‹ Théorie du droit constitutionnel français, esprit des constitutions de 1848; précédé d'un essai sur le pouvoir constituant et d'un précis historique des constitutions françaisesChapitre 124 sur 498 · INSTRUCTION. — ASSISTANCE · texte numérisé non relu

INSTRUCTION. — ASSISTANCE

Le devoir de « mettre l’jnstruction à la portée de chacun, » ou, en d’autres termes, do la rendre gratuite pour qui ne peut la payer, est évidemment renfermé dans les limites des ressources pécuniaires de l'État. C’est peut-être pour cela qu’on a restreint le principe à l’instruction « indispensable ». Mais, môme avec cette restriction, l'insuffisance des revenus publics empêcherait de l’appliquer. Réciproquement, si les finances étaient prospères, je ne vois pas pourquoi l’État se bornerait à rendre gratuite l’instruction strictement indispensable.

382. Quelles sont, d’ailleurs, les connaissances «indispensables à tous les hommes »? et jusqu’à quel degré sont-elles indispensables? La réponse varie selon les temps. Quand les nobles ne savaient pas lire, la lecture pouvait être considérée comme une science de luxe; depuis que l’instruction a pénétré partout où se rencontre quelque aisance, la lecture, l’écriture et le calcul suffisent à peine pour diminuer l’infériorité des hommes qui les ignorent. Plus le nombre des personnes qui possèdent une science augmente, plus cette science devient nécessaire. — Dans le silence de la Constitution , le législateur demeure libre d’apprécier quelle est, à une époque donnée, l’instruction indispensable.

383. Le troisième devoir de la République consiste à « assurer l’existence des citoyens nécessiteux. » On les distingue naturellement en deux catégories, suivant qu’ils sont, ou non, en état de travailler. Les citoyens valides n’ont droit à l’assistance qu’à la charge de travailler; à l’égard des autres, en distingue de nouveau s’ils ont, ou non, des parents obligés par la loi de les secourir et en état de le faire : c’est seulement au défaut de famille que la nation leur doit assistance.

L’assistance n’est autre chose que le développement, la mise en œuvre de la fraternité. Qui reconnaît celle-ci reconnaît celle-là. La prospérité d’une nation ne se compose pas d’un faisceau de calamités individuelles. Il est impossible que l’homme le plus riche soit parfaitement heureux s’il a devant lui le spectacle d’un autre homme mourant de faim. L’État fait beaucoup, sans doute, en ouvrant des routes et des canaux , en construisant des ponts et des monuments;

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