‹ Théorie élémentaire de la botaniqueChapitre 23 sur 84 · ou ses multiples · texte numérisé non relu

ou ses multiples

Dans aucun cas , le nombre.des parties du pistil , lorsqu’il est déterminé, ne passe celui des étamines et des pétales réunis : cela n’a lieu que lorsque les ovaires sont disposés en épis, et que, par conséquent, leur nombre est indéterminé.

§. 12g. Les ovaires solitaires et monospermes présentent quelques diversités assez curieuses à étudier; si leur graine a la radicule supérieure comme les Dipsacées, il faut que le filet qui part du pédoncule passe d’un côté du péricarpe pour atteindre l’ombilic vers le sommet du fruit; si la graine a la radicule inférieure, comme dans les Composées , il faut que le filet, qui de la base du pistil vient atteindre l’ombilic, passe sur le côté du péricarpe. Dans l’un et dans l’autre cas , il n’y a plus symétrie exacte, et on est , par conséquent , autorisé à penser qu’il n’y a, dans les végétaux vasculaires, de fruits monospermes que par l’avortement d’une ou de plusieurs graines , d’une ou de plusieurs loges. Cette hypothèse hardie m’a été suggérée par la conversation de l'un des hommes les plus ingénieux et les plus habiles dont la botanique puisse s’honorer, M. Rob. Brown. Je sens qu’elle est

TAXONOMIE

de nature à effrayer ceux qui n’ont pas encore assez observé les jeux variés et l’étendue des avorlemens ; mais j’engage ceux qui mettront de l’intérêt à cette question délicate à étudier les faits encore rares, mais instructifs, des Graminées où M. du Petit Tliouars a trouvé deux graines , des Composées à deux graines , des Légumineuses à deux styles et à deux loges, etc , à examiner les cas nombreux où l’on trouve dans les mêmes familles des fruits à un ou à plusieurs carpelles, à une ou à plusieurs graines.

Art. 4. De la Grandeur absolue , relative et proportionnelle des parties (*).

§. i3o. La grandeur des organes, considérés dans leur totalité absolue , n’est qu’un phénomène de peu d’importance aux yeux du classificateur. Qu’une feuille soit grande ou petite, longue ou courte, peu importe; ce caractère ne mérite d’être examiné que lorsqu’il indique quelque différence dans la structure de l’organe; parce qu’a lors c’est à la cause de la grandeur et non à la grandeur elle-même, qu’on fait attention; mais la grandeur des parties comparées entr’elles mérité plus d’intérêt.

On peut comparer la grandeur des parties d’un système, ou bien comparer la gi'andeur de deux systèmes.

§. i3i. Le premier de ces points de vue, c’est-à-dire les dimensions proportionnelles des parties d’un système, est souvent d’un grand intérêt. Toute l’étude des planter» irrégulières, et par conséquent tout l’art de les ramener aux symétries régulières dont elles font partie, repose

(’) Voyez Glossologie, Cfaap. IV, art. 9.

TAXONOMIE

sur l’examen de l’inégalité des parties d’un système; le principe fondamental de cet examen me paraît être celui-ci :

Parmi les végétaux vasculaires , et peut-être parmi tous les végétaux , les parties d’un mêtne système sont naturellement égales en grandeur , et ne deviennent inégales que par suite de pliènomèmes plus ou moins intimement lié s avec la structure générale de la plante.

Ce principe est conforme à l’idée générale de l’organisation , et se vérifie chaque jour par l’observation de presque toutes les plantes. Toutes les anomalies s’expliquent par des soudures ou des avortemens dont il serait bien difficile d’indiquer tous les cas, mais dont je vais rapporter ceux qui paraissent les plus essentiels.

i.° La position des fleurs sur les tiges détermine un grand nombre d’inégalités dans leur développement , et par conséquent dans la régularité de leurs formes (*).

