‹ Théorie des peines et des récompensesChapitre 27 sur 78 · IV. Humanité, — « N'écoutez pas la raison ., qui · texte numérisé non relu

IV. Humanité, — « N'écoutez pas la raison ., qui

^ Pilati. Histoire des révolutions , depuis l'accession de ConstantiQ jusqu'à la chute de Terapire d'Occident.

nous trompe si souvent , mais le cœur, qui nous conduit toujours bien. Je rejette sans examen cette peine que vous proposez , parce qu'elle fait violence aux sentiments naturels, elle fait frémir les âmes sensibles, elle est tyrannique et cruelle. » Voilà le langage des orateurs sentimentaux.

Certes, si la répugnance d'un cœur sensible est une objection suffisante contre une loi pénale, il faut anéantir le code pénal. Est-il une seule de ses dispositions qui ne porte une atteinte plus ou moins douloureuse à la sensibilité?

Toute peine par elle-même est nécessairement odieuse. Si elle n'excitait point d'aversion , pourrait-elle remplir son objet? Une peine ne saurait être approuvée qu'autant qu'on l'associe à l'idée d'un délit.

Je récuse le sentiment comme arbitre; — je ne le récuse pas comme premier moniteur de la raison . Qu'une disposition pénale nous révolte , ce n'est point assez pour la condamner, mais c'est un motif pour la scruter attentivement. Si elle mérite cette antipathie , nous en découvrirons bientôt les causes légitimes : nous verrons que cette peine est déplacée, ou qu'elle est superflue, ou qu'elle n'est pas en proportion avec le délit, ou qu'elle tend à produire plus de mal qu'elle n'en prévient. Nous parviendrons ainsi à découvrir le gîte de l'erreur. Le sentiment met la réflexion en œuvre . et la réflexion démêle le vice de la loi.

Les peines les plus généralement approuvées

sont celles qui ont quelque analogie avec le délit : on croit y voir un caractère de justice et d'équité. Qu'est-ce au fond que cette justice et cette équité? Je n'en sais rien. On punit le délinquant par le même mal qu'il a fait ; — mais la loi doit-elle prendre exemple sur la conduite qu'elle condamne? Des juges doivent-ils imiter le malfaiteur dans sa méchanceté? L'acte solennel et juridique devrait-il être le même en nature que l'acte criminel?

Ce qui plaît en cela à la multitude , c'est qu'on ferme la bouche au coupable: il ne peut pas accuser la sévérité de la loi sans que sa conscience l'accuse lui-même.

Heureusement , le même tour d'imagination qui rend cette peine populaire , la rend convenable. Cette analogie qui frappe le peuple , frappe également les individus au moment de la tentation , et rend cette même peine un objet particulier de terreur.

Il importe d'écarter les fausses notions , même quand elles s'accordent avec le principe de l'utilité. Cet accord n'est qu'un hasard, et celui qui porte un jugement d'approbation , indépendammentde ce principe, se prépare à en porter d'autres qui lui seront contraires. Il n'y a point de sûreté pour la marche de l'entendement jusqu'à ce qu'on ait appris à se servir constamment de ce principe , à l'exclusion de tout autre. Les termes purement approbatifs ou désapprobatifs , en matière de raisonnement, sont le bégayement de l'enfance. Il faut s'en abstenir

dans toute recherche philosophique où il s'agit d'éclairer, de convaincre, et non d'émouvoir *.

Page 1