‹ Théorie élémentaire de la botanique, ou exposition des principes de la classification naturelle. Et de l'art de décrire et d'étudier les végétauxChapitre 16 sur 86 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Des moyens de connaître la vraie nature des Organes, et des causes d’erreurs h éviter dans cet examen .

§. 58. La classification repose, comme nous venons de le voir, sur la connaissance de l’importance des organes ; mais cette connaissance suppose évidemment que nous avons des moyens de distinguer les organes eux-mêmes avec certitude : il est clair que si, dans deux êtres dif— férens , nous donnions le même nom à deux organes hétérogènes, et que d’après cette similitude de noms, nous en vinssions à les comparer sous ce rapport, nous tomberions dans de graves erreurs. Il est donc très-important d’arrêter nos idées sur les moyens que nous possédons pour distinguer nettement la vraie nature des organes , et d’être averti des causes les plus fréquentes de nos erreurs à ce sujet.

Lorsque nous voulons étudier un organe isolé, notre première attention se tourne sur cet organe lui-même , et nous cherchons à démêler s’il remplit réellement la fonction à laquelle il paraît destiné. Cette manière de juger des organes, isolément et seulement par leur usage, est très-importante dans l’anatomie et dans la physiologie d’une espèce d’êtres en particulier, ou lorsqu’il s’agit de comparer les organes d’êtres fort éloignés les uns des autres par leur structure générale ainsi dans le

règne animal, nous nommons œil, l’organe de la vision , quelle que soit sa position , sa forme , son mode d’action ; dans le règne végéial , nous considérons comme pédoncule , tout organe chargé de porter l’appareil générateur, quelle que soit sa place et sa structure. Mais si ce raisonne* ment est juste dans la physiologie des êtres , s’il l’est dans la comparaison des classes très-éloignées , il devient, au contraire, très-faux et très-dangereux dans lacomparaison des et res formés d’après un même plan symétrique : ainsi, pour suivre l’exemple cité tout-à-l’heure, on trouve sous la peau du Zemmi ( inus typlilus ) ou du Profeus ait gui nu s , et à la place des yeux, deux petits organes absolument incapables de vision, et qu’on est cependant forcé de considérer comme leurs yeux; on trouve dans la Vigne des filets rameux opposés aux feuilles, qui servent k cramponner la tige aux arbres voisins, et non à soutenir des heurs : on est cependant obligé de les regarder comme des pédoncules. De ces exemples et d’une foule d’autres, on est amené à conclure qu’/V arrive souvent dans V économie g énèrale de la nature , que telle fonction ne pou » vant , par suite d'un système donné de structure , être remplie suffisamment par V organe qui lui est ordinairement destiné , est exercée en tout ou en partie par un autre : ainsi , par exemple, les feuilles de la Superbe du Malabar, prolongées et changées en vrilles à leur extrémité, servent de crampons pour souteùir la plante, quoique leur rôle primitif fût d’élaborer les sucs nourriciers , ainsi dans le règne animal la queue du Kanguroo lui sert comme de jambe, quoiqu’on ne puisse méconnaître son analogie anatomique avec la queue de tous les autres mammifères; le nez prolongé de l’éléphant joue le rôle d une véritable main , et les dents implantées dans ses os incisifs , servent à un emploi tout-à-fait étranger à la

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mastifîcation. Ainsi, quoiqu’il soit vrai de dire que l'usage des organes est ce qui est, en général, le plus important à connaître, cet uage est, dans beaucoup de cas , modifié, suppléé ou interverti par suite du système général de l’organisation. C’est donc ce sj'stême général de l’organisation , c’est celte symétrie (*) des organes comparés entr’eux , qui est réellement essentielle à connaître pour l’anatomie générale et la classification naturelle des êtres.