Supposons une fleur solitaire et droite à l’extrémité d’une tige , elle ne sera gênée par aucune autre , recevra sa nourriture en tous sens indifféremment , et sera forcément régulière. C’est, en effet , ce qui a lieu dans la nature, et je ne connais point d’exception à cette loi : toute fleur naturellement terminale, droite et solitaire, est régulière , lors même qu elle appartiendrait à une famille ordinairement irrégulière. Ainsi la Parnassia parmi les Violacées , l’Asarurn parmi les Aristoloches , sont régulières quoique appartenant à une famille ordinairement irrégulière-

Supposons qu’autour de cette fleur il en naisse d’autres opposées entr’elles ou disposées autour d’elle en verli-

(*) On peut voir plusieurs exemples cités à l’appui de cette loi , parM. Cassini (Bull, pliilom Avril , 1816 ).

TAXONOMIE

cilles, il résultera de cet ensemble ( selon que ces fleurs seront plus ou moins serrées ) une ombelle ou une tête; dans ce cas , l’équilibre est nécessairement rompu entre ces fleurs : celle du milieu , étant également pressée , peut ou avorter, ou changer de forme, mais sera toujours régulière; les rangs latéraux , s’ils sont très-serrés, seront inégalement pressés par leurs voisins, et auront une tendance naturelle à croître plus du côté extérieur, où la pression est moindre, que du côté intérieur, et par conséquent ils pourront être irréguliers ; d’où résulte cette seconde loi , que dans les ombelles , les corymbes on, les tètes , les fleurs centrales sont régulières , et les latérales tendent à croître davantage du côté externe que du côté interne , comme on peut le voir dans les Composées , les Dispacées , les Ombellifères , etc.

Supposons des fleurs en verticilles autour de la lige ou situées à l’aisselle des feuilles, leurs deux côtés ne seront pas placés également pour recevoir la nourriture, l’air on la lumière ; et de plus elles pourront être pressées inégalement , soit ent.r’elles , soit entre les fleurs voisines : dans tous ces cas, le degré delà tendance à l’irrégularité sera variable, selon l’intensité de ces deux causes, et on pourra trouver dans les mêmes classes des espècesà fleurs régulières, et d’autres plus ou moins irrégulières; mais les fleurs d’une même espèce auront moins d’inégalités entr’elles que dans le cas précédent. Observons que toutes les familles à fleur éminemment irrégulière n’offrent jamais de fleurs terminales , et les ont toujours ou axillaires , ou disposées , soit en épi , soit en grappe , comme on le voit dans les Orchidées , les Légumineuses , les Labiées, etc. , où nous ne pouvons jamais voir de fleurs réellement terminales , ni de fleurs absolument régulières. Quelquefois , cependant , dans les Labiées on

TAXONOMIE

trouve de véritables fleurs terminales , et alors elles sont régulières , comme on le voit fréquemment dans le Teucrinm camjjanulatum , et de lemps-en-temps dans les Galèopsis.

Mais tout ce qui agit sur l’ensemble d’une fleur agit aussi sur ses parties; si une cause quelconque comprime une fleur d’un côté , et détermine l’avortement d’un organe, les organes analogues profiteront davantage et grandiront plus du côté opposé; par conséquent toutes ces mêmes causes peuvent déterminer une inégalité dans les paities intimes de chaque système , et ces inégalités n’étant dues qu’à des conséquences de la position des fleurs ou des organes , doivent avoir, dans la classification , un degré d’importance moindre que leur cause.

Une seconde conséquence de ces considérations, c’est que, puisque ce sont des causes accidentelles qui dérangent la symétrie primitive de chaque système, il faut, pour établir une bonne classification, ramener, par toutes les voies que l’observation et l’expérience peuvent fournir, toutes les plantes irrégulières à leurs types primitifs et réguliers , quoique ces types soient souvent rares à rencontrer, quelquefois même idéaux. A insi , j’affirme que les Personées ne sont que des altérations du type des Solanées , parce qu’une Personée régularisée par la pensée ne diffère pas d’une Solanée.

