‹ Théorie du Dies Cedens: En Matière de LegsChapitre 32 sur 79 · L'ASIE · texte numérisé non relu

L'ASIE

» au monde, éerit Bluntschli, l’image sublime d’un droit » basé sur la nature humaine, sur les préceptes des sages » et des grands citoyens de toutes les époques; 1l chercha » à rappeler à l'humanité ses devoirs et à lui enseigner » la modération. »

Purrexporr (1632-1694), disciple de Grotius, continue l’œuvre du maître. Il s'élève dans son livre, De jure naturæ et gentium, contre cette idée du moyen âge, qu'un homme n’a des droits que s’il appartient à une religion déterminée. Le droit naturel et le droit international ne sont pas restreints à la chrétienté, mais sont un lien entre toutes les nations de quelque religion qu'elles soient, parce que toutes les nations font partie de l'humanité. Les lois de la guerre, en particulier, doivent donc s'appliquer en dehors de toute idée religieuse.

Au xviun° siècle Varrez, dans son livre Du droit des gens (1758) inspiré d’un ouvrage allemand de Vozr, « reprend la » thèse de Grotius, tempère ce que ses idées avaient de » trop rigoureux et consacre dans une exposition claire » et brillante les principes et les usages plus humains » adoptés par les armées permanentes.

» Quatre ans après la publication du traité de Vattel, » Rousseau, dans le chapitre 1v de son Contrat social, sut, » en quelques pages, déterminer exactement la véritable » idée de la guerre (1). » (Guezre.)

À la lumière de ces travaux, un droit coutumier s'élabore plus humain. Des publicistes, des savants, des jurisconsultes de premier ordre en ont fait « une des branches acceptées des lois humaines (2) ».

(1) Voir plus loin, page 127.

(2) De Martens, Klüber, Heffter, Neumann, Bluntschli, en Alle- . magne. — Volsey, Wheaton, Halleck, Lieber, Kent, Dudleyfield, en Amérique. — Phillimore, en Angleterre. — Pinheiro-Ferreira, en Por-

Li 1) ESS V0

Les conquêtes de la théorie sont parfois longues à se faire consacrer par la pratique. La coutume de guerre tend à conserver longtemps des errements condamnés par la philanthropie. « L'adoucissement des lois de la » guerre », écrit Buckle, dans son Histoire de la civilisation en Angleterre (1), « est l’effet d'un progrès d'ordre » moral; comme tel il est soumis aux lois générales qui » régissent la marche de ce progrès. L'analyse nous in- » dique deux facteurs : un travail théorique qui découvre » un principe nouveau pour notre conduite; un ensemble » de circonstances favorables déterminant notre volonté à » le prendre pour règle de nos actions. Rarement ces deux » facteurs agissent d’une façon simultanée : L'idéal est » indiqué bien longtemps avant d'être réalisé. » On proteste contre la guerre, comme un triomphe de la force pure et cependant les politiques la maintiennent.

Les gouvernements manifestent cependant en temps de paix un souci jadis inconnu; la préparation de la guerre ne se limite plus aux seules visées destructives, elle embrasse des considérations humanitaires. Des instructions sur la conduite des troupes en temps de guerre édictent certaines prescriptions d'humanité et de dignité qui devront toujours s'appliquer.

Comme le constate le commandant Guelle dans la préface de son intéressant travail sur les lois de la guerre, nous devons nous incliner devant les résultats obtenus. « L'humanité relevée par la disparition de la traite des » nègres; les mers rendues libres par l'abolition de la » course; les prisonniers traités avec humanité; les pro- » jectiles réglementés à Pétersbourg ; les soins aux ma- » lades et aux blessés organisés à Genève; la théorie » funeste des représailles condamnée, et, comme couron-

tugal. — Pasquale Fiore, en Italie. — Calvo, en Espagne. — Morin, Lucas, Pradier-Fodéré, en France.

(1) Traduction Baillot, I, p. 214.

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nement de l’œuvre, les nations civilisées unanimes à reconnaitre les deux principes suivants qui sont le fondement des lois de la guerre moderne :

» 1° La guerre ne donne aucun droit qui ne soit nécessaire à sa fin ;

» 2° La guerre n’est pas une relation d'hommes mais une relation d'États ; le droit des gens ne permet pas que le droit de la guerre et le droit de conquête, qui en dérive, s'appliquent aux citoyens pacifiques et sans armes, à leurs habitations, à leurs propriétés ; en un mot au personnel et aux choses des particuliers. »

La civilisation de la guerre n’est donc plus aujourd'hui

reculée dans le lointain d’un avenir idéal. « S'il n’est

pas permis encore d'affirmer que l’adoucissement des mœurs et le développement de la raison publique aient complètement et définitivement substitué à la primauté de la force, la primauté du droit, il est impossible du moins de méconnaitre le mouvement progressif qui, de nos jours, s'accomplit à cet égard dans l’ordre des idées et des faits. Nous n’en sommes plus à la définition que Napoléon donnait de la guerre : « Un métier de barbare où tout l’art consiste à être le plus fort sur un point donné ». La conscience contemporaine a mis l'humanité à côté dela gloire, et, si suivant le désespérant arrèt de de Maistre, « le sang humain doit couler sans interruption sur le globe » ; de louables efforts tendent à réduire de plus en plus les horreurs des champs de bataille, en soumettant à la distinction du licite et de l'illieite les cruelles arènes où règne la mort, où la vengeance s'exerce dégagée de tout frein, où la victoire sourit au carnage, où l’homme disparait sans deuil de la terre qu'il a ensanglantée, où la fortune trahit souvent le bon droit (1). » Il reste cependant beaucoup à faire dans ce domaine

(1) Pradier-Fodéré, préface du Précis des lois de la guerre, de Guelle.

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de la moralisation, de l’humanisation (Bluntschli), de la débarbarisation (Moynier) de la guerre. Des esprits de premier ordre tentent de réaliser de nouveaux progrès et : s'efforcent de gagner l'opinion publique aux idées philanthropiques. Sous leur action le besoin moral de s'occuper des lois et coutumes de la guerre s’accentue tous les jours. On se demande notamment, si une entente solennelle intervenant entre toutes les nations pour ramener à l'unité des pratiques diverses, et généraliser des règles qui sont encore loin d’être unanimement reconnues, ne serait pas le prélude d'un élan vers l’atténuation des maux de la guerre et la cause d’un grand progrès.

La question d’une codification des usages de la querre est à l'ordre du jour.

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