§.59, Nous avons déjà fait remarquer plus haut que les fonctions des êtres organisés , quoique par la pensée nous les considérions comme distinctes, n’en sont pas moins intimement liées , et qu’un être n’est pas composé de leur juxta- position, mais de leur combinaison intime” tous les êtres d’un règne ont, à de légères nuances près , toutes les mêmes fonctions : qu’est-ce donc qui établit leurs énormes différences, si ce n’est la manière diverse dont ces fonctions se combinent entr’elles, ou, en d’autres termes , la symétrie générale de leur structure? Cette symétrie des parties, but essentiel de l’étude des naturalistes , n’est donc -que l’ensemble qui résulte de la disposition relative des parties ; toutes les fois que cette disposition relative est réglée sur le même plan, quelles que soient d’ailleurs les formes variées de chaque organe en particulier, les êtres offrent entr’eux une sorte de ressemblance générale qui frappe les yeux les

(*) Ce terme a été employé pour la première fois par Linné , et son emploi indique qu’il avait des idées fort justes sur la méthode naturelle. Mais c’est M. Corréa de Serra, qui, dans les mémoires de la Société Linnéenne , a réellement développé le premier, sur cette ma tière , des considérations neuves , fécondes , et dont je fais souvent usage dans cette discussion.

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moins exercés; c’est ce qu’on désigne en histoire natu~ relie, sous le nom de port ou dJ aspect (faciès, habitus) : c’est par le port seul que les anciens naturalistes groupaient les êtres, et c’est encore par cette espèce de vue générale, que les modernes reconnaissent souvent la place que certains êtres, dont ils ignorent l’anatomie, doivent occuper dans l’ordre naturel; mais ce qui distingue l’éiude du port d’avec celle des rapports naturels, c’est que, dans le premier cas, on se contente de voir cette ressemblance générale; dans le second, on cherche à démêler à quelles circonstances de l’organisation cette ressemblance est véritablement due : dans le premier cas , on est souvent trompé, parce qu’il peut arriver que deux symétries , très-diverses dans le fond , présentent, au premier conp-d’œil, un extérieur analogue, à-peuprès comme dans la cristallographie on voit certains cristaux , en apparence semblables, produits par des lois de décroissemens et des formes primitives très-diverses ; dans le second cas, on évite d’autant plus d’erreurs, qu’on connaît mieux le plan symétrique de chaque classe d’êtres. L’étude de cette symétrie est donc la base de toute la théorie des rapports naturels; mais cette étude repose elle-même sur la certitude de la distinction des organes, quels que soient les changemens de forme , de grandeur et même d’usage que ceux-ci peuvent présenter : toutes ces difficultés, dans la connaissance des oiganes, tiennent en général à trois causes, dont il convient d examiner ici l’influence et les conséquences.

Ces causes d erreurs sont , i.° des avortemens plus ou moins complets, qui, en altérant la symétrie des organes, tendent à nous la faire méconnaître;

2,0 Des dégénérescences particulières qui, en changeant

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l’aspect ordinaire de certains organes, nous empêchent de les reconnaître.

3° Des adhèreiices particulières de certaines parties qui ont pour résultats de nous masquer leur existence, leur nombre ou leur position.

Art. I.cr Des Avortemens d'organes.

§. 60. Qu’il y ait dans la nature des cas accidentels où certaines parties des êtres organisés ne prennent pas l’accroissement qui leur était évidemment destiné, c’est, je pense, ce que personne ne met en doute : est-il besoin de prouver que la branche d’un arbre, que sa racine, que sa fleur, que son fruit , ne prennent pas leur développement complet, s’ils sont, par exemple, comprimés par un corps étranger ou privés d’une partie de leur nourriture? Ces accidens peuvent être déterminés par des causes internes, telles par exemple qu’une carie, aussi bien que par des causes externes ; mais , parmi les causes intérieures qui empêchent certains organes de se développer , il peuty en avoir qui seront des suites nécessaires de l’accroissement d’une autre partie , et qui par conséquent auront lieu constamment dans un système donné d’organisation : on peut donc, en théorie, admettre la possibilité de l’avortement constant ou prédisposé de certains organes. Tout ce que je viens de dire des organes en totalité, sera également admissible, en l’appliquant aux parties de ces organes : ainsi , de même que personne ne doute qu’une loge d’un fruit, un pétale ou une étamine d’une fleur, piqués par un insecte, peuvent cesser de se développer; personne aussi n’a de raisons légitimes pour douter que ces avortemens partiels

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ne puissent avoir lieu par des causes inhérentes au système général de l’organisation, et par conséquent constantes.

