CH. II, ART. 43. — ENSEIGNEMENT FORCÉ
d’ailleurs que les bénéfices soient abandonnés à l’indigence. N’est-co pas là faire des pauvres pour nourrir ceux qui le sont déjà?
G38. La gratuité de l’enseignement primaire est un bienfait réel pour les classes ouvrières. Mais leur ignorance même ou leur insouciance les expose à n’en pas profiter. Si l’on veut qu’enfin tous les Fronçais sachent lire et écrire , il est indispensable d’employer quelques mesures coercitives. Je proposerais, par exemple, d’infliger , au père ou au tuteur de l’enfant qui ne saurait pas lire à un âge donné, une ■amende légère qui croîtrait progressivement les années sui- . vantes jusqu’à une certaine limite. Les hommes faits devraient , après le délai fixé par la loi , être exclus des droits politiques , peut-être même de plusieurs droits civils , faute de justifier qu’ils possèdent l’instruction première (1). Nul ne saurait se plaindre de ces mesures, depuis que chacun peut apprendre gratuitement.
639. La Constitution veut qu’il y ait égalité de rapports entre le patron et Y ouvrier ; elle n’ajoute pas : entre le maître, et le domestique ; mais il n’en faut pas tirer une induction défavorable aux domestiques. On ne fait autre chose ici qu’appliquer le principe de l’égalité : les maîtres n’ont pas mieux le droit de s’y soustraire que les patrons. Je suppose donc qu’il est question des uns et des autres.
11 est impossible d’établir une égalité absolue entre le patron ou le maître, et l’ouvrier ou le domestique. L’un promet de donner de l’argent, l’autre de travailler. Leurs obligations ne sont donc pas pareilles : l’un est quitte en comptant des espèces de bon aloi; l’autre doit compte de ses efforts, de ses soins, et répond, dans une certaine mesure , de sa capacité. Il doit d'ailleurs suivre la direction qui lui est indiquée, puisqu’il ne produit pas pour son compte. Tous deux ont librement consenti à créer cette disparité de
(I) V. mon livre sur la Charte, p. 470. La loi du 20 frim. an II, sect. ni, art. 9 , établissait «les peines contre les parents qui n'envoyaient pas teuis enfants aux é«mles. — Ce système a été rejeté par l’Assemblée législative, le 19 février 1850. M. Vatimesnil a prétendu qu’il portait atteinte aux droits du père de famille. Il parait que, selon nos hommes d’état, la puissance paternelle doit être respectée, en tant qu'elle maintiendrait les enfanta dans l’ignorance. •