‹ Théorie du Dies Cedens: En Matière de LegsChapitre 54 sur 79 · S TZ · texte numérisé non relu

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sièges. Ils se sont toujours abstenus de la dénonciation préalable. Ils Pont fait par système, sans avoir l’excuse du « cas d’aitaque de vive force », puisqu'ils n’ont pas livré un seul assaut. À la Fèce, par exemple, la ville élait investie depuis quinze jours, lorsque les batteries prussiennes ont subitement procéde au bombardement. Ils ont voulu, au moyen de ce bombardement imprévu, augmenier la démoralisation commencée dans la place, et hâter ainsi la capitulation.

À Paris l'investissement s’accomplissait depuis trois mois. La restauration de l'empire germanique venait d’être proclamée, le 8 janvier 1871, dans la galerie des Glaces, à Versaïlles, « avec un cérémonial à la fois mili- » taire et féodal, qui rappelait l'époque sinistre de la » guerre de Trente Ans (1) ». Subitement éclatent le bombardement de Paris et l'incendie de Saint-Cloud : c'était l'inauguration du nouvel empire. L'empereur allemand donnait une forme et un symbole à l’âge de fer et de feu ouvert par la guerre de 1870. « Ces daces, » juge Henri Martin, « ne saucaient être séparées dans » l'histoire (2). »

A Belfort, cependant les choses se passèrent un peu différemment. Le général von Treskow, chargé de l’investissement et du siège adressa au commandant français « une lettre assez singulière (3) ». « Je vous laisse à juger »,

(1) Albert Screl.

(2) Les généraux francais n’ont jamais, dans ce siècle, procédé à un bombardement sans employer la formalité de l'avertissement. En ce sens, la pratique suivie par le maréchal Gérard à Anvers en 1838, par Oudinot à Rome en 1849, et devant Sébastopol, en 1855.

Le Manuel français de droit international, tout en reconnaissant que de droit des gens n’impose pas l'obligation stricte de faire précéder d’un avertissement le bombardement d’une place assiégée, dispose que « l’assiégeant ne doit pas, sans des motifs d'une gravité particu- » lière, négliger l’accomplissement de ce devoir d'humanité ». (Page 21.)

(3) Henri Martin.

disait-il, «s’il ne conviendrait pas d'éviter à la ville toutes » les horreurs d’un siège, et si votre conscience, votre » devoir ne vous permettraient pas de me livrer la forte- » resse dont vous avez le commandement. »

Denfert répondit spirituellement qu’en pesant dans sa conscience les raisons développées par le général ennemi, il trouvait que « la retraite de l’armée prussienne était le » seul moyen de concilier l'honneur et l'humanité, pour » éviter à la population de Belfort les horreurs d’un » siège ».

Objectif du bombardement. — On se demande s'il n’y aurait pas lieu de déclarer, comme rêqle absolue, qu'en cas de bombardement d’une ville fortifiée, le feu de l’artillerie sera exclusivement dirigé contre les forts et non contre les habitations privées, appartenant à des citoyens inoffensifs ?

La Conférence de Bruxelles fut amenée à se prononcer sur cette question à la suite de la communication par M. Lambermont d'une pétition adressée au gouvernement belge par les habitants d'Anvers.

On y exprimait le regret de voir autoriser « la destruction de propriétés privées » qui abritent une population inoffensive. Elle se terminait en demandant « qu'il fût » admis, comme un principe d'humanité, qu’on ne puisse » bombarder les quartiers de villes même fortifñiées ».

Le général de Voigt-Rhets s’éleva contre semblables propositions. Il insista pour qu'il fût acté au protocole que, le bombardement étant un des moyens les plus efficaces pour atteindre le but de la guerre, il était impossible de satisfaire au désir des intéressés.

Les articles 17 de Bruxelles et 34 d'Oxford s'inspirant des exigences militaires, reconnaissent implicitement pour l’assiégeant la faculté de diriger le bombardement sur l'intérieur de la ville, sur les quartiers habités par la’ popu-

lation civile. Il semble en effet que ce soit un droit indispensable. Si l'intérieur d’une ville étsit à l'abri de toute attaque, la garnison en profiterait. | y aurait une situation défavorable faite à l'assiégeant.

Cependant on doit reconnaitre que jusqu'à ces temps derniers, le bombardement était, en général, dirigé contre les remparts et autres travaux de défense; on se proposait de décruire ces ouvrages, de les rendre intenables et de faciliter l'assaut. Ce procédé évite ce qu'il y a d’inhumain à jeter la mort et la ruine au sein d'une population inoffensive. La France s’honore de l'appliquer. En 1838, lors du bombardement de la Vera Cruz, nos projectiles n’ont été dirigés que sur le fort de Saint-Jean d’Ulloa. De même en 1856, nous battions en brèche la redoute Malakoff, et la ville de Sébastopol n'avait rien à redouter de nos canons.