§. 61. L’expérience prouve que cette théorie n’est point vaine, mais qu’elle est l’expression de ce qui se passe réellement dans la nature. Donnons-en d’abord quelques exemples incontestables, avant de venir aux détails qui ne sont pas susceptibles de démonstration si rigoureuse.

Tout le monde connaît le marronnier d’Inde; qu’on prenne sa fleur, qu'on coupe son ovaire en travers, on y trouvera trois loges et deux jeunes graines dans chaque loge; qu’on prenne maintenant le fruit de ce même marronnier, ony trouvera au plus trois graines , quelquefois une seule; donc, surles six graines qui existaient dans son ovaire , au-moins trois d’entre elles n’ont pas pris de développement; et si quelqu’un doutait de la rigueur de cette conclusion , je le prierais d’ouvrir chaque jour depuis la fleuraison un ovaire de marronnier; il. verîait certains ovules grossir peu à peu, et les autres cesser deprendre aucune nourriture; il verrait les premiers étouffer peu à peu les seconds par leur développement ; et lorsqu’il réfléchirait que ce phénomène est constant, qu’il a lieu sur des arbres parfaitement sains, ne seraitil pas forcé de conclure qu’il est dû à une circonstance quelconque du système d’organisation de cet arbre? On sait , par exemple , que les étamines d’une fleur ne lancent pas toutes leur pollen a-la-fois , et que les stigmates ne sont pas toujours aussi prêts les uns que les autres à recevoir la fécondation ; je suppose que l’ovule du marronnier, des qu’il est fécondé, commence à croître avec rapidité; il est clair que le premier ou les premiers fécondés pourront, par leur développement précoce, étouffer leurs voisins.

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Ce que je viens de dire du marronnier est également vrai du chêne , dont l’ovaire a toujours irois loges et six ovules, et dont le gland n’a jamais qu’une seule graine; quelqu’immense que soit le nombre des chênes , on ne trouve jamais d’exception à cette règle. Il y a donc une cause très - puissante dans l’organisation , qui détermine l’avortement des cinq sixièmes de leurs graines.

M. Vaucher, par ses ingénieuses observations sur le développement des branches des arbres, nous fournira encore un exemple bien piquant de ces avortemens , que nous pouvons suivre à l’œil, et cet exemple l’est d’autant que nous pouvons, dans un grand nombre de cas, le déterminer à volonté. Les bourgeons naissent toujours à l’aissèle des feuilles , et en outre il se forme un bourgeon terminal à l’extrémité de chaque branche. Lorsque les feuilles sont opposées, on trouve donc au bout de chaque rameau trois jeunes bourgeons , deux axillaires et un terminal ; mais tantôt, comme cela arrive dans le lilas , les deux bourgeons latéraux ou axillaires grossissent plus que celui du milieu, l’étouffent en entier, et se développent seuls, de manière à faire des branches bifurquées; tantôt le bourgeon terminal se développe seul en étouffant les latéraux 7 comme cela a lieu dans l’olivier, ou tous peuvent se développer à-lafois, comme cela a souvent lieu dans les frênes. Dans les arbres à feuilles alternes , tantôt le bourgeon terminal étouffe l’axillaire, comme dans le chêne , le figuier; tantôt le bourgeon axillaire étouffe le terminal, comme dans le coudrier, le hêtre; tantôt tous deux peuvent se développer. Outre que ces avortemens constans de certains bourgeons, peuvent se voir et se suivre de jour en jour, on peut les déterminer à volonté : ainsi, en enle-

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vant les bourgeons axillaires , on force le développement: des bourgeons terminaux, ou l’inverse. De même qu’en enlevant les bourgeons a fleur, on développe mieux ceux à feuilles , ou l’inverse. La théorie de la taille ou de l’ébourgeonnement , d’après le procédé de Sieulle (*) , est une méthode pratique, qui repose toute entière sur cette théorie.