Une troisième conséquence, c’est que toutes les fois qu’il existera une irrégularité dans une symétrie quelconque, cette irrégularité pourra atteindre ses maximum, l’annihilation de la petite partie, et l’expansion outremesure de la plus grande. J’ai déjà indiqué quelques applications de détail de cette loi, en parlant des avor- «emens, et j’y renvoie le lecteur.

Les irrégularités pourraient être ou bornées à un seul

TAXONOMIE

système, ou communes à tous ; mais, quoiqu’on cite souvent des irrégularités de la première sorte, je doute s’il en existe réellement, et je suis fortement porté à croire quV/ n y a jamais irrégularité dans un système de la fleur , sans <]tdelle se fasse plus ou moins sentir sur tous les autres.

§. i32. La troisième manière d’étudier les dimensions relatives des organes , est de comparer la grandeur d’un système avec celle d’un autre système; cette considération peut avoir quelqu’utilité dans les détails de la Botanique, mais elle en a peu pour l’ensemble , et ne paraît en effet liée avec aucune circonstance anatomique bien essentielle.

Art. 5. De la forme des Organes. (1)

§. i33. Quoique, dans tous les livres de Botanique, on ait coutume de décrire , avec beaucoup de soin, la forme des organes , celte forme, considérée sous cet unique rapport, n’est en réalité que d’une très-légère importance ; je prends les feuilles pour exemple : on peut trouver des feuilles de même forme dans toutes les classeà, dans presque toutes les familles des plantes, et la cause en est simple; c’est que plusieurs circonstances diverses peuvent produire ce résultat; qu’est-ce donc qui est essentiel à considérer, si ce n’est la cause anatomique de cette forme, ou, en d’autres termes, la disposition respective des parties de cet organe ?

Art. 6. De la continuité ou articulation des parties (2).

§. i34- J’entends par parties ou organes continus , (*)

(*) Voyez Glossologie, Ghap. IV, art. 4.

(?) Voyez Glossologie, CUap.IV, art. 10 et ti.

l68 TAXONOMIE.

ceux dont les fibres et le tissu cellulaire sont tellement disposés, que, dans aucune partie de leur longueur, on ne puisse à aucune époque les séparer, sans déchirement bien sensible.

J’entends par parties articulées ou solubles , celles dont les fibres et le tissu cellulaire sont tellement disposés, qu’on puisse, à une certaine époque de leur vie, les séparer , sans déchirement sensible.

Si on considère les organes dans leur ensemble, on voit que tous les organes continus avec leur base sont persistent ou marcescens , et tous les organes articules sur leur base sont caduques. Si on considère les parties des organes clos , les unes relativement aux autres, on a cette seconde loi, que tous les organes dont les parties so7it continues , sont indéhiscent , tandis que tous les organes dont les parties sont articulées entr elles, sont déhiscent , et que ceux où l’articulation est incomplète, sont incomplètement déhiscens.

Il est donc évident que la considération de la continuité des organes détermine leur durée, et que cette même considération , appliquée aux parties des organes, détermine leur déhiscence. Voyons jusqu’à quel point ces deux caractères sont utiles pour reconnaître la vraie symétrie des plantes.

§. i35. Comme on a l’habitude de juger souvent, dans le règne végétal, par analogie avec le règne animal qui est mieux connu, et comme, dans le règne animal, les articulations sont d’une très-grande importance, on est tenté de leur attribuer le même degré d’importance chez les végétaux La plus légère attention sur la distinction réelle des deux règnes , suffit pour montrer que ces organes, quoiqu’ils aient reçu le même nom, ne sont pas comparables.

