CONSTITUTION. — PRÉAMBULE. ART. I
sorte, de les punir, en cas d’infraction. Mais un législateur ne fait pas de promesses, il intime un ordre ; les assemblées constituantes ou législatives sont des réunions de mandataires chargés de formuler la volonté de leurs commettants. Voudraient-elles faire croire que la puissance qui régit l’univers entier surveille plus spécialement ce qui se passe dans leur sein? ou bien que leurs décisions sont le produit d’une inspiration surnaturelle, et non l’émanation du vœu national combiné avec l’expérience humaine?
En tout genre, le début le plus simple est préférable. Le peuple des États-Unis est fort religieux. Sa constitution est présentée comme l’œuvre de sa volonté : Nous, peuple
des États-Unis, .... ordonnons et établissons cette constitution.... «
[but DE l’aDOPTIOH DE LA FORME RÉPUBLICAINE’. ]
La France s’est constituée en république. En adoptant cette forme définitive de gouvernement, elle s’est proposé pour but de marcher plus librement dans la voie du progrès et de la civilisation ; d’assurer une répartition de plus en plus équitable des charges et des avantages de la société ; d’augmenter l’aisance de chacun, par la réduction graduée des dépenses publiques et des impôts, et de faire parvenir tous les citoyens, sans nouvelle commotion, par l’action successive et constante des institutions et des lois , à un degré toujours plus élevé de moralité, de lumières et de bienêtre.
203, 204, 225, 226. Motifs, critique et résumé de l'article. — 205 à 24 4. Le but de la législation est le bonheur de l’humanité. — 245. Bentham.— 246, 247. Doctrine ascétique. — 248. La législation est tantôt un art, tantôt une science. — 219. Égalité. — 220. Progrès. — 224 à 224. Avantages de la forme républicaine.
203. La République a été proclamée , par le gouvernement provisoire, dès le 24 février 1848 ; puis, par l’Assemblée constituante elle-même, le 4 mai suivant, jour de sa réunion, avant que les pouvoirs de ses membres n’eussent
été vérifiés. Voilà sans doute pourquoi les rédacteurs de l’article Ier s’expriment en historiens qui rapportent un fait accompli, et non en législateurs qui fondent un gouvernement. Au surplus , la forme narrative implique ici ratification.
204. Après avoir raconté, les rédacteurs, contrairement à l’usage , donnent des motifs. La substitution d’une forme de gouvernement à une autre est un fait assez grave pour justifier cette dérogation à la méthode que suit en général le législateur. On a souvent déclaré la république inconciliable avec les mœurs de la vieille Europe , ou tout au moins prématurée dans l’état actuel de9 lumières; il importait peut-être d’introduire dans le texte môme de la Constitution l’énumération des avantages que doit procurer l’établissement de la forme républicaine.
205. Une forme de gouvernement est, quoi qu’on en ait pu dire, un instrument, un moyen : ce n’est point un but. Si la forme républicaine devait apporter plus de maux que de biens à l’humanité, ce serait* une folie que de se passionner pour elle. La politique, comme la morale, ne prescrit des règles de conduite que pour parvenir à une certaine fin. Commençons par préciser le résultat, afin de mieux apprécier les moyens qui y conduisent.
206. Quel est le but de la législation et de la morale? Vers quel résultat final doivent tendre les moralistes en formulant des préceptes de conduite, les législateurs en décrétant des lois, les publicistes en combinant des ressorts de gouvernement? Ce but, c’est le bonheur de l’humanité entière , de chaque nation et de chaque individu en particulier.
207. Pour le démontrer, il suffit presque d’énoncer le système inverse, qui consisterait à diriger toutes les forces du gouvernement et de la science vers le malheur des hommes. La perfection de la théorie des lois serait dans la découverte du moyen le plus prompt et le plus cruel pour arriver à la destruction de l’espèce humaine. Personne n’a osé formuler de système analogue. D’ailleurs, il existe évidemment chez tous les hommes une tendance irrésistible à rechercher le bien-être, à éviter le mal. Chacun poursuit le plaisir, sous toutes ses formes, et fuit la douleur, dans toutes