ABC
la progression verticale est rendue pire par la progression horizontale ; mais , dans l'exemple B , la progression verticale est améliorée par l'interruption de progression dans les lignes horizontales. Enfin, l'exemple C
est le meilleur, attendu qu'il n'y a progression ni dans le sens vertical, Di dans le sens horizontal. Rien n'est si facile que d'appliquer cette formule abstraite à des maisons et à une foule de monuments et d'objets dont la forme est rectangulaire ; mais, pour comprendre l'application de cette même formule à des formes terminées par des lignes courbes irrégulières, prenons la Planche VI et comparons les formes qui manquent à laloi de succession non progressive, avec celles qtii s'y trouvent soumises.
Ainsi, les cinq arbres figurés en haut de celte Planche, sont exactement correspondants, dans leurs masses respectives, aux trois premiers parallélogrammes donnés tout à l'heure. On y remarque : 1" progression mauvaise 1 , 2 , 3 et son renversement 3,2,1 (exemple A et a) ; 2» progression mauvaise , un peu corrigée par une progression également mauvaise, mais dont le renversement introduit cependant une certaine variété dans la forme de l'arbre ( exemple C ) ; 3" enfin , bonne progression des deux côtés des arbres, aussi forme excellente (exemple B etD).
Ce qui est vrai et important pour les grandes masses des arbres, l'est également pour les plus petits rameaux chargés de trois ou quatre feuilles. Cette importance nedoit jamais être perdue de vue, en exécutant la feuille des arbres ; car la main de l'homme est tellement disposée à répéter les mêmes lignes et les mêmes formes , qu'il faut une très-grande vigilance sur soi-même , pour ne pas faire la feuille comme si on écrivait indéfiniment les nombres 333 , ou comme si l'on faisait un feston :
La formule des progressions interrompues s'applique à tout. Il n'y a pas de petits cailloux répandus sur les terrains, pas de tige débroussaille, pas de vol d'oiseau, pas de masse de nuages ou de montagnes qui ne doive s'y soumettre. Les figures de la Planche VI rendront ce que je dis, à cet égard , très-évident. J'ai dessiné , en dessous du premier rang d'arbres , un second rang dans le(|uel la formule des progressions est observée , non-seulement dans les dimensions des arbres , mais aussi dans leur espacement : on verra également une main qui , dans sa position la plus naturelle , c'est-à-dire la plus conforme à l'organisation des muscles abducteurs et fléchisseurs qtii la gouvernent , offre un exemple de la loi des progressions exactement observée , tant dans les dimensions des
doigts que dans leur écartement. Dans ce détail , comme dans d'autres et' dans son ensemble, la forme du corps humain répond toujours aux conditions du beau.
j.iLa disposition des groupes des figures doit , comme tout ce qui entre dans un tableau, être établie avec la même soumission à la loi que je fais connaître. La comparaison de l'ensemble des groupes de gauche avec ceux de droite ne laisseront , j'espère , aucun doute sur celle des deux dispositions qui est la bonne. J'ai terminé cette Planche VI par deux croquis de marine composés des mêmes éléments; mais . dans un des croquis , ces éléments sont disposés selon les successions voulues, tandis que, dans l'autre , la loi de ces successions est violée en tout et partout. Aussi , il n'y a pas à hésiter longtemps pour trouver les meilleures.
Lorsque j'ai fait remarquer les valeurs pittoresques des exemples d'architecture présentés dans la Planche III , j'ai dit que , dans un même sujet , il y avait souvent des analogies complexes , et que j'expliquerai plus tard ce que j'entendais par ces termes. Je vais donner ici cette explication , et je reprends la Planche IH.
;t( Si nous examinons , avec un peu d'attention , la vue de cathédrale dessinée au haut de la Planche , le fort qui est au-dessous et le campanile italien qui est à gauche vers le bas, nous aurons des exemples frappants d'analogies complexes. Ainsi , dans la cathédrale , les formes rectilignes des maisons ont leurs analogues dans les tours, l'arceau du porche a des analogues dans les fenêtres de ces tours , et les piliers du porche ont leurs analogues dans les ^îlochetons. Ainsi , il y a triple analogie dans cet exemple. Dans le fort , il y a correspondance entre les surfaces rectilignes des murailles et des petites tours carrées qui s'élèvent au-dessus des tours rondes ; il y a aussi relation entre les différentes fenêtres ou arceaux situés aux bâtiments enfermés dans le fort ; il y a encore quelque analogie entre les mâchicoulis des tours et la crénelure du rempart.
Dans le campanile , il y a analogie entre la forme carrée de la tour inférieure et la forme octogone de la tour supérieure. II y a analogie entre les différentes corniches ; il y a une analogie et une variété des plus heureuses entre les fenêtres ogivales et à plein cintre.
Par la réunion de ces conditions , les trois exemples dont il s'agit sont excellents, et je ne pense pas qu'on puisse être insensible au charme pittoresque de ces formes architecturales.
Dans l'intérieur des grandes cathédrales gothiques , la disposition des piliers et les arceaux des voûtes , des fenêtres et des tribunes présentent un des plus splendides exemples de variété avec analogie complexe. Au reste , toutes les œuvres d'art bien comprises offrent l'application de cette loi.
La maison, avec grande porte à plein cintre, figurée en haut et à droite de la même Planche , présente un exemple de variété sans analogie avec la ligne cintrée. Dans ce cas fâcheux, il est bon d'introduire l'analogie qui manque , ainsi que j'ai essayé de le faire dans la Planche VI. J'espère que la comparaison de ces deux manières de traiter un même sujet, fera comprendre la valeur des principes que j'émets.
Toutes les conditions du beau pittoresque dans la forme étant actuelment connues et démontrées , je vais en examiner l'application à la partie de l'art qu'on appelle : Composition.