‹ Théorie du droit constitutionnel français, esprit des constitutions de 1848; précédé d'un essai sur le pouvoir constituant et d'un précis historique des constitutions françaisesChapitre 161 sur 498 · CH. II, ART. 7. — PRÉJUGÉ SÜR LA MORALE · texte numérisé non relu

CH. II, ART. 7. — PRÉJUGÉ SÜR LA MORALE

La presse et la vapeur, en assurant la diffusion rapide et la conservation des lumières, garantissent assez la civilisation moderne d’un retour nouveau vers la barbarie.

501. Les hommes qui ont embrassé une religion considèrent comme vrais les préceptes de conduite qu’elle renferme , et comme faux ceux qu’elle exclut. Ils en induisent naturellement que les adversaires de leur religion sont ennemis de la morale. Les incrédules, il y a deux siècles, s’appelaient « libertins » (1). On a dû changer de langage, depuis qu’une foule d’hommes éclairés et partant honnêtes ont adopté des opinions philosophiques. Il s’en faut beaucoup pourtant que le préjugé ait disparu. Diverses causes ont contribué à le maintenir. La morale n’est point officiellement enseignée; bien peu de personnes en font l’objet d’une étude directe : les jurisconsultes n’en connaissent que la portion consacrée par des textes législatifs; la plupart des hommes se contentent des notions incohérentes qu’ils ont puisées dans les traditions domestiques et dans les usages du monde. Comment s’étonner, après cela, que des savants soient embarrassés de donner la démonstration d’un principe de morale? D’un autre côté , le préjugé a presque constamment été fortifié par l’influence gouvernementale. L’incrédulité de Napoléon n’était pas douteuse (2); il s’empressa néanmoins, dès qu’il fut arrivé au pouvoir, de rendre au christianisme la protection séculière : le concordat rétablit les antiques liens qui unissaient le clergé catholique et l’État. La restauration alla plus loin : elle accrut singulièrement la puissance cléricale. La profession d’opinions religieuses et monarchiques devint une condition essentielle de l'admission aux emplois. Toute une génération subit l’influence de ce système, et la réaction politique, opérée en juillet 4830, ne suffit pas à en effacer les vestiges. Quand le gouvernement favorise d’une manière ouverte une certaine croyance, les pères de famille qui destinent leurs fils à l’exercice des

(1) V. Molière, Tartuffe, acte 1", scène 5; La Bruyère, cliap. 10; Boileau, lat. IV, v. 23; ép. III, v. 22. L’expressiou « sans foi ni loi a une origine semblable.

(2) Nonobstant la déclaration officielle faite, au nom des consuls de la république, dans le concordat du 2fi messidor an IX.

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