de produire un bénéfice , la dépense de l'état devient plus onéreuse à mesure que ce commerce prend plus d'étendue. L'encouragement institué est continué par la raison contraire: d'abord , c'était pour l'obtenir, ensuite c'est de peur de le perdre. Ce qu'il fallait donner en première instance pour rétablir était peu de chose ; ce qu'il faut payer pour le maintenir n'a point de terme.

Le capital donné à une nouvelle branche d'industrie , pour une expérience , est toujours comparativement une petite somme ; — mais ce qu'on donne pour prime est toujours, ou du moins on espère toujours que ce sera une somme considérable; car, à moins qu'il ne se fabrique et ne se vende une grande quantité de cette marchandise, et, par conséquent, à moins qu'on ne paie une grande prime pour la faire produire et la vendre, l'objet est regardé comme manqué : on estime que la prime n'a pas répondu à l'attente.

Lorsque l'article est un de ceux qu'on n'aurait pas manufacturé sans la prime, autant de donné, autant de perdu; mais si c'est un de ceux que , même sans prime, les fabricants auraient trouvé leur intérêt à fabriquer , il n'y a qu'une partie de la prime qui soit perdue. Comme elle fait une addition très sensible au profit ordinaire du commerce, elle attire un grand nombre de gens vers cette entreprise particulière ; par leur concurrence, cet article est vendu à meilleur marché, en proportion de la prime même. Dans cet état de choses, il semble au premier coup d'œil que la prime ne fait ni bien ni mal ; les individus gagnant par la réduction du prix autant qu'ils perdent par l'impôt , qui est la cause effective de cette réduction.

Cela serait vrai, si les personnes qui conlri-

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buent dans un cas étaient les mêmes qui profitent dans l'autre , si la mesure de ce profit clait exactement la mesure de la contribution, et si tout le travail perdu pour toutes ces opérations ne coûtait rien. Mais toutes ces suppositions sont précisément le contraire du fait.

D'après ce qu'on vient de dire , il est clair qu'une prime sur la production ne peut jamais, à la longue, augmenter l'abondance de l'article en question, quelle que soit la diminution qui en résulte dans le prix. La récompense que retire le producteur n'est pas plus grande qu'auparavant; la seule différence est qu'elle lui vient d'une autre main. Ce ne sont pas les individus qui la donnent d'une main immédiate , c'est le gouvernement. Sans la prime, ceux qui paient pour l'article sont ceux qui en jouissent ; avec la prime, ils ne paient qu'une partie du prix directement, le reste est payé par le public en général, c'est-à-dire, plus ou moins , par plusieurs de ceux qui n'en retirent aucun avantage *.

Quoique la prime sur la production n'ajoute rien à l'abondance d'un article de consommation universelle, elle en diminue le prix pour l'acheteur. Supposez qu'en Ecosse il y eût une prime

* Smith a fait une méprise en disant que la prime sur lu production était un moyen d'abondance, par où clic valait mieux que la prime sur rcxporlalion.

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sur la production de l'avoine , et que la prime fût payée par un impôt sur la bière faite avec ce grain, l'avoine ne sera pas plus abondante qu'auparavant , mais elle sera vendue à un prix plus bas ( quoique le marchand fasse le même profit), tandis que la bière faite avec ce grain sera proportionnellement plus chère; le consommateur d'avoine ne se trouvera pas plus riche qu'auparavant; mais, pour le même prix, il aura une plus grande quantité de ce grain sous la forme d'aliment, et il en aura moins sous la forme de boisson.

Je parle ici de l'abondance relative , en proportion de la consommation ordinaire; je parle du superflu comparé au besoin habituel. Plus cette denrée est à bas prix en comparaison des autres, plus la demande en sera grande. On en produira donc davantage à raison de cette plus grande demande; mais on n'en fera pas plus que la quantité demandée: la denrée restera donc, pour l'abondance, sur le même pied qu'auparavant. S'il faut du superflu, c'est-à-dire s'il faut une certaine quantité par-delà la quantité produite ordinairement, il faut avoir recours à d'autres mesures qu'aux primes de production. On peut insister. — Mettez une prime sur un objet de consommation universelle, par exemple, sur l'avoine , en Ecosse , vous n'augmenterez pas l'a-

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bondancc de cette denrée , mais vous en ferez baisser le prix; vous prendrez aux classes riches, et vous donnerez aux classes pauvres: car l'avoine, denrée des j)anvros . étant Tobjct non d'un impôt mais dune prime, et les articles consommés par les riches étant les objets non d'une prime mais d\m impôt, au moyen dntpicl la prime sur la production de l'avoine est payée , il en résulte que les pauvres auront à meilleur marché la denrée dont ils font le plus grand usage.

J'en conviens. Mais s'ensuit-il que leur condition serait améliorée ? Point du tout. L'avoine serait vendue au pauvre à plus bas prix, mais il aurait moins d'argent pour l'acheter. Tous les moyens de subsistance de cette classe se réduisent aux gages de leur travail. Or, le taux des gages dépen 1 nécessairement du degré d'opulence que le pays possède, c'est-à-dire de la quantité du capital disponible pour acheter le travail en proportion du nombre de ceux dont le travail est à vendre. Le bas prix résultant de la prime ne sera donc d'aucun avantage pour les salariés, puisque l'opulence du pays restant la même , si la denrée baisse , ils seront moins payés. Ou ce qui revient au mf'me, comme ils travaillent pour une ration d'avoine , ils seraient obligés de donner plus de travail pour cette ration, si elle était à plus bas prix.

3o2 PRIMES SUR LA PRODUCTION.

On peut résumer en peu de mots tout ce qui concerne ce mode d'encouragement.

Le cours naturel des choses donne une prime pour l'application de l'industrie aux branches les plus avantageuses, yonme dont la répartition sera toujours faite de la manière la plus équitable. Si les primes artificielles prennent le même cours que les primes naturelles , c'est un superflu. Si elles prennent un cours différent, c'est un mal positif.

EXEMPTIONS d'impôts, CtC. 3o3

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