§• 62. Des exemples analogues, et tout aussi certains, tout aussi faciles à vérifier, prouvent que tous les organes des végétaux sont susceptibles d’avorter par une suite plus ou moins nécessaire du système général de l’organisation de chaque plante. Ainsi les organes sexuels en totalité avortent dans les fleurs marginales du corymbe du vibumum opulus , l’un des deux sexes seulement dans celles du lychnis dioïca , les anthères seules dans certaines étamines àbalbuca , les pétales dans 1 esagina apetala , etc.

Comment donc pourrons-nous reconnaître la svmétrie générale des plantes, au milieu des erreurs nombreuses où ces avortemens partiels peuvent nous jeter ? Il se présente ici divers moyens dont l’emploi alternatif ou simultané est d’un grand secours au naturaliste.

§. 63. 1. Ij observation des monstruosités . Sous le nom ae monstruosités, nous confondons, en général, tout ce qui sort de l’état habituel des êtres. Sur ce nombre , il en est qui sont des retours de la nature vers l’ordre symétrique; ainsi, pour revenir aux exemples cités plus

( ) Voyez si vis de Sieulle aux amateurs du jardinage , et les rapports de M. Du Petit- Thouars consignés dans son ouvrage intitule : Recueil sur la culture des arbres J'ruiUers . Paris, i8i5.

haut, si les six ovules du marronnier ou du chêne venaient, par une cause accidentelle, à être fécondés au même instant, nous pourrions trouver un jour des marrons ou des glands à six graines; nous dirions que c’est une monstruosité , tandis que c’est le marron ou le gland monosperme qui en est une (* *). C’est par l’observation de certaines monstruosités qu’on est parvenu à démêler la vraie nature de certains organes avortés, et par conséquent la vraie symétrie de ces plantes. Ainsi , l’observation des Peloria a prouvé qu’un certain filet qu’on trouve sur la base interne de la corolle de Ya?itirrhinum lin aria et de quelques autres , est une étamine avortée, puisqu’on l’a vu se changer en étamine.

L’observation a de même prouvé que les cornets des Ancolies , et de plusieurs autres Renonculacées sont de véritables anthères, puisqu’on a vu des ancolies monstrueuses où l’anthère était à moitié changée en cornet.

L’histoire populaire des fleurs qui doublent, soit

(*) Je m’honore trop de voir mes idées sur cet objet délicat, adoptées par un botaniste tel que M. H. Cassini, pour ne pas faire remarquer un passage de son mémoire, concernant l’influence que l’avortement des étamines paraît avoir sur les perianthes publié en l8i5 , c’est-à-dire, trois ans après la première édition de ma Théorie élémentaire. Il s’exprime en ces termes : « La Pélorie ,

* loin d’être une monstruosité , comme le croyent les botanistes , a> est au contraire un retour accidentel au type primitif , dont la s fleur irrégulière est une altération habituelle ; de sorte qu’une fleur peloriée est une fleur régularisée». Tout ce mémoire est une application ou une confirmation des lois exposées dans tout le livre second de cet ouvrage.

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naturellement, soit artificiellement, a démontré jusqu’à l’évidence que les étamines avortées se changent en pétales , absolument semblables aux pétales ordinaires.

L’exemple de certaines Anémones cultivées par les fleuristes, où les styles se changent en pétales, a montré que ces organes étaient de nature analogue à celle des filets des étamines.

