LOI SUR LA PAIRIE
» tre le succès de sa proposition, » c’est-à-dire, sans doute, d’amener la chambre, en l’effrayant par des idées trop démocratiques, à proclamer un roi sans condition. Si la rapidité des événements lui avait permis de réfléchir, il aurait facilement reconnu que le danger devenait imaginaire , du moment qu’une proposition serait publiquement faite. Le silence et l’inertie pouvaient seuls faire triompher la quasilégitimité. On doit reprocher encore à M. Bérard, comme une faute, la condescendance qui le porta non-seulement à communiquer son projet au gouvernement, comme s’il se fût agi de mesures administratives, mais encore a souffrir que la forme de sa proposition fut dénaturée, et a couvrir ce changement de sa responsabilité personnelle.
168. La chambre quasi -constituante avait renvoyé au pouvoir législatif le soin de régler la composition de la pairie, aussi bien que l’électorat et l’éligibilité. Elle avait toutefois limité à une certaine session l’examen du premier point. On dut interpréter, dès lors, ce renvoi, comme renfermant une délégation du pouvoir constituant. Leroi néanmoins y concourut avec la chambre des pairs, partie intéressée ; si bien qu’il fallut , pendant le passage de la loi d’une chambre à l’autre, créer une trentaine de pairs pour déplacer la majorité.
169. Trois choses restaient indécises dans la question de la pairie : la nomination', le nombre, la durée des fonctions. On pouvait rendre la pairie élective et, partant, nationale; la presse s’attacha uniquement à combattre l’hérédité. Aux élections de 1831 , la plupart des candidats durent promettre de voter la pairie personnelle. Le ministère Périer, qui la voulait héréditaire , fut obligé de céder devant la manifestation de l’opinion publique (1). Il dut renoncer à fonder une législa-
(1) On lit, dans V Histoire de dix ans (t. III, ch. i), une éloquente réfutation des raisons apportées par les défenseurs de l’hérédité de la pairie. Mais on y lit aussi une réfutation non moins éloquente des raisons fournies par les adversaires de l’hérédité. On se demande, après cette lecture, pour quel système aurait voté M. Louis Blanc, s’il eût été pair ou député? S’ensuit-il de ce qu'un privilège a été maintenu , «qu’il faille maintenir tous les autres? N’y a-t-il donc point de transition entre la féodalité complète et la démocratie absolue ?