ASSOCIATIONS. - MONTS-DE-PIÉTÉ. 30Ô
banques, comptoirs et autres établissements que l’État entretient pour prêter de l’argent, favorisent le mouvement du capital , mais ne les font pas surgir là où il n’cxislc pas. Ils ne sont pas, en général, destinés à secourir les classes pauvres. — A l’égard des associations, par cela même qu’on les suppose •< volontaires», ce n’est pas l’État qui les forme; ainsi la rédaction du texte est vicieuse. On a voulu dire que l’État doit faciliter la formation des sociétés volontaires; ce qui est possible, en offrant des points de réunion aux ouvriers qui désirent s’associer et en les avertissant par les moyens de publicité dont l’État dispose. S’il s’agit de leur prêter de l’argent, je ne vois pas trop pourquoi l’État le ferait plutôt au profit des associations que des individus ; à moins que le nombre des emprunteurs ne paraisse par luimême une garantie. Si l’État avait des capitaux sans emploi, il ferait mieux de payer sa dette ou de diminuer les impôts, que de spéculer sur l’industrie, ou d’aider gratuitement quelques individus à spéculer (1).
637. Les moyens directs que le texte fournit pour améliorer le sort des travailleurs se réduisent à trois : l 'égalité ou plutôt l’égalisation des rapports entre les patrons et les ouvriers ; les institutions de prévoyance et l’assistance à titre de salaire ou à titre de secours. Il faut y joindre la gratuité de l’enseignement primaire, et les institutions de crédit gratuit.
Les établissements de prêt à intérêt sur gage , tels que les monts-de-piété, peuvent être fort secourables aux ouvriers qui manquent d’argent, pendant le temps du chômage; mais il faut pour cela que l’intérêt n’en soit pas exorbitant : il est évidemment contradictoire d’assigner en principe un maximum au prix de l’argent, et d'exiger un intérêt beaucoup plus élevé des malheureux qui apportent en gage leurs meubles les plus nécessaires. Peu importe
(I) M. Thier* ( propriété ) réfute brillamment le système des associations fonctionnant avec l'aide pécuniaire de l'État. Néanmoins, il ne faudrait pas considérer le principe de l’association comme faux. Si l’on envisage plusieurs hommes également éclairés, et possédant entre eux tous un certain capital , ils feront toujours mieux de travailler en commun que de se subordonner X la direction despotique de l’un d’enx.
301) CH. Il, ART. <3. — ENSEIGNEMENT FORCÉ, d’ailleurs que les bénéfices soient abandonnés à 1 indigence. N’cst-ce pas là faire des pauvres pour nourrir ceux qui le sont déjà?
638. La gratuité de l’enseignement primaire est un bienfait réel pour les classes ouvrières. Mais leur ignorance même ou leur insouciance les expose à n’en pas profiter. Si 1 on veut qu’enfin tous les Français sachent lire et écrire, il est indispensable d employer quelques mesures coercitives. Je proposerais, par exemple, d’inlliger, au père ou au tuteur de l’enfant qui ne saurait pas lire à un âge donné, une amende légère qui croîtrait progressivement les années suivantes jusqu’à une certaine limite. Les hommes faits devraient , après le délai fixé par la loi , être exclus des droits politiques, peut-être même de plusieurs droits civils, faute de justifier qu’ils possèdent l’instruction première (4). Nul ne saurait se plaindre de ces mesures, depuis que chacun peut apprendre gratuitement.
639. La Constitution veut qu’il y ait égalité de rapport* entre le patron et V ouvrier ; elle n’ajoute pas : entre le maître et le domestique ; mais il n’en faut pas tirer une induction défavorable aux domestiques. On ne fait autre chose ici qu’appliquer le principe de l’ égalité : les maîtres n’ont pas mieux le droit de s’y soustraire que les patrons. Je suppose donc qu’il est question des uns et des autres.
11 est impossible d’établir une égalité absolue entre le patron ou le maître, et l’ouvrier ou le domestique. L’un promet de donner de l’argent, l’autre de travailler. Leurs obligations ne sont donc pas pareilles : l’un est quitte en comptant des espèces de bon aloi; l’autre doit compte de ses efforts, de ses soins, et répond, dans une certaine mesure , de sa capacité. Il doit d’ailleurs suivre la directiou qui lui est indiquée, puisqu il ne produit pas pour son compte. Tous deux ont librement consenti à créer cette disparité de
(I) V. mon livre sur la Charte, p. 470. La loi du 20 frim. an II, scct. ni, art. 0 , établissait des peines contre les parents qui n’envoyaient pas Ions enfants aux écoles. — Ce système a été rejeté par l’Assemblée législative, le 19 février I8âf>. XI. Vatimesnii a prétendu qu’il portait atteinte aux droits du père de famille. Il parait que, selon nos homme- d’etat, la puissance paternelle doit être respectée, en tant qu’elle maintiendrait les enfants dans l'ignorance.
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