‹ Théorie des peines et des récompenses; (volume 3)Chapitre 87 sur 111 · MAUX DERIVES DE I,A PEINE · texte numérisé non relu

MAUX DERIVES DE I,A PEINE

SF.CONDE SECTION.

Maux inévitables dérivés de la peine.

Toutes les peines, ou du moins presque toutes, affectent plus d'une personne , outre le délinquant qui les subit. Il a des relations, des amis, des associés, des créanciers qui en souffrent par sympathie ou par contre-coup. C'est une partie de la peine qui s'extravase, qui se déborde hors de son lit naturel , et se répand sur des innocents. C'est là un mal inévitable , c'est-à-dire inévitable à moins d'établir une impunité absolue.

Mais si ce mal est inévitable, il faut le réduire, autant que possible, à son moindre terme. Quand le législateur fixe une peine , elle lui paraît suffisante pour celai qui n'a point de femme et d'enfants : la même peine nominale, dans le cours ordinaire des choses, sera donc plus forte en réalité pour l'homme marie et père de famille. La diminuer par cette considération jusqu';'; un certain point, ce serait la laisser égale à ce qu'elle est dans sa totalité pour le célibataire ; et quand on joint à ce titre l'intérêt de la femme et des enfants , on sera porté à conclure que lorsqu'il s'agit d'une peine infamante , d'une peine pécuniaire, d'un emprisonnement, d'un bannissement, un certain rabais de la peine pourrait avoir

MAUX DÉRnÉS Dt LV PKINE. ^73

Ueu en faveur de Tindividu qui a ces liens domestiques. 11 est vrai que cette présomption d'une plus grande sensibilité de sa part ne devrait pas tenir contre une preuve de lait; par exemple, s'il avait réduit sa femme à se séparer de lui par de mauvais traitements, s'il avait abandonné ses enfants, il ne faudrait pas lui accorder un rabais de peine, à titre de père et d'époux.

Dans le cas où la peine principale porterait sur la fortune du délinquant, l'intérêt de la femme et des enfants innocents devrait être préféré à l'intérêt du fisc: mais cette indulgence a des limites: car il faut que l'homme soit puni; et il pourrait bien ne pas l'être, si on rendait à ceux qui dépendent de lui tout ce qu'on lui ôte à luimême.

Par rapport à des créanciers d'un autre genre , à ceux qui ne sont unis avec lui que par un rapport d'affaires mercantiles , la règle de préférer leur intérêt à celui du fisc doit être appliquée sans réserve et dans toute son étendue. De tout ce qu'on fait payer au délinquant, à titre de peine pour son délit , pas une obole ne doit entrer dans le trésor public, qu'après qu'on a satisfait en plein et de bonne foi à toutes les réclamations de*i créanciers légitimes.

v374 DIVISION DES PEINES DEPLACEES

Page 1