CH. II, ART. 8. — CENSURE
tout séduisante, appliquée à la presse, à cause de la facilité d’exécution. Il suffit que la police ait les imprimeries sous la main et, par une sorte de douane (1), arrête tout écrit dont la publication serait coupable.
560. La censure (2), on appelle ainsi l’examen préliminaire de la pensée, dans le but d’en défendre la manifestation, si elle est jugée nuisible ; la censure, il faut l’avouer, tarit le mal dans sa source. Supprimer la communication des idées dangereuses , assurer la circulation des idées bienfaisantes, tels seraient les avantages inappréciables qu’elle procurerait, si... les censeurs et les ministres étaient infaillibles. Mais, comme il était aisé de le prévoir, les censeurs n’ont jamais songé qu’à soustraire la religion dominante et le gouvernement qui les avait institués, à toute espèce de critiques. Les hommes revêtus du pouvoir ne supposent pas qu’ils puissent commettre des fautes; ou, s’ils le supposent , ils ne se soucient point de les voir publier. Toute idée qui tend à amoindrir leur autorité leur paraît dangereuse, fûtelle conforme à l’intérêt général. Si on laisse la censure à leur discrétion, il est certain qu’ils eu abuseront pour échapper au contrôle de la publicité, au risque de retarder le progrès des lumières. Supprimer la discussion est un moyen si commode de paraître avoir toujours raison! Les censeurs ne se borneraient pas à paralyser les attaques que la législation actuelle défend de diriger contre certaines doctrines généralement admises ; ils couvriraient de leur protection tous les actes du gouvernement, et même la conduite des agents secondaires dont ils subiraient l’influence (3). La Constitution a donc sagement fait d’interdire l’établissement de la censure.
567. La presse ne peut y être soumise « en aucun cas » : c’est-à-dire, sans doute, alors même que la pensée imprimée porte atteinte aux droits d’autrui et donne lieu à une répression judiciaire. Quelque absolues que soient ces expressions, il me paraît douteux que les rédacteurs aient songé à l’hypothèse d’une guerre civile ou étrangère. Le
(!) Expression de Voltaire, lettre 540.
(2) Établie en 1501 par le pape Alexandre VI (Borgia).
(3) V. Beaumarchais, Mariage de Figaro, acte V, scène 4.