Les Allemands, au contraire, en 1870, ont appliqué « J’exécrable système de siège qui consiste non pas à dé- » truire les fortifications, mais à incendier l’intérieur des » villes, afin d’affoler les habitants et de les soulever contre « leurs garnisons ». (HExr1 Marrix.)

Leur objectif, le but à battre, si l’on peut s'exprimer ainsi, C'était /e moral des habitants. C'est lui qu'on se proposait d'atteindre par leffroi du bombardement. Le général de Werder s’imaginait, sous Strasbourg, que ses bombes incendiaires détermineraient la population assiégée à se soulever contre la garnison pour se livrer à l'Allemagne. Tout était mis en œuvre avec un soin cruel, avec un art perfide, en vue de ce résultat. Nous lisons dans l'Histoire du Grand Etat-Major, que le bombardement n'avait lieu que la nuit. L'effet en est bien plus saisissant. Le jour, on arrêtait le feu pour donner à la population le temps de faire les démarches et engager l'autorité militaire à rendre la place.

L'œuvre de destruction fut implacable, Strasbourg fut transformée en un monceau de décombres.

« Rapportez à l'Europe, » disait le maire Humann aux délégués suisses, le 11 septembre 1870, « rapportez le » spectacle dont vous allez ètre témoins dans nos murs : » Dites ce qu'est la guerre au x1x° siècle. Ce n’est plus » contre les remparts, contre les soldats, c’est contre les » populations que le feu est dirigé, contre les femmes et » les enfants. Nos remparts sont intacis : nos demeures » sont incendiées : nos églises mutilées ou détruites ; » notre admirable bibliothèque anéantie.

» Dites tout cela à l'Europe: mais dites également que » ces cruautés, ces dévastations renouvelées des barbares, » n’ont point dompté nos courages. Nous resterons tou- » jours de feemes Français, des citovens fidèles et dévoués » à la patrie. »

C'était au début de la campagne. L'Europe s’émut d’une semblable sauvagerie. Les Allemands articulèrent une excuse. Ils prétendirent n'agir de la sorte qu'à titre de représailles, parce que, disaient-ils, la garnison de Strasbourg s'était permis de bombarder Kehl, « une ville ouverte ». Js n’ajoutaient pas que devant cette ville ouverie éiaient rangées des batteries allemandes. Puis, poursuivatent-ils, 11 est impossible, avec les engins modernes, de détruire les fortifications sans atteindre les maisons, et si la bibliothèque a été brûlée, c’est à cause de la néghqence des autorités (À).

Plus fard les Allemands re preod:ont même plus la peine de justifier leurs hauts faits.

Nous ea avoas la preuve poor le siège de Péronne.

(4) M. Rolin-Jaequemyns, dans sou appréciation de la guerre de 1870, reproduit ces considérations de l'état-major allemand; il excuse trop facilement, à mon sens, ces procédés cruels et parait nel que ces pauvres Allemands ont été affreusement caomniés.

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« Le bombardement de Péronne », à écrit le général Faidherbe, « est peut-être, dans cette campagne si riche » pourtant en faits de ce genre, un des exemples les plus » complets et les plus odieux de cette férocité calme et » méthodique que les généraux du roi Guillaume pré- » tendent introduire dans les usages de la guerre.

» L’ennemi tire sur les maisons, de préférence sur » l'hôpital qu'il écrase d’obus. Les malheureux habitants, » chassés de leurs maisons en flammes par les projectiles » et entassés dans les casemates, avaient demandé à » l'ennemi l'autorisation de faire sortir de la place, les » malades, les femmes et les enfants. Inutile de dire qu'ils » ne l’obtinrent pas, le but du bombardement était pré- » cisément d'atteindre la population non militante. » (Hexr1 MARTIN.)

Bref la ville fut presque complètement ruinée, la population décimée.

Nous regrettons encore de voir M. Rolin-Jaequemyns apprécier en ces termes cette façon de procéder :

« Voilà, dit-il, une façon plus humaine de prendre les » villes. Elle nous évite le triste spectacle d’une prise » d'assaut. Il faut, — ajoute-t-il sententieusement, — » s'abstenir des excès. »

Sans doute, mais ne faudrait-il pas aussi se mettre du côté des loups. Toute l'humanité ne consiste pas, pour un général, à n’épargner que la vie de ses soldats.