Les exemples d’un grand nombre de calices et d’involucres accidentellement transformés en feuilles, ont prouvé que ces organes étaient tous de véritables feuilles florales.

L'exemple rare de certaines Composées où l’on voit accidentellement l’aigrette devenir foliacée et prendre l’apparence d’un vrai calice, est un argument puissant pour prouver que l’aigrette est un calice avorté.

Les . arbres dont les branches sont épineuses dans un terrain sec , et cessent de letre dans un sol fertile, prouvent que les épines n’y sont que des branches déformées.

Il est donc évident que les monstruosités bien étudiées peuvent, dans beaucoup de cas, éclairer l’observateur sur la vraie nature de certains organes.

§. 6 .j.. 2..0 L 'analogie ou Y induction est un second guide moins sur peut-être , mais d’un usage plus général; elle se fonde uniquement sur la connaissance de la position respective des organes. Des exemples exprimeront mieux que des raisonnemens , la marche que les Botanistes suivent à cet égard.

Je prends une albuca ; j’y trouve la structure entière d’une Liliacée, excepté qu’on n’y compte que trois étamines chargées d’anthères; mais entre ces trois étamines on remarque trois filets placés précisément comme le seraient des étamines , et assez semblables à ceux des

étamines existantes. J’en conclus que ces filets sont des étamines avortées.

J’ouvre la fleur d’un mes embry anbhemum ; j’y trouve un grand nombre de filets disposés sur plusieurs rangs, mais tous adhérens par leur base, et attachés au même point du calice; je vois que les intérieurs portent des anthères fertiles, que ceux du milieu ont des anthères avortées en partie ou en totalité, et que ceux du dehors sont devrais pétales. J’en conclus que, dans ce genre, les pétales ne sont naturellement que des étamines avortées. J’étudie de même les fleurs des Orchidées, des Balisiers, des Bananiers, où le nombre des pétales est sensiblement le complément de celui des étamines ; j’observe que dans tous les végétaux connus , ces deux organes ont la même origine , et je conclus , par une analogie trèspuissante, que les pétales des plantes ne sont, en thèse générale , que des filets d’éiamines , ou développés par suite de l’avortement de l’anthère, ou dont l’anthère a avorté par suite du développement du filet.

Si j’observe la- fleur d’une Valériane ou d’une Scabieuse; si je vois le calice y prendre évidemment la forme d’une aigrette, j’étends par analogie ce résultat aux Composées , et je juge que leur aigrette n’est qu’un calice avorté.

Enfin, par l’analogie seule, on juge, dans une foule de cas, du nombre naturel des parties des fleurs et des fruits, et on est conduit à rechercher avec soin celles dont on soupçonne l’avortement. Cette analogie s’exerce d’espèce à espèce, ou d’organe à organe; c’est par elle que tous les grands classificateurs sont arrivés à des résultats dont l’expérience a ensuite démontré la vérité : c’est son emploi plus ou moins heureux qui constitue réellement le génie de l’histoire naturelle; c’est par elle

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que la découverte du nombre prodigieux d'êtres que nous enregistrons chaque jour dons nos catalogues, tend à faciliter la science plutôt qua la rendre difficile.

§• 65. D’après les exemples que j’ai cités , il est évident que les avortemens des organes produisent des résultats très -divers, et sur lesquels il est nécessaire de jeter un coup-d’œü rapide; en général, on doit les diviser en deux grandes classes, savoir : les avortemens par défaut , et ceux par excès de nourriture.

§• 66. L’avortement par défaut peut être déterminé par des causes diverses, telles sont la compression d’un corps étranger ou d’un autre organe plus puissant qui empeche mécaniquemen t l’arrivée des sucs nourriciers, la trop grande délicatesse des vaisseaux destinés à charrier ce suc , l’action prépondérante qu’exercent des organes voisins doués de plus d’énergie vitale, l’inégale distribution de la lumière , de la chaleur , ou en général de tous les agens utiles à la végétation, etc., etc. Cette sorte d avortement produit sur les végétaux des effets qui paraissent très-variés, et selon le degré d’intensité de l’avortement , et selon qu’on examine ces effets, ou dans l’organe avorté, ou dans ceux qui l’entourent. C’est ce que nous allons indiquer rapidement, en commençant par les effets de l’avortement par défaut sur l’organe lui -même.