TAXONOMIE

Les animaux ont , comme je l’ai dit plus haut, trois classes de fonctions, les fonctions animales, telles que le sentiment et le mouvement, les fonctions nutritives , et les fonctions reproductives; les muscles et les os, qui en sont les supports , appartiennent à la classe des organes du mouvement, et par conséquent les articulations font partie et même partie fort importante des fonctions animales ; mais elles ont si peu d’importance pour le reste de l’organisation dans les animaux, que leur système nutritif est entièrement continu, même en passant à côté des articulations du système moteur. A plus forte raison ne peut-on pas les comparer avec les articulations des végétaux ; chez ceux-ci, le système moteur n’existe pas; et ce qu’on appelle articulation, n’est qu’un accident du système général, qui paraît même ne pas avoir un grand degré d’importance. Et d’abord , si nous examinons son importance par la simple théorie, nous verrons que, dans une articulation végétale, les vaisseaux sont continus, et que c’est le tissu cellulaire qui seul se trouve interrompu. Or, comme toute la symétrie des végétaux vasculaires est fondée sur la disposition des vaisseaux , et qu’il n’existe de vraies articulations que dans cette classe, il est clair que la symétrie végétale n’est pas altérée d’une manière importante par ces solutions de continuité.

§. i36. Si de la théorie nous venons à la pratique, nous verrons, i.° que dans un grand nombre de cas , des plantes , d’ailleurs très-semblables , diffèrent par celte seule différence d’avoir ou non leurs organes continus ou articulés ; 2.° que les mêmes parties, selon leur âge, peuvent être articulées ou continues ; ainsi la vigne, par exemple, a ses rameaux articulés à chaque nœud dans leur jeunesse, et cesse de l’être lorsqu’elle est âgée,

c’esl-à-dire , lorsque le nombre des vaisseaux a augmenté proportionnellement au tissu cellulaire. Ainsi, je Crois pouvoir conclure de ces observations, que les caractères déduits de l’ articulation ou de la continuité des organes ou des parties d’ organes , quoiqu importans dans les détails , altèrent peu la symétrie générale des plantes.

A k t. 7. De l’usage des Organes.

§. 137. L’usage des organes est une conséquence de leur structure , et n’en est nullement la cause, comme certains écrivains irréfléchis semblent l’indiquer ; l’usage, quelle que soit son importance dans l’étude physiologique des êtres, n’a donc en lui-même qu’une médiocre importance dans l’anatomie, et ne peut en avoir aucune dans la taxonomie; quelquefois seulement on peut s’en servir comme d’un indice de certaines structures à nous encore inconnues; ainsi, lorsque je vois la surface unie d’un pétale suinter une liqueur, j’en conclus que cette partie est glandulaire, et je l’assimile aux nectaires ; mais cette assimilation , bien que reconnue par l’identité de l’usage, est réellement établie sur l’identité présumée de la structure.

Art. 8. Des qualités sensibles des Organes, telles que consistance , couleur, odeur , saveur , etc.

§. i38. Ce que je viens de dire de l’usage des organes , s’applique à bien plus forte raison encore à leurs qualités sensibles, qui ne sont que des conséquences plus ou moins directes de leur structure, et qui 11’ont d’auire importance taxonomique , que de servir d’indices de certaines

TAXONOMIE

particularités de structure anatomique, qui nous sont souvent encore inconnues. Voyez Glossologie. Cliap.IV, art. 12, i3, 4. et l5.

A ht. g. Résumé des articles précédens.

§. i3g. En résumant donc ce que nous venons de dire, nous trouverons que les divers points de vue sous lesquels on peut considérer les organes des plantes, doivent être à-peu-près rangés dans l’ordre suivant , pourvu toutefois que toutes les causes d’erreurs aient été écartées par une observation attentive et rigoureuse, savoir :

i.° L’existence ou l’absence réelle ;

2.0 La position et le nombre soit absolus , soit relatifs des organes ou des parties d'organes ;

3.° La grandeur relative ou proportionnelle, la forme, l’adhérence ou l’articulation , qui sont évidemment subordonnées à la classe précédente ;

4-° L’usage et les qualités sensibles , qui sont des conséquences des trois classes précédentes.

Page 1