‹ Théorie du droit constitutionnel français, esprit des constitutions de 1848; précédé d'un essai sur le pouvoir constituant et d'un précis historique des constitutions françaisesChapitre 192 sur 498 · RAISONS DE L’ABOLIR · texte numérisé non relu

RAISONS DE L’ABOLIR

597. Il faut avouer que la noblesse, telle qu’on l’avait reconstituée, était une supériorité purement nominale et honorifique : bien plus, aucune loi n’était venue régler les honneurs qui devaient y être attachés. Les hommes qui, même aujourd’hui , prennent le fitre de marquis ou de comte seraient bien embarrassés de dire non-seulement dans quel lieu est situé leur marquisat ou leur comté, mais encore quelle sorte de respect leur est due. On est tenté de demander pourquoi les rédacteurs de la Constitution de 1848 ont jugé utile d’abolir les titres nobiliaires ; faut-il tant d’efforts pour détruire un fantôme ?

Je réponds que T insignifiance même de la noblesse, considérée dans son état le plus récent , est une raison de l’abolir. A quoi bon violer le principe fondamental de l’égalité si la violation ne produit qu’un imperceptible intérêt ? Mais est-il bien sûr que les nobles ne nourrissent aucun espoir secret de recouvrer quelque portion de leur puissance passée? On n’attache pas tant de prix à ce que l’on croit une chimère. Plusieurs ducs de l’Empire ont possédé des fiefs en Italie. Sous la Restauration , la noblesse obtenait indirectement , par le monopole de la pairie , une portion du pouvoir législatif. Napoléon avait su d’ailleurs, en créant les majorais, donner à la futilité des titres le solide appui de la fortune. Il me parait dangereux de perpétuer des idées fausses dans la généralité des esprits. On a besoin d’une certaine instruction pour bien se convaincre qu’un baron n’est rien de plus qu’un autre citoyen, quand la plupart des livres antérieurs à 4789 supposent le contraire. Ouvrez Montesquieu, qui passe encore aux yeux de bien des gens pour le maître de la science, vous le verrez dès les premières pages, un siècle à peine avant la révolution de 4848, s’indigner à l’idée seule que l’on ose dépouiller les seigneurs de leurs justices patrimoniales (1).

598. Un sentiment assez naturel prévient le monde en faveur des descendants d’hommes illustres. On espère beaucoup d’eux. On présume volontiers que les talents et les vertus ont passé, avec le sang, des ancêtres aux arrière-neveux. La théorie du perfectionnement des races confirme,

(I) Livre II, cli. iv. UEsprit 'dcs lois a été publié en 1748.

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