§. 67. Si cet avortement partiel est léger ou incomplet, il donne naissance aux inégalités des organes naturellement similaires : c’est là probablement la cause, sinon unique, au moins principale des irrégularités que présente la structure des végétaux. Tout l’ensemble de la nature tend à faire penser que tous les êtres organisés sont réguliers dans leur nature intime , et que des avortemens variés et diversement combinés produisent toutes

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les irrégularités qui frappent notre vue, et embarrassent nos combinaisons ; loi importante , sur laquelle j’aurai bientôt occasion de revenir. Sous ce point de vue, les moindres inégalités des organes de même nom dans une plante sont importantes; elles annoncent qu’on pourra trouver des plantes analogues où cette inégalité sera plus forte, et d’autres où ces organes, sujets à avortement partiel, pourront avorter en entier. L’histoire des pétales des Légumineuses offre un exemple curieux de ces divers degrés d’avortement , et on en doit conclure ces règles générales, savoir : que toutes les fois qu’il y a dans un système donné d’organisation, inégalité entre des organes de même nom, cette inégalité pourra atteindre son maximum , c’est-à-dire, l’annihilation de la partie la plus petite. Ainsi, dans ces cas, pour juger sainement des ana» logies, on doit admettre que les parties restantes représen* lent les plus grandes: par exemple, dans les Labiées à deux étamines, ce sont les petites étamines qui ont avorté, et non pas les grandes. Cette règle peut devenir utile pour déterminer les vrais rapports de certains groupes : ainsi , par exemple , lorsqu’il entre dans la symétrie d’une famille (les Crassulées) d’avoir des étamines en nombre double des pétales , ces étamines sont ordinairement placées , moitié devant, moitié entre les pétales , et ces dernières sont alors les plus grandes et les plus précoces. On pourra donc supposer l’avortement des étamines placées devant les pétales, et rapporter à cette famille une plante qui aurait seulement des étamines alternes avec les pétales , comme le Sedum ; mais on ne pourrait pas en rapporter une qui aurait seulement des étamines devant les pétales.

§. 68. L’avortement est-il assez fort pour empêcher l’organe de remplir sa fonction ? Alors il se passe un

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des deux phénomènes suivans : quelquefois cet organe avorté, qui n’est plus apte à remplir sa fonction primitive, devient, par le fait même de cet avortement, propre à remplir une autre fonction. Ainsi, l’avortement de la partie extrême des feuilles de vesces, rend cette partie susceptible de servir de vri lie et de soutenir la plante, l’avortement des fleurs des vignes changeleurs pédoncules en vrilles propres àcramponer cet arbuste; l’avortement de certaines branches les change en épines , et les rend ainsi propres à servir de défenses à la plante; l’avortement du calice des Composées change cet organe en une aigrette qui est utile, non plus à la protection des organes sexuels, mais à la dispersion des graines ; l’avortement des étamines ou des pistils les transforme souvent en glandes nectarifères, etc.

