ABSTRACTION DES OPINIONS RELIGIEUSES
d’administration, déjuger des procès; aucun n’a été chargé de résoudre des problèmes de philosophie.
490. Concluons que la loi doit faire abstraction de la croyance des individus dans la répartition des charges et des avantages de la société. Pour que les citoyens jouissent d’une liberté entière , à l’égard de leur religion , et d’une égale liberté (4), il faut qu’ils n’aient aucune peine à craindre, aucune récompense à espérer du gouvernement, à raison de leurs opinions religieuses (2).
494. Si c’est là ce qu’ont voulu dire les publicistes qui ont affirmé que le législateur doit être athée , ils ont eu raison. Mais ils ont mal exprimé leur pensée : car l’athéisme est un système; il serait à craindre qu’un législateur athée voulût persécuter les déistes. Il fallait dire que le législateur doit rester étranger à toutes les opinions individuelles et se placer au-dessus de tous les systèmes.
492. La plupart des homvies instruits adopteraient sans doute ce principe s’ils ne se préoccupaient que du dogme. Ils sacrifieraient volontiers les propositions composées de termes contradictoires , qui , unies à des emblèmes de phénomènes astronomiques , dorment le fond des religions fausses; mais ils attachent, avec raison, plus d’importance à la morale , et craignent d’en affaiblir les fondements. C’est, en effet, un préjugé bien généralement répandu que celui qui déclare toute morale impossible, si elle ne repose sur une base religieuse.
493. La religion est, sans contredit, un moyen d’assurer l’observation de certaines règles. Persuadez un homme qu’il subira des douleurs atroces pendant l’éternité s’il commet certaines actions , il est fort vraisemblable qu’il sera détourné de les commettre. Mais est-il bien sûr qu’il n’y ait
(I) Expression de la Charte de 1 830, omise à tort dans la constitution nouvelle. L’égalité se retrouve toutefois dans la disposition qui règle la protection des cultes ( î* alinéa de l’art. 7 ).
(1) Les lois qui dispensent les ministres des cultes chrétiens des obligations du recrutement et du service de la garde nationale, offrent des exemples de privilèges fondés sur un motif purement religieux , et dès lors contraires à l'esprit de la Constitution. La loi qui défendrait le mariage aux prêtres catholiques, si elle existait; la loi du sacrilège, si elle n’était abrogée, fourniraient des exemples inverses.