‹ Théorie des peines et des récompenses; (volume 3)Chapitre 108 sur 111 · DE LA REVUE D'ÉDIMBOUKG · texte numérisé non relu

DE LA REVUE D'ÉDIMBOUKG

( N- XLIII (octobre iSi5).

Nous avons déjà eu occasion de mentionner ce 1res inléressant ouvrage ( la Théorie des peines et des récompenses^ , et d'exprimer notre regret des incidents qui , plus d'une fois , nous ont empêché d'exécuter le dessein que nous avions formé de mettre une esquisse de son contenu sous les yeux de nos lecteurs. Nous sommes enfin à même de remplir notre intention; et le délai que nous y avons apporté, en nous donnant plus de temps pour méditer sur le sujet de ce livre, n'a fait que confirmer notre conviction primitive des services essentiels qu'a rendus aux branches les plus importantes de la législation cette promulgation des doctrines de Id. Beatbam.

Dans cette occasion , comme dans une précédente , c'est à M. Dumont que nous sommes redevables de la connaissance de ces précieuses compositions. La plupart d'entre elles avaient été terminées (en ce qui concerne la part qu'y a eue leur premier auteui ) plus de trente ans avant leur publication actuelle ; pendant cette longue période de temps, elles sont demeurées dans son cabinet, négligées par lui, ou considérées comme des matériaux pour une partie de son grand ouvrage sur la législation , dans lequel il les eût fait entrer un jour, ou peut-être regardées seulement comme des notes amassées pour son propre usage dans le cours de ses études.

Si le même esprit zélé el la même main amie auxquels nous devons les Traités de Législation ne se fussent point interposés, ce traité, quoique presque complet et tout-à-fait capable d'être séparé du vaste système de morale pratique { P radical ethics ) , auquel il appartient naturellement, aurait, selon toute probabilité, été dérobé au public jusqu'à l'époque où ce grand ouvrage pourra être terminé , avec la chance encore plus probable d'une entière suppression due à l'extrême sévérité de IM. Bentham envers ses corapositions- Heureusement M. Dumont le décida à lui confier ses matériaux, et, nonobstant tous lesdésavantages qu'offre la confection d'une œuvre de cette nature, il est si parfaitement entré dans l'esprit de son auteur, il connaît si bien les sujets discutés, et il écrit avec une si admirable précision, en même temps qu'avec beaucoup de vivacité et d'élégance, que, sans ce que nous apprennent le titre et la préface, il eût été difTicile d'imaginer que ce livre ne contenait pas l'exposé des principes de l'auteur tel qu'il l'avait tracé lui-même.

Le mérite de M. Dumont étant si grand, et sa part dans Vexécution de l'ouvrage si considérable, nous ne faisons que lui payer un juste tribut, en nous arrêtant un moment pour lui contester le titre de rédacteur que sa modestie l'a porté à prendre. Il ressemble beaucoup plus à un adepte développant les doctrines de l'école de philosophie à laquelle il appartient. Les matériaux remis entre ses mains étaient pour la plupart extrêmement imparfaits , quoique beaucoup plus volumineux que l'ouvrage, dans lequel il en a fait entrer l'esprit, plutôt qu'il ne les a incorporés eux-mêmes. Ils lui offraient souvent, sur le même sujet, diiférents essais qu'il devait assembler, coordonner et expliquer lui-même, ou accompagner des explications de l'auteur, selon les circonstances. Dan? quelques chapitres, il n'avait pour se diriger

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que dos notes marginale?. 11 composa un livre cntiir avec des tV.jgmenls épars qu'il eut non seulement à assembler et arranger, mais encore à lier ensemble et à étendre. L'importante discussion sur les peines capitales, entre autres, n'était point finie.

En traitant de semblables branches de l'ouvrage, iM. Dûment a eu évidemment i\ remplir une tûahc pareille à celle des restaurateurs delà géométrie ancienne , qui , d'aprè> les précieux restes trouvés dans Pappus , tantôt un énoncé sans développement ni construction, tantôt une proposition sans démonstration , ou quelques propositions servant de préli-' minaires à des théorèmes perdus, et souvent une remarque obscure ou une allusion à des livres inconnus aujourd'hui < l donnant de vagues indices de leur contenu, ont, pur leur tact et leur habileté extraordinaire, été en étal d'offrir au monde moderne les plus savantes spéculations des anciens, dans un état de perfection probablement beaucoup plus grande qu'elles ne l'avaient primitivement reçue du génie de leurs illustres auteurs.

M. Dumont a été à même de remplir les lacunes laissées dans une partie des matériaux qu'il a mis en œuvre, en puisant dans quelques unes des publications antérieures de M. Bentham ; et, dans le choix qu'il en a fait, comme dans la manière de les intercaler pour conserver l'unité du plan, il a montré son habileté accoulmnée. Cependant , quoiqu'en cela, comme dans l'exécution générale de sa tâche, il ail été forcé de prendre une latitude bien différente de celle des éditeurs ordinaires, ayant h traduire, à commenter, à iibréger ou à suppléer, selon la nature du texte et l'occasion , il rappelle à son lecteur, comme il le fit pour la précéilente publication , que les détails de l'exécution lui appartiennent seuls, et qu'aprè* tout, ce n'e*«t point son propre ouvrage

qu'il présente au public, mais, aussi fidèlement que la nature de la chose le permet , celui de M. Bentham.