§. 69. Ailleurs, l’organe avorté , en perdant la faculté de remplir la fonction qui lui était destinée, ne devient propre à aucune autre, et existe sans aucune utilité pour 1 etre qui le porte : c’est ainsi qu’on trouve, dans une foule de végétaux , des étamines ou des pistils avortés , qui sont réduits à des filets, ou des moignons plus ou moins prolongés et évidemment inutiles ; le même fait; a lieu cians le régné animal. A quoi servent les mamelons des animaux mâles, les moignons d’ailes des oiseaux qui ne volent point, les jeux couverts par la peau du zemmi ou du protée, les rudiinens de doigts cachés sous la peau des ruminans , etc. , etc. ? -Et pour eu revenir au règne végétal, à quoi peuvent servir des pétales s^ petits , qu on ne peut les découvrir qu’avec peine, et quévidemment ne protègent pas les organes sexuels? A quoi servent les fleurs stériles de certaines Composées ; de certaines Viornes? A quoi servent des rudimens de feuilles incapables d’action physiologique? Tous ces or-

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ganes iniüiles existent par une suite de la symétrie primitive de tous les organes; et bien loin que leur existence soit un argument contre l’ordre général delà nature, elle en est, au contraire, une des démonstrations les plus piquantes , et dont les conséquences mériteraient le plus d’être analysées ici, si cette discussion n’appartenait pas davantage à la Métaphysique qu’à l’Histoire naturelle.

§. 7 o. Enfin, l’avortement peut être tellement fort, qu’il ne laisse aucune trace de l’existence de l’organe. Mais ici nous devons distinguer deux cas : tantôt l’organe est visible dans sa jeunesse, et on le voit graduellement cesser décroître, puis diminuer soit par l’oblitération de ses vaisseaux, soit par la pression des organes voisins ; c’est ce qui a lieu dans les avortemens des graines du chêne et du marronnier ; la simple observation suffit pour que ce phénomène 11e puisse point induire en erreur sur la symétrie des êtres. Tantôt l’avortement est déterminé par des causes tellement éloignées , qu’il est déjà effectué au moment où l’organe pourrait être visible à nos yeux ; et dans ce cas, nous ne pouvons reconnaître son existence que par l’analogie ou l’observation des monstruosités. Ainsi, par exemple, à quelque époque que l’on ouvre la fleur d’un antirhinum , la 5.® étamine se trouve déjà avortée; la cause de cet avortement est donc antérieure à la fleuraison. L’exemple suivant, quoiqu’un peu hypothétique, fera, je pense, mieux sentir mon idée qu’aucun raisonnement : 011 sait que certains palmiers offrent des avortemens dans diverses parties de leur fleur; on sait encore que, si l’on fend en long le tronc d’un palmier, on trouve, dans le centre de l’arbre, la grappe qui doit s’épanouir l’année suivante, un peu plus bas, celle qui fleurira dans deux ans. On est parvenu à reconnaître ainsi la grappe des-

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iinée à fleurir dans sept ans ; et tout annonce que, si nos sens étaient plus parfaits , nous pourrions aller plus loin. Maintenant je suppose que l’avortement d’une étamine soit tellement complet, qu’il ne soit pas visible lorsque la fleur se développe à l’air; n’est-il pas clair que cette étamine avortée pourrait exister dans la grappe de l’an prochain, ou dans l’une des suivantes, et qu’avec l’aide d’instrumens délicats , nous pourrions l’y découvrir? 11 est donc possible, et l’observation le démontre souvent, qu’il peut y avoir des avorlemens qui précèdent l’époque où l’organe est visible pour nous; ces avortemens peuvent être, comme les autres, ou accidentels ou naturels : s’ils sont accidentels , on les remarque en ceci , que certains individus d’une espèce manquent tout-à-fait d’une partie qui existe d’ordinaire; si l’avortement est naturel à une certaine espèce, s’il est , pour ainsi dire, prédisposé parla marche de la végétation , alors on ne le juge plus que par l’anatogie des, espèces voisines : c’est ainsi, par exemple, que les fleurs des 7 nay anthemum manquent perpétuellement du tiers des organes dont leur symétrie annonce l’existence. On voit, par cet exemple, combien la théorie des avortemens prédisposés peut être importante pour déterminer la véritable symétrie des plantes ; on y entrevoit déjà pourquoi le nombre absolu des parties est si variable. Je reviendrai dans la suite sur ces objets, mais je dois auparavant terminer l’histoire générale des avortemens , et je suis conduit maintenant à jeter un coup-d’œil sur 1 effet des avortemens par défaut , non plus sur l’organe avorté, mais sur ceux qui en sont voisins , ou qui ont des rapports avec lui.

