CHAPITRE II
Des Classifications pratiques.
§. 19. Ce n’est pas une vaine curiosité qui a dirigé les hommes vers l’étude de l’histoire naturelle , mais bien le désir de trouver dans les êtres qui les entourent , et
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des remèdes à leurs maux, et des alimens pour JeiiT subsistance, et, en général, des matières propres à satisfaire leurs besoins ou à étendre leurs jouissances. On ne doit donc point s’étonner si les premiers écrivains Botanistes ont dirigé vers ce but essentiel , la classification des végétaux ; ainsi Théophraste , au milieu du désordre extrême de son histoire des plantes, paraît distinguer les herbes en trois classes , les potagères, lesfromentacées, ou dont les graines se mangent, et celles qui fournissent des sucs utiles. Dioscoride considère les plantes selon qu’elles sont aromatiques , alimentaires, médicinales, ou propres à faire du vin. Parmi les plus anciens d’entre les modernes , Tragus fait une classe des herbes potagères; Lonicer des plantes médicinales ; Dalecliainp des plantes potagères , purgatives , vénéneuses , etc.
On ne tarda pas à reconnaître que ces classifications , fondées sur l’usage des êtres , ne peuvent fournir aucun secours à ceux qui ne connaissent pas les plantes elles-mêmes , et on sentit la nécessité de fonder les classifications sur la structure même des êtres dont on voulait parler; cette idée ne peut souffrir aucune objection, quand on considère les végétaux uniquement comme naturaliste; mais l’utilité des classifications pratiques n’en est pas moins réelle , si on considère cellesci sous leur véritable point de vue, c’est-à-dire, comme un moyen de mettre de l’ordre et de la précision dans les applications de la science. Parcourons rapidement les diverses sortes de méthodes pratiques dont on peut retirer quelque utilité,
§. 20. Les classifications botanico- médicales proposées par divers auteurs, sont tellement multipliées, et la plupart si vicieuses dans l’exécution , que les mo-
demes les ont souvent très-négligées ; la cause de leur imperfection est la même que celle qui vicie toutes les méthodes anciennes, c’est qu’on ne s’est pas rendu suffisamment raison du but qu’on se proposait. Veut-on en effet classer les médicamens végétaux de manière à les reconnaître dans l’état de vie ? 11 est évident que c’est ici une question de pure botanique , et qu’on ne doit point établir , pour cet objet , une méthode particulière; c’est sur ce principe que sont fondées les matières médicales de Linné, de Bergius, de Peyrilhe, etc., disposées d’après une méthode artificielle, propres, par conséquent, à faire distinguer les médicamens dans leur état de vie, mais incapables de diriger sur leur emploi, leurs rapports et leurs substitutions. Veut-on donner un moyen de reconnaître les médicamens simples tels qu’ils se présentent dans les officines? On doit alors nécessairement les classer d’après les organes employés : c’est sur ce principe que sont rangées la plupart des collections de matière médicale. Un ouvrage classé d’après cette méthode serait, ce me semble, utile aux pharmaciens pour leur épargner des erreurs , et il est extraordinaire qu’il n’en existe sur ce plan aucun qui soit digne d’être cité. On a tenté de classer les médicamens d’après leurs principes chimiques, dans le but, sans doute, d’éclairer leurs préparations et leurs substitutions : la matière médicale de Paul Hermann ( Cynosura materice medicœ , 1726)611 est un exemple connu; mais la difficulté et l’incertitude que les analyses des êtres organisés ont présentées jusqu’à ce jour, rend ces sortes de méthodes peu utiles à consulter. Il en est qui , n’ayant en vue que de faciliter l'application immédiate des remèdes sur le corps humain , les ont uniquement classés d’après leurs propriétés; cette méthode
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est purement médicale, et est très-bonne à suivre, quant à la connaissance de l’emploi des médicamens ; mais elle n’est applicable, ni à l’arrangeineni des collections, ni aux ouvrages de botanique médicale , p uce que les diverses parties d’une même plante entrent souvent dans des classes diverses , et que le même médicament appartient souvent à des classes différentes selon les circonstances où il est appliqué. Le mérite comparatif des divers principes d’après lesquels on a classé les propriétés des médicamens, serait une discussion de médecine entièrement déplacée ici; je dirai seulement que, dans cette sorte de classification , on doit faire moins d’attention aux résultats de l'application des remèdes, qu’à leur mode d’aclion considérée en elle-même, et que les principes généraux de pharmacologie de M. Barbier, peuvent, à plusieurs égards, servir ici de modèle. Enfin, si l’on avait pour but de disposer les végétaux de manière à éclairer leurs substitutions réciproques et à guider les expériences futures , on ferait bien de partir du principe , qu’en général les organes analogues des plantes analogues se ressemblent par leurs propriétés , et de classer les êtres d’après les familles naturelles et d’après les organes employés ; c’est à peu près là le principe de la matière médicale de Murray, mine féconde que les modernes exploitent sans cesse; c’est aussi le principe de l’Essai sur les pro* priétés des plantes, que j’ai présenté au public en 1804, commethèse inaugurale , et dont j’ai donné une seconde édition en 1816. Toutes ces diverses méthodes ont leur genre d’utilité et de perfection relatif au but qui a dirigé l’auteur ; il n’y a de mauvaises , que celles écrites sans but bien déterminé.
§. 21. Les méthodes relatives aux usages économiques
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tles plantes , ont été beaucoup moins nombreuses et traitées d’une manière moin3 dogmatique que les méthodes médicales ; ce qui tient, d’un côté, à leur moindre difficulté; de l’autre, à ce que ce n’est que dans le dernier siècle que les savans ont commencé à donner quelque attention à ce genre d’utilité des végétaux. Ainsi, il existe des classifications des plantes considérées comme plantes alimentaires : telles sont la Matière alimentaire de Zuckert, et l’Histoire des Végétaux nourrissans de Parmentier , fondées sur la nature chimique des divers alimens; le traité des Alimens de Lemery, grossièrement classé d’après l’origine des matières nutritives; la Dissertation des Plantœ Esculentce de Linné, disposée d’après son système sexuel, etc. Une classification populaire, mais exacte , des plantes considérées comme alimens, consiste à les séparer, d’après leur mode d’emploi , en condimens, légumes , fruits , céréales, etc. On a de même des classifications ou catalogues raisonnés des plantes fourragères , tinctoriales , vestimentales, etc. Ce que j’ai dit plus haut de la nécessité d’être conséquent avec le but qu’on se propose , peut servir pour guider dans la fabrication de pareilles méthodes , et l’appréciation du mérite comparatif de celles qui existent.
§. 22. Les plantes , considérées quant à leur culture, peuvent aussi présenter une foule de méthodes diverses, toutes utiles sous certains points de vue : ainsi , l’agriculteur les divise , quant à l’ensemble de son art et au but qu’on se pi'opose en les cultivant , en forestières , fourrageuses, céréales, fruitières , légumières, économiques et industrielles; quant au terrain qu’elles préfèrent ; quant aumode de culturequ’elles demandent, etc. Les catalogues de3 jardins botaniques sont souvent dis-
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posés d’après le degré de froid que chaque plante peut supporter; ceux des jardins fruitiers, d’après l'époque de la maturité des fruits ; ceux des plantes de quelques pays ou de quelques jardins , d’après les époques de la fleuraison , etc. Toutes ces diverses classifications ont, je le répète, un degré réel d’utilité , pourvu qu’on y soit conséquent au but qu’on s’est proposé.
J’en dirai autant des classifications géographiques ou topographiques ou historiques : tous ces travaux, sont utiles quant aux rapports de la Botanique avec d’autres connaissances; mais aucun d’eux ne constitue la science elle-même ; aucune de ces classifications pratiques ne peut devenir utile à qui que ce soit , avant qu’il ait fait usage de celles qui sont relatives à la Botanique considérée en elle-même. C’est donc à ce but primitif, et qui rentre plus que tout autre dans notre plan , que nous ’N devons nous attacher maintenant.