CH. II, ART. 7. — NOS CROYANCES SONT
Mais il est bien rare que les prophètes qui fondent une religion procèdent comme certains savants qui recherchent la vérité , sans se préoccuper de ses applications possibles. Ils ont, d’ordinaire, un but politique et, pour l’atteindre, ils ont besoin d’empiéter sur le domaine des moralistes et des législateurs. La religion des saint-simoniens n’a évidemment été imaginée que pour tenter une révolution sociales On s’explique par là l’origine du mot « religion » , qui désignerait parfaitement une collection de préceptes obligatoires (1).
482. Est-on libre d’avoir ou de n’avoir pas telle religion? Pas plus que d’avoir ou de n’avoir pas telle opinion, telle volonté. Les motifs qui déterminent nos désirs et nos jugements sont placés en dehors de nous-mêmes et nous dominent, môme à notre insu. 11 nous est impossible de n’avoir pas faim et soif, après être restés pendant un certain temps sans prendre d’aliments, ou de n’ôtre pas rassasiés après en avoir pris une certaine dose : pareillement , il nous est impossible de ne pas croire à l’existence des objets perçus par nos sens , ou de ne pas douter de l’existence des objets que nous n’avons jamais perçus. 11 nous est impossible de ne pas croire que l’eau humecte, et que le feu brûle. En un mot, vouloir et ne pas vouloir , croire et douter , sont des phénomènes moraux qui s’opèrent en nous, sans que nous puissions l’empècher.
Par la môme raison, la persistance à croire ne dépend pas de l’homme qui croit. Si un nouvel examen lui persuade qu’il s’est trompé , il lui est aussi impossible de conserver la croyance démontrée fausse qu’il lui était impossible de la quitter quand elle lui paraissait vraie.
Nos croyances dépendent si peu de nous-mômes que nous croyons au bien comme au mal ; aux choses nuisibles comme aux choses bienfaisantes. Si nous croyons à l’existence des bôtes féroces, des volcans, des tempêtes, des maladies aiguës, ce n’est point le résultat d’un désir que nous avons formé, mais d’une conviction irrésistible. Réciproquement, il ne suffit point de nous démontrer qu’une chose est bonne
(I) Ugare, religare, lier.