M. Dumont conclut que M. Bentham a été satisfait de la fidélité de sa dernière publication, d'après la confiance qu'il lui a de nouveau accordée; mais il ajoute que M. Bentham n'est nullement intervenu dans l'exécution du présent ouvrage, et qu'il a même refusé d'en prendre communication avant qu'il ne fût terminé. Le fait est que, conservant les mêmes opinions qu'il avait sur le fond du sujet , lorsqu'il prépara ces matériaux , et toujours pénétré de ce goût difficile qui les lui avait fait supprimer, il n'aurait pu être satisfait de la forme sous laquelle il les avait disposés, et s'il les eût retouchés , c'eût été pour les composer de nouveau. « Que iM. Bentham ( dit >on ami ) , trop difficile sur ses pro- «ductions, ne crût pas celle-ci digne des regards du public, «c'est ce qui n'étonnera point ceux qui savent tout ce qu'il »exige de lui-même , et les idées qu'il se forme d'un ouvrage «achevé. '>

Nous ne pouvions, sans injustice envers 31. Dumont, omettre de mentionner ces particularités ; car les travaux de ceux qui , avec assez de capacité pour composer des ouvrages originaux , se dévouent à exposer les systèmes des autres, obtiennent rarement les suffrages qui leur sont si justement dus; il est encore plus rare que de semblables commentateurs participent;! un tel point au mérite de l'auteur original.

Avant d'entrer dans l'examen du livre lui-même, nous parlerons avec une véritable satisfaction de l'annonce contenue dausla préface, concernant le succès du premier traité de M. Bentham, publié par M. Dumont. Malgré tous les désavantages au milieu desquels il a paru , et les convulsions t]Mi ont depuis agité le continent où il était principalement

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destine à circuler, en conséquence de la lanjfue dans laquelle il e?t écrit et du lieu où il a été publié , trois mille exemplaires se sont écoulés en très peu de temps, et cependant le nom de l'auteur n'était auparavant guère connu hors de l'Angleterre. Ses principes n'ont pas été sans influence ; c'est ce qu'on peut inférerdes allusions fréquentes qu'on y a faites dans les diverses publications olTicielles sur les codes civils ou criminels, promulguées dans les différentes parties de l'Europe.

L'ouvrage est partagé en deux grandes divisions ou branches: la théorie de la législation pénale, et celle de la It-gislalion rémunératrice.

Dans la première sont exposés systématiquement tous les principes qui doivent régler les choix des différents modes de châliment , et les proportions des châtiments aux crimes.

Dans le monde on montre les principes d'après lesquels le législateur doit procéder quand il présente des encouragements ( inducemenl ) , soit seuls , soit accompagnés de peines correspondantes , pour influencer la conduite de ses sujets.

L'enquête sur ces deux matières eslappuyée de références constantes à l'état actuel des choses, en relation avec les principes posés ou déduits , pour montrer la concordance de la pratique des législateurs avec la théorie, ou sa divergence d'avec celte théorie. L'ouvrage a éminemment droit au titre d'original dans toutes ses parties. La doctrine des peines avait été plutôt esquissée que systématiquement exposée, même par le petit nombre des auteurs anciens ou modernes qui , ayant écrit sur ce sujet, avaient fait profession de le traiter le plus amplement. La doctrine des recompenses avait à peine été traitée, et jamais sous une forme distincte et séparée.

Nous^ suivrons Jes deux branche- de l'enquête dans leur ordre; mais comme elles sont susceptibles d'être examinées séparément, et que chacune forme par elle-même un tout distinct et indépendant de l'autre; nous nous proposons, quant à présent, de nous borner à porter notre attention sur la théorie des peines , qui est développée en cinq livres.

I. Le premier livre expose les principes généraux du système, et commence par des définitions et des classifications dont nous ne citerons ici que les plu^ essentielles. Punir, dans le sens le plus général, c'est infliger un mal à un individu , avec l'intention qu'il souffre ce mal à raison de quelque acte qui paraît avoir été fait ou omis. Punir, dans le sens légal, c'est infliger un mal , selon des formes juridiques, à un individu convaincu de quelque acte défendu par la loi (i) , et avec l'intention de prévenir de semblables actes. Les peines comme les délits sont divisibles en quatre classes , selon qu'elles affectent la personne , la propriété , la réputation ou la condition. Les peines qui affectent la personne, ou , comme on les appelle ordinairement, les peines corporelLs, sont subdivisées en plusieurs genres; elles peuvent être ou simplement afflictives , ou ajflictives complexes , ou restrictives , ou actives ( c'est-à-dire laborieuses), ou capitales. Les trois autres classes sont iowlQS privatives , et affectent le délinquant de pertes et de déchéances. De là résulte une autre classification des peines, qui se trouvent divisées en corporelles et privatives (2).

(i) Notre auteur a mis : 0 quelque acte nuisible défendu par la loi , » ce qui est une tautologie.

(2) Peut-être les termes , sinon la division elle-même, blessent-ils un peu les idées communes. Ainsi, par exemple, l'emprisonnement est communément regardé comme une privation de la liberté ; néanmoins, dans l'arrangement dont il s'agit, il ne rentre pas dans la classe

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