§.71. Ces effets sont encore très-différens les uns des autres, selon le degré d’intensité de favoriement.

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Si l'avortement est léger, les organes voisins ou analogues, profitant et de la place que leur laisse l’organe avorté, et de la part de nourriture qui lui était destinée , prennent un accroissement plus considérable : ainsi l’avortement des organes sexuels de la viorne-obier fait grossir la corolle; ainsi l’avortement de certaines fleurs fait développer les bractées en de véritables feuilles colorées, comme on le voit dans la houppe qui termine l’épi du salvia horminum , dans les belles bractées qui font l’ornement de ^hortensia ; ainsi, dans certaines plantes qui ont ordinairement un grand nombre de petites fleurs en corymbe , lorsque, par line suite d’avortemens, ces fleurs se trouvent réduites à un petit nombre, leur grosseur augmente à proportion ; ainsi le cultivateur, pour obtenir des fruits plus beaux , enlève une partie de ceux que l’arbre porte, et donne ainsi à ceux qui restent, une nourriture plus abondante. Ainsi l’avortement des graines de l’ananas , du bananier ou de l’arbre à pain * fait grossir d’une manière très-prononcée le péricarpe même qui les entoure, i Le même fait a lieu dans l’économie animale : l’avortement du bras d’un manchot permet à l’autre de se développer plus qu’il n’aurait pu faire, si les mêmes sucs nourriciers avaient dû se distribuer aux deux bras. Ce phénomène se présente quelquefois chez les végétaux d’une manière remarquable, en ce qu’il semble faire naître de nouveaux organes : c’est ce qu’on voit dans le rJius cotinus ; tout le monde connaît la houppe élégante que la panicule de cet arbuste forme après sa fleuraison : si on l’examine de près, on verra , avec M. Deleuze, que tous les pédoncules qui portent des fruits, sont dépourvus depoi's; mais toutes les fois que les fruits sont avortés, la nourriture qui leur était destinée se jette sur le pédoncule , et y

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développe une multitude de poils, qui, sans celte cause accidentelle, auraient été inappréciables pour nous, et qui font cependant tout le mérite de cet arbuste.

§• 72. Si 1 avortement est plus considérable, eu si la nourriture vient à se jeter sur des organes de nature plus variable, il en résulte, non pas seulement un changement de grandeur, mais un changement de fonction ; ainsi, par exemple, lorsque les folioles des acacies hétéroplrylles viennent à avorter, la nourriture surabondante que le pétiole reçoit, le fait grandir et le rend apte à remplir l’usage d’une véritable feuille. Le même fait a probablement lieu pour les feuilles des buplevrum et de certaines renoncules, telles que le ranunculus grami neusÇ). L’exemple le plus remarquable de ce genre, est celui des fleurs doubles ; ici l’avortement des anthères permet aux filets de se développer outre mesure , et les transforme en véritables pétales , ou bien, ce qui est plus rare, l’avortement des stigmates permet aux styles de se développer en pétales.

§. 73. Tout ce que je viens de dire des avortemens par défaut, pourrait se dire également, mais en sens inverse, des avortemens par excès; ainsi, qu’un organe soit placé favorablement, quant à l’action de l’air, de la lumière ou de la chaleur, il croîtra plus rapidement, et en enlevant ou la place ou la nourriture destinée aux autres, il les mettra dans le même état que celui qui proviendrait d’un avortement par défaut, et lui-même, en se développant , présentera les mêmes phénomènes que je viens d’analyser; dans certains cas , nous pouvons

( + ) Les pélioles transformés en feuilles ont tous ceci de remarquable que leurs nervures sont toutes longitudinales , lors même que les plantes appartiennent à des familles où les feuilles ont des. nervures