DESPOTISME IMPÉRIAL
aussi convaincu qu’il eût refusé jusqu’au bout toute espèce de privilèges à sa noblesse. Supposer que les nobles impériaux se fussent contentés d’armoiries et de livrées, ce serait méconnaître la tendance toujours envahissante de l’esprit humain , soit qu’il s’avance vers la démocratie , soit qu’il recule vers l’aristocratie.
■115. Je m’abstiens de décrire ici les institutions accessoires qui servirent à fortifier progressivement le despotisme impérial. Il me faudrait parler du conseil d’état, à l’aide duquel Bonaparte s’empara de la jurisdiction administrative, s’attribua l’interprétation des lois, et paralysa les poursuites dirigées contre les agents du gouvernement. J’aurais à discuter les avantages et les inconvénients du système de centralisation administrative , par lequel il substitua , dans chaque fraction du territoire, des agents de son choix aux administrations collectives et électives, maintenues ou établies par la révolution (1). 11 faudrait énumérer les atteintes portées à la liberté individuelle, à la liberté de la presse, à l’indépendance du pouvoir judiciaire.
1 16. I^a constitution consulaire donnait au gouvernement le droit de faire arrêter, pendant dix jours, les personnes soupçonnées de conspirer. La constitution impériale étendit implicitement ce droit, sous le prétexte d’en empêcher l’usage arbitraire, en créant une commission sénatoriale chargée d’examiner si l’arrestation, prolongée au delà des dix jours, était « justifiée par l’intérêt de l’État. » Une autre commission de sénateurs recherchait de même si l’empêchement apporté à la publication d’un livre était contraire à l’intérêt public. Ces garanties n’ont guère existé que sur le papier. Quand même le Sénat n’aurait pas été un corps servile, il était bien facile d’alléguer l’intérêt de l’État, pour s’assurer d’un citoyen opposé au gouvernement, ou pour supprimer un ouvrage entaché de vues démocratiques. Deux mois après le coup d’état de brumaire , les journaux po-
li) La qualification (V « empereurs an petit pied « , que Napoléon donnait S ses préfets , trahit la pensée despotique on militaire , si l’on veut , qui a présidé à l’organisation administrative de l’an VIII. Du reste, je n’entends pas nier les avantages qu’elle peut procurer dans les cas oh il y a conflit entre l’intérêt local et l’intérêt de la société entière.