INDÉPENDANTE DES IDÉES RELIGIEUSES
d’un savant paralyse les services qu’ils auraient pu rcndro à l’humanité (1).
495. On a reconnu depuis longtemps l’excellence de la méthode expérimentale appliquée aux sciences naturelles, entre autres à la physique et à la chimie. Leurs progrès datent de l’époque où l’on a renoncé aux hypothèses et à la fureur de deviner ce qu’on ne peut connaître, pour se borner à constater les faits et à raisonner sur les faits dûment constatés. Cependant, les phénomènes physiques sont, comme les phénomènes moraux, subordonnés à la puissance qui régit toutes choses. Si la théologie est la base de la morale, elle doit être, par une raison pareille, le fondement de la physique et de la chimie.
499. L’histoire et la géographie combinées nous enseignent qu’une foule de peuples suivent des religions fausses de l’aveu de tous les chrétiens. Osera-t-on dire qu’il n’existe aucune espèce d’honnêteté chei ces peuples? Ils ne pourraient subsister. Toute société serait impossible là où le meurtre et le vol seraient pratiqués d’une manière constante et générale; aucun commerce ne se ferait dans un pays où les engagements seraient toujours violés.
497. Quelques théologiens, s’ils ne nient pas qu’il y ait d’honnôtes gens chez les peuples idolâtres, aiment mieux en faire l’honneur à l’idolâtrie elle-même qu’à un développement intellectuel résultant de l’expérience. J’avoue, pour mon compte, qu’il m’est impossible d’admettre qu’une proposition reconnue fausse puisse renfermer des conséquences vraies (2). Les transformations des divinités orientales en des substances putrescibles ne sont pas des faits dont la logique puisse tirer des inductions certaines.
498. Les livres fondamentaux des diverses religions ne contiennent guère que des préceptes de morale extrêmement généraux et susceptibles d'une foule d’exceptions que
(1) On trouve l’application développée de la méthode expérimentale, dans le livre II du Traité de législation de Ch. Comte, et dans la Déontologie de Bentham.
(2) il. de Tocqueville, après bien d’autres, déclare qu’une religion', même fausse, est indispensable (II, P- 215). La liberté, dit-il, ne peut se passer de foi (ib. p. 222).