En fait, les Allemands ont inauguré, en 1870, une facon spéciale de diriger les hostilités. Ils se sont basés sur l’épouvante systématique, sur le terrorisme à froid. Ils n'ont tenu aucun compte des adoucissements apportés par la civilisation aux maux de la guerre, lorsqu'ils faisaient obstacle à la réalisation de leur but implacable (1).

(4) Leur conduite à été devant Paris ce qu’elle avait été partout ailleurs. « Comme à Strasbourg, on tirait de préférence sur les monu-

Ils ont affecté de ne prendre aucun ménagement, aucune mesure pour épargner les édifices consacrés aux sciences, aux arts, aux cultes et à la bienfaisance, les hôpitaux et les ambulances. Tout au contraire, ils semblaient les vouloir prendre pour objectif. — Ils doivent en rendre compte devant l’histoire. « C'est se déclarer ennemi du genre » humain, disait Vattel, que de le priver, de gaieté de » cœur, de ces monuments des arts, de ces modèles de » goût, comme Bélisaire le représentait à Totila, roi des » Goths. »

Le colonel anglais Hamley a stigmatisé la conduite des Allemands en ces termes : « S'il faut considérer comme » conforme au droit de laguerre le système suivi par les » Allemands, cessons d'appeler Tilly, le duc d’Albe et » Attila les fléaux de l'humanité, de peur d’offenser » d'éminents contemporains... Faisons amende honorable » aux montagnards de la Grèce qui dernièrement nous ont » si fort indignés... et conseillons amicalement, comme » une décoration convenable pour les soldats du nouvel » empire, l'institution du 7rès Honorable Ordre de la » Torche. »

L'article 17 de la Déclaration de Bruxelles, survenu » ments publics de Paris, et, de plus sur les hôpitaux et les ambu- » lances. Le grand hospice de la Salpêtrière, l'hospice des Jeunes » Aveugles, l'hôpital militaire du Val-de-Grâce, les hôpitaux de la » Charité et de la Pitié, l'hospice Necker furent criblés d'obus. Les » habitants enlevèrent presque partout les drapeaux de la Société de » Genève, ce signe protecteur des ambulances, parce qu'il attirait » les obus au lieu de les écarter. Les projectiles atteignirent le Pan- » théon, la Sorbonne, les Écoles normales, de droit êt de médecine. » Toute la rive gauche, et sur la rive droite, Auteuil et Passy, étaient » sous le feu. » (HENRI MARTIN.)

« Le Muséum, dit une protestation de M. Chevreul, a été bom- » bardé sous le règne de Guillaume [°, roi de Prusse, comte de » Bismarck chancelier, par l’armée prussienne, dans la nuit du 8 au » 9 janvier 1871. Il avait été respecté de tous les partis et de tous » les pouvoirs nationaux et étrangers. » à

quatre ans plus tôt, eùt-il sensiblement modifié les procédés germains (1)? On peut en douter.

Quel contraste entre ce que dispose l’article 17 et les horreurs que nous avons tenté de retracer. Quel abime entreles théories sauvages appliquées par les généraux du roi de Prusseet cette constatation de l’usage moderne des nations d'exempter des risques et opérations générales de la guerre les édifices publics affectés au service civil, les temples de la religion, les dépôts de la science, les monuments d'art. — Le tout, sous la seule condition de ne pas employer accessoirement ces édifices à un service de guerre (bureaux et logements militaires, sémaphores, observatoires); un caractère inviolable leur est reconnu; l’assaillant doit s'occuper à les ménager. Le Manuel d'Oxford reproduit l’article 17 de Bruxelles.

ART. 34, Oxford. — En cas de bombardement, toutes les mesures nécessaires doivent être prises pour épargner, si faire se peut, les éditices consacrés au culte, aux arts, aux sciences et à la bienfaisance, les hôpitaux et les lieux de rassemblement de malades et de blessés, à la condition qu'ils ne soient pas utilisés en même temps, directement ou indirectement par la défense.

Le devoir de l’assiégé est de désigner ces édifices par des signes visibles indiqués d'avance à l’assiégeant.

Des non-combattants. — Le Manuel d'Oxford passe sous silence une question qui intéresse directement l’humanité. Il ne décide rien sur le point de savoir si, en cas

(4) Arr. 47, Bruxelles. — En pareil cas, toutes les mesures nécessaires doivent être prises pour épargner, autant qu'il est possible, les édifices consacrés aux cultes, aux arts, aux sciences, à la bienfaisance, les hôpitaux et les lieux de rassemblement de malades et de blessés, à condition qu'ils ne soient pas employés en même temps à un but militaire. Le devoir des assiégés est de désigner ces édifices par des signes visibles spéciaux à indiquer d'avance à l'assiégeant.

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