‹ Théorie du Code pénalChapitre 115 sur 400 · tOME IV · texte numérisé non relu

tOME IV

194 TllÉOKlE DU CODE PÉNAL, ART. 328.

« La perte des biens, dit cet auteur, n'est point, comme celle de la vie et de l'honneur, absolument irréparable, et il n'y a d'ailleurs aucune proportion entre les biens et la vie de celui que l'on tuerait pour les conserver *. »

La différence qui sépare ces deux hypothèses est, en effet, immense. Celui dont les jours sont attaqués se trouve dans la nécessité de se défendre, et s'il ôte la vie à l'assaillant, ce n'est que pour conserver la sienne. La défense d'une chose, d'une propriété quelconque, n'est jamais nécessaire ; le propriétaire peut, sans un grave inconvénient, céder à la force, puisquelaloi ouvre les voies judiciaires pour poursuivre le voleur ; et puis, quelque précieuse que soit la chose enlevée, sa perte peut-elle justifier l'homicide ? Le sentiment de la propriété a-t-il la même puissance que l'instinct de la conservation de la vie ? La conscience peut-elle lui reconnaître les mêmes droits ? Le propriétaire peut sans doute employer tous les moyens de résistance dont il peut disposer; mais, hors le cas de violences personnelles, il ne peut attaquer la vie même du voleur : où puiserait-il en eflet le droit de le tuer ? Serait-ce un droit de justice qu'il exercerait ? A-t-il la mission de le punir ? Il n'a et ne peut avoir d'autre droit que celui qui dérive de la propriété elle-même, celui de veiller à la conservation de sa chose ; il peut donc soit repousser, soit même arrêter ceux qui menacent de le dépouiller ; mais il y a loin de cette résistance à l'homicide 2. Il est nécessaire de répéter toutefois qu'il ne s'agit ici ni du cas où les voleurs auraient exercé des violences personnelles, ni de celui où leurs préparatifs et la nature de leur attaque auraient donné lieu de craindre pour les personnes en même temps que pour les propriétés. Dans ces deux hypothèses, ce n'est plus la propriété, c'estla personne même qui fait l'objet de la défense; l'exception reprend toute sa force.

Telle est donc, dans la théorie du droit, la mesure difterente du pouvoir que peut exercer un citoyen, suivant qu'il est menacé dans sa personne ou dans ses propriétés. Dans le

Page 1