Le mérite ne suffit pas toujours et n’est pas tou
(1) Ceci est de la théorie. L’art. 25 parait décider le contraire. "V. n» 788 ; mais Toy. constit. de l'an III, art. 16.
ABT. 24. ORGANISATION DES CANDIDATURES. 369 jours nécessaire pour obtenir les faveurs du suffrage universel. La condition essentielle, c’est la notoriété. L’homme dont le nom a été, pour une raison ou pour une autre, exposé longtemps aux regards par un grand nombre d’affiches, a bien plus de chances de succès que le savant dont des livres sérieux attestent la capacité, ou le magistrat expérimenté que ses fonctions n’ont pas mis en contact avec la foule. Le prince sera ordinairement préféré à l’homme d’état.
Autre écueil. Les opinions consciencieuses, mais modérées et conciliatrices, sont étouffées entre les partis extrêmes et violents. Si les hommes qui les ont embrassées manquent de fermeté, ils se laisseront entraîner vers des doctrines qui leur répugnent, soit par la crainte de perdre leurs voix, soit par le désir d’exclure l’une des opinions opposées.
Sont-ce là des inconvénients réellement propres au suffrage universel? J’en doute. 11 est évident pour moi qu’ils ont dû se produire , bien que sur une moindre échelle , dans les collèges d’électeurs censitaires de la monarchie. De tout temps , sous tous les régimes , le mérite modeste est évincé par la médiocrité bruyante; les nuances politiques sont effacées par les couleurs plus tranchées. 11 y aura toujours des fusions et des coalitions.
770. Un défaut qui me semble plus justement imputable au suffrage universel consiste à rendre fort difficile la détermination des candidatures. Ici, les opérations préparatoires peuvent «seules tirer d’embarras. Si les électeurs ne se montrent qu’au moment du vote définitif, il est impossible qu’ils s’entendent et qu’il n’y ait point de voix perdues. D’un autre côté , il est bien fâcheux que des comités électoraux puissent être formés par quelques hommes remuants, qui , sans aucun mandat, ou en vertu d’un mandat fort équivoque, prennent le titre de dêlcyués , et, par leur initiative , imposent de fait leur choix personnel à la majorité de leur parti. Voici le remède que je proposerais. Un mois avant les élections, les représentants du peuple se constitueraient présidents provisoires d’un comité électoral, au nom de leur doctrine politique ; ils inviteraient les citoyens à nommer, au scrutin secret, de véritables délégués chargés de recevoir les candidatures et de les discuter publique-