‹ Théorie des peines et des récompensesChapitre 25 sur 78 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Prouver qu'une institution est conforme au principe de l'utilité, c'est prouver, autant que la chose est susceptible de preuve , que le peuple doit l'aimer. — L'aimera-t-il en effet ? c'est une question toute différente. Il l'aimerait , si son jugement était toujours dirigé par ce principe; mais c'est là un degré de civilisation auquel aucun peuple ne s'est encore élevé. Chez les nations les plus avancées , même dans les classes supérieures , combien ne trouve-t-on pas d'anlipathies et de préjugés qui n'ont aucune base solide ! Antipathies contre certains délits, sans rapport au mal qui en résulte; — préjugés contre certaines peines, sans égard à leur convenance.

Les objections capricieuses contre tel ou tel

mode de punir sont succeptibles de varier autant que les fantaisies de l'imagination ; mais on trou- ■vera le plus souvent qu'elles se rangent sous l'un ou l'autre de ces quatre chefs : Liberté, — décence, — religion , — humanité. Observez que j'appelle capricieuses les objections qui tirent toute leur force apparente de la faveur dont jouissent ces termes respectés : le caprice consiste à prendre ces noms en vain.

I. Liberté. — Il y a peu de chose à dire sous ce chef. Toutes les peines sont contraires à la liberté , nul ne les souffre que par contrainte. Mais on trouve des enthousiastes qui, sans faire attention à cela , condamnent certaines peines , par exemple, l'emprisonnement joint au travail forcé , comme un attentat aux droits naturels de l'homme. Dans un pays libre , disent-ils , on ne doit pas souffrir que même les malfaiteurs soient réduits à un état d'esclavage; c'est un exemple odieux et dangereux, il n'y a que des peuples soumis au despotisme qui puissent souffrir la vue des galériens enchaînés.

Cette objection fut répétée dans plusieurs pamphlets , quand on proposa en Angleterre les maisons de pénitence. Traduisez cette clameur d'une manière intelligible , elle signifie qu'il faut laisser la liberté à ceux qui en abusent , ou que la liberté des malfaiteurs est une partie essentielle de la liberté des honnêtes gens.

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