PRÉAMBULE. ART. VIII. - ASSISTANCE
nombreux établissements charitables qu’il entretient et de s’interdire d’en créer de nouveaux. Qu’on se rassure à cet égard : nous ne sommes point encore parvenus à l’époque où l’opulence aura perdu toute occasion d’exercer sa générosité.
390. La question est plus épineuse , au point de vue financier ; cependant je n’apercois pas là non plus d’obstacle insurmontable. En parcourant le budget des dépenses publiques , et en mettant à part celles qui sont Nécessaires , comme le payement de la dette nationale, qui est une pure restitution, on en trouve un assez grand nombre qui sont simplement utiles : telles sont les dépenses pour les travaux publics , pour l’encouragement des sciences, des beaux-arts et de l’industrie. Comment affirmer qu’un État n’a pas assez d’argent pour empêcher des hommes de mou- rir de faim, tant qu’il dépense des millions pour perfectionner les races de chevaux? L’impuissance absolue, résultant de l’épuisement des facultés pécuniaires , sera donc bien rarement invoquée à juste titre pour dispenser la nation du devoir d’assurer l’existence individuelle par le travail; cependant les rédacteurs ont eu soin de renfermer spécialement cette obligation dans une limite qui paralyse également toutes les outres (1) : un État obéré ne peut pas mieux instruire que nourrir.
391. Les citoyens nécessiteux seuls jouissent du droit au travail. Ils doivent, en sollicitant l’assistance nationale, prouver l’impossibilité où ils se trouvent de subsister autrement. Tous ceux qui ont la faculté d’obtenir, des entrepreneurs particuliers, un salaire suffisant pour vivre ne doivent pas être écoutés. Il en est de même, à plus forte raison, de ceux qui suspendent leurs travaux pour extorquer une augmentation de salaire.
L’obligation de l’État cesse quand le citoyen nécessiteux a trouvé des ressources nouvelles pour subsister. Elle renaît
(1) V. n° 521. Ainsi entendu, le droit au travail n’esl point supérieur au droit de propriété, comme on l’a dit bien mal à propos (V., par exemple, M. Laferrière). — S’il fallait absolument, faute de ressources, opter entre l’assistance aux citoyens valides et l’assistance aux infirmes, celle-ci devrait élre préférée : les hommes valides ont la chance d’employer leurs bras à l'étranger.