‹ Théorie du droit constitutionnel français esprit des constitutions de 1848 et de 1852 et des sénatusconsultes organiques précédé d'un essai sur le pouvoir constituant et d'un précis historique des constitutions francaisesChapitre 265 sur 567 · CH. IV. LES ÉLECTEURS DEVRAIENT SAVOIR ÉCRIRE · texte numérisé non relu

CH. IV. LES ÉLECTEURS DEVRAIENT SAVOIR ÉCRIRE

son profit. Et puis, comment fixer le degré de lumières indispensable pour élire un député? On objecte que. l’intérét général prescrit de laisser la direction aux plus capables. En poussant l’objection jusqu’au bout , on arriverait à investir quelques hommes, MM. Thiers et Guizot, par exemple, du pouvoir d’élire l’Assemblée entière, ou plutôt de l’exercice même de la souveraineté. Un électeur n’est ni législateur, ni administrateur, ni juge. C’est un membre de la soçiété qu’on appelle le peuple; il est intéressé, au moins pour un trente-six millionième , dans les affaires communes. C’est un droit pour lui de désigner un homme qui a sa confiance, à tort ou à raison, pour faire valoir sa quote-part d’intérêt, quelque faible qu’elle soit. On ne songerait point à lui contester son droit, s’il s’agissait de ses intérêts individuels. On n’a jamais proposé d’enlever aux plaideurs et aux accusés, sous prétexte de leur ignorance , la faculté de se choisir un avocat ou un procureur? Or, qu’cst-ce que l’intérêt national , si ce n’est le faisceau des intérêts individuels?

768. Cette idée générale souffre toutefois une restriction. Il est difficile qu’un citoyen ait, par lui-même, connaissance des principes politiques des candidats ou de la conduite des représentants , s’il ne peut lire ni leurs professions de foi, ni leurs comptes-rendus, ni les journaux qui exposent la situation des affaires. Tant que fou votera au scrutin secret , il est impossible qu’un électeur jouisse d’une liberté complète de suffrage, s’il est obligé d’emprunter la main d’autrui pour écrire son vote. J’exigerais, pour mon compte, qu’un électeur sût lire et écrire (1). On ne porte ainsi aucune atteinte aux droits des citoyens, dans un temps où l’instruction primaire est gratuite; et, à vrai dire, le jour n’est pas loin où la condition que je propose n’exclura personne.

Je crois donc pouvoir, malgré cette réserve, poser comme un principe constant que le droit d’élire appartient à tout citoyen. Les objections les plus solides ne portent que sur l’application.

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