CHAPITRE VII
DE l'analogie ENTRE LES PEINES ET LES DÉLITS.
Analogie , c'est rapport , connexion , liaison par laquelle, entre deux objets, l'un possède la propriété de rappeler l'autre dans l'esprit de la personne en question.
La ressemblance est un mode d'analogie : la dissemblance ou le contraste en est un autre *.
Pour établir de l'analogie entre la peine et le délit, il faut qu'il y ait dans le délit (quelque circonstance frappante qu'on puisse transférer dans la peine.
Cette circonstance frappante ou caractéristique
* Ainsi , de l'idée d'un géant , l'esprit passe à l'idée de tout ce qui est grand; les Lilliputiens appelèrent Gulliver l'homme montagne: ou, de l'idée d'un géant, l'esprit passe à celle d'un nain.
sera l'instrument qui sert au crime , l'organe ((ui le consomme, la partie du corps qui a été le sujet du délit, le moyen employé par le délinquant pour n'être pas reconnu , etc.
Les exemples que je vais donner n'ont d'autre objet que d'expliquer clairement cette idée d'analogie. Je me borne à dire que telle peine serait analogue à tel délit, sans recommander l'emploi de celte peine d'une manière absolue et dans tous les cas. Il ne suffit pas qu'une peine soit analogue pour être convenable ; il faut avoir égard à beaucoup d'autres considérations : mais on ne peut pas tout dire à la fois.
PREMIÈRE SOURCE d'ANALOGIE.
Même insli'umenl dans le délit et dans la peine.
L'incendiât, l'inondation, l'empoisonnement, ces délits dans lesquels le moyen employé pour les commettre est la première circonstance qui frappe l'imagination, sont du nombre de ceux où l'on peut appliquer à la peine l'instrument qui a servi au crime.
Observons, sur l'incendiât , que ce délit doit se restreindre aux cas où quelque individu périt par le feu. N'y a-t-il point de vie perdue, point d'injure personnelle irréparable , le délit doit être traité sur le pied d'un dégât ordinaire. Qu'un article de pro-
priété soit détruit par le feu ou par quelque autre agent , cela ne fait point de différence. La valeur du dommage doit être la mesure du délit. Un homme met-il le feu à une maison isolée et inhabitée , c'est un acte de destruction , et son délit ne se range pas sous la définition de l'incendiât *.
Si le supplice du feu eût été réservé pour les incendiaires, la loi aurait eu en sa faveur la raison de l'analogie. Mais, dans la législation des temps barbares , on l'a employé assez généralement en Europe pour trois espèces de délits : la magie, délit purement imaginaire; l'hérésie, simple différence d'opinion religieuse, parfaitement innocente, souvent salutaire, et oii tout l'effet des peines se réduit à produire des actes de fausseté; le troisième délit, résultat d'une dépravation sans méchanceté, suffisamment réprimé par la honte 2.
1 On doit cependant considérer comme une aggravation l'emploi de ce moyen, s'il y a danger de feu pour des objets contigus.
2 Le supplice du feu, autrefois appliqué en France à ce délit, dut son origine à un faux raisonnement tiré de l'histoire du peuple juif. On crut imiler la Providence, qui avait détruit par le feu deux villes coupables.
Mais, I0 les théologiens de tous les partis conviennent que les dispensations miraculeuses de la justice divine ne peuvent point servirderègle pourles inslilulions ordinaires et permanentes des législateurs humains; autrement les murmures contre l'autorité * et les moqueries contre la
• Quinze mille personnes furent mises A mort, pour avoir mur-
Le feu pourrait être employé comme instrument de supplice, sans aller jusqu'à la mort. La peine est variable dans sa nature entre tous les degrés de sévérité dont on peut avoir besoin. Il faudrait soigneusement déterminer, dans le texte de la loi, la partie du corps qui doit être exposée à l'action du feu, le mode de l'opération par une lampe, le nombre des minutes , et l'appareil nécessaire pour ajouter à la terreur. Pour rendre la description plus frappante, objet principal, il faudrait y joindre une estampe où l'opération serait représentée.
^inondation est un délit plus rare que l'incen-
vieillesse * devraient être rangées parmi les crimes capitaux.
2o Si Dieu eût voulu que ce délit fût puni par le feu , il aurait commencé par son peuple ; mais la loi judaïque ordonne la peine de mort en termes généraux ; et même la peine du feu parait exclue, puisque dans le verset suivant, pour une espèce d'inceste, elle est positivement prescrite. [Lévit. XX, 13, 14.
3° Il n'est point dit que cette offense fût la seule pour laquelle ces villes furent détruites : le texte leur impute en général toutes sortes d'iniquités et de méchancetés.
4° Ce n'était pas même le simple délit d'impureté, ^qui était le crime des Cananéens : ils étaient coupables d'une violation d'hospitalité et d'une violence personnelle; deux aggravations si fortes qu'elles changent tout à fait la nature du délit.
muré contre Moïse. Voyez Thistoire de Korab, Datban et Abiran. Nom. 1,16.
' Le délit pour lequel quaranle-deux enfants furent déchirés par des ours à la prière d'Elisée— i?c»w. liv. II, chap. ii.
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diat; il est inconnu dans plusieurs contrées, et ne peut être commis que dans les pays où il y a des canaux et des digues artificielles à percer. Il est susceptible de tous les degrés de gravité. Causer l'inondation de quelques terrains est simple dégât de propriété : c'est par la destruction des vies que ce délit s'élève au degré d'atrocité qui nécessite des peines sévères.
L'analogie la plus sensible indique le moyen du supplice : c'est de noyer le criminel avec quelque appareil qui ajouterait à la terreur. Dans un code pénal où l'on n'aurait pas admis la mort , il pourrait être noyé et rendu à la vie. Ce serait une partie de la peine.
Devrait-on employer le poison comme moyen de supplice pour un empoisonneur?
A certains égards , il n'est point de peine plus convenable. Le poison est distingué des autres meurtres par le secret avec lequel il peut être administré, et par la froide détermination qu'il suppose. De ces deux circonstances , la première ajoute à la force de la tentation et à l'alarme causée par le délit ; la seconde fait voir que le criminel , attentif à son propre intérêt, est capable d'une réflexion sérieuse sur la nature de la peine. L'idée de périr par le même genre de mort qu'il prépare est la plus effrayante pour lui. Dans chaque préparalif du crime, l'imagination lui représente son propre sort. L'analogie, sous ce rapport, produit pleinement son effet.