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CHAPITRE VIII

Si la loi du talion était admissible, les travaux du législateur seraient bien abrégés : un mot tiendrait lieu d'un volume.

En quoi consiste le talion'^ A faire souffrir au délinquant le même mal qu'il a fait à la partie lésée: pour injure corporelle , peine corporelle; pour injure contre la propriété, peine pécuniaire; pour injure contre la réputation , peine de nature à affecter la réputation du délinquant. Voilà l'idée générale : mais ce n'est pas assez. Pour rendre la peine exactement conforme au principe du talion, l'identité doit être portée aussi loin qu'il est possible. Par exemple, le délit a-t-il consisté dans l'incendie d'une maison , la maison du délinquant devrait être incendiée; l'injure faite à la réputation d'un individu a-t-elle fait perdre un certain rang, le délinquant devrait être puni par la perte du même rang ; a-t-il mutilé son adversaire , il doit subir la même mutilation; lui a-t-il ôté la vie, il doit être puni de mort. En un mot ^ jjjus la ressemblance est spécifique entre la peine et le délit , plus elle est conforme à la loi du talion. OEilpour œil, dent pour dent : voilà l'expression proverbiale. L'identité requiert qu'on affecte non-seulement la même partie, mais de la même manière : le meurtre s'est-il opéré par le feu , le fer ou le poison , il faut que le supplice soit accompli par le même instrument.

Le grand mérite de la loi du talion , c'est sa simplicité. Tout le code pénal est renfermé dans une seule règle : « Le délinquant souffrira le mal qu'il «: a fait souffrir. )> Tout vaste qu'est ce plan , il entre tout à la fois dans l'intelUgence^la plus

bornée ; il se fixe dans la njéniûire la plus faible : et de plus, l'analogie est si parfaite, que l'idée du déljt réyeille iniraédiatenient l'idée" de la peine. Plus le délit paraît séduisant, plus la peine doit être un objet d'effroi : la sauvegarde est à côté du péril.

J'allais poursuivre cet examen , mais à quoi sert, puisque dans le plus grand nombre des délits le talion est impraticable? D'abord, il ne peut pas s'appliquer aux délits purem^nlTpubliçs, dont le caractère est de nuireàla communauté en^g^énéral, sans nuire à aucun individu assignable. Qu'un homme se soit rendu coupable de trahison , qu'il ait entretenu des correspondances criminelles avec l'ennemi de l'Etat, qu'il ait livré par lâcheté une forteresse , comment peut-on lui rendre en nature le mal qu'il a fait ou voulu faire?

Il n'est pas plus applicable dans les délits demipublics , ces délifs qui affectent un certain district ou une certaine classe d'individus dans la communauté. D'ailleurs , le mal de ces délits est souvent tout en alarme, en danger, sans tomber sur aucun individu assignable; il ne donne point de prise au talion.

Dans les délits contre soi-même , ces actes qui offensent la morale, il serait absurde. Si un individu, par choix, se fait du mal à lui-même, lui faire le même mal, serait-ce le punir?

Dans les délits contre la réputation , s'ils sont commis par un faux rapport, la loi ne peut pas

ordonner de répandre un faux rapport contre le délinquant. Ce qu'on peut faire , c'est de le soumettre à quelque peine infamante ; mais elle serait souvent inefficace , car elle dépend de la réputation qu'il possède : onji^ôtejifiii à. qui n'a rien.

Dans les délits contre la propriété , la peine du talion serait trop faible , trop peu exemplaire : et d'ailleurs , quel contre-sens que des peines pécuniaires pour un délit dont l'indigence est le motif le plus commun ?

Même défaut de prise, même impossibilité du talion , dans les délits contre la condition naturelle ou civile ; et il y a des cas où, s'il était praticable , il ne serait pas admissible; par exemple, la séduction , l'adultère , etc.

Que reste-t-il donc pour l'opération de cette loi? Presque rien. Les seuls délits auxquels on puisse l'appliquer, et pas même constamment , sont ceux qui affectent la personne : encore faut-il supposer une parité de circonstances, qui n'existe presque jamais. Dans les cas peu fréquents où le talion serait applicable, il pécherait par un excès de sévérité. Son vice radical est d'être inflexible. La loi l ^ doit mesurer la peine sur les circonstances d^aggrâ^ ' vation ou d'atténuation TTé talion détruit toute mesure.

Cette peine doif^^ire à des peuplesj!jtHï-«arac- 1ère vindicatif. MahoîHet Uaveiinrouvée établie chez les Arabes^^e^i'^ cîm^acrée dans le Coran , avec un ton -tP^Ioge qui don^isja mesure de ses

ni DE LA POPULARITÉ DU CODE PÉNAL.

connaissances en matière de lëgis|irtion. « 0 vous , qui avez un cœur , vous troipf^ez dans le talion , et dans la crainte qu'il inspire, la sûreté de vos jours! » (Tom. I, chap. ii , de la Vache.) Soit faiblesse, soit ignor^ce, il flattait le vice dominant, qu'il aurait dii combattre.

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