‹ Théorie élémentaire de la botaniqueChapitre 11 sur 84 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

Des Classifications artificielles.

§. 23. Soit qu’on veuille étudier les végétaux dans leur propre nature, soit qu’on n’ait en vue que de connaître leurs applications, on sent également le besoin de savoir leurs noms : en effet, quoiqu’on pût concevoir un homme doué d’un esprit assez vaste pour connaître par luimême tous les végétaux , et par conséquent toute la Botanique, sans savoir le nom d’aucune plante, on ne peut disconvenir cependant, que le moyen le plus fécond d’instruction et de réflexion 11e soit la lecture des ouvrages des autres hommes , et que les découvertes d’un botaniste qui ne connaîtrait aucune nomenclature,

TAXONOMIE

seraient nécessairement milles pour la science ellemême, puisqu’il ne pourrait les faire savoir à personne que par tradition. La nécessité d’une nomenclature est donc hors de toute espèce de doute: ce n’est qu’en connaissant le nom d’un être quelconque , que nous pouvons apprendre ce que les autres hommes savent déjà sur sou compte, et leur communiquer nos doutes , nos questions * nos découvertes ; et pourvu qu’on ne croie pas (comme cela n’arrive que trop souvent ) savoir les choses quand on sait les noms, on ne peut qu’applaudir aux efforts qui ont été faits pour faciliter les moyens de connaître le nom des êtres de la nature. Les méthodes faites dans ce but ont reçu le nom d’artificielles, par opposition aux méthodes naturelles, où les êtres sont classés d’après leur nature intime.

§. 24. Lorsqu’on trouve une plante, le moyen le plus simple pour en découvrir le nom , est de recourir à la tradition ou au témoignage de ceux qui le savent : mais, outre que ce moyen n’est pas toujours à notre portée, il est de plus fort infidèle, puisqu’il n’entraîne avec lui aucune méthode facile de vérification. La seconde idée qui se présente à l’esprit , est de parcourir soit les planches , soit les descriptions des végétaux connus. Ce moyen pouvait suffire, lorsque le nombre de plantes décrites était fort borné : aussi voyons-nous Pline, Fuclis et plusieurs autres anciens botanistes, négliger absolument de mettra aucun ordre dans leurs livres. Plus le nombre des plantes connues s’est augmenté , plus on a senti le besoin de les disposer dans un ordre tel, qu’on pût sans des tâtonnemens trop longs , découvrir celles qu’on cherchait. Une foule de méthodes diverses qui tendent toutes à ce but ont été proposées par les botanistes : pour nous faire une idée de leur emploi et de leur valeur, voyons d’abord

TAXONOMIE

quelles sont les conditions essentielles qu’on doit rechercher dans une méthode artificielle , c’est-à-dire, qui a pour but unique de nous faire trouver, d’une manière facile et sûre, le nom des êtres organisés et des végétaux en particulier.

§. 25. i.° Il faudra que cette méthode soit fondée sur quelque chose d’inhérent à la plante , tel , par exemple , que sa structure ; car tout ce qui tient à sa position dans la nature, nous échappe dès qu’elle est déplacée ; ce qui est relatif à ses usages ne nous sera bien connu que lorsque nous saurons son nom ; ce qui est tiré de son histoire, comme, par exemple, l’époque de sa fleuraison,etc., est d’une nature très-variable, et exige souvent des délais tellement longs , que son emploi est presque nul.

2. ° Parmi les choses inhérentes à la plante, on doit établir la méthode sur les parties solides et non sur les sucs liquides , parce que ceux-ci sont d’une nature trop variable , trop fugace et trop dificile à exprimer pour pouvoir être admis en parallèle.

3. ° Parmi les parties ou les organes admissibles pour faire une méthode artificielle, on doit choisir de préférence ceux qui réunissent au plus haut degré les conditions suivantes :

D ’être faciles à voir,

De se trouver dans le plus grand nombre des végétaux.

D’être d'une nature la plus constante possible dans une même plante,

De présenter cependant assez de variations dans les diverses espèces , pour donner prise à des différences faciles à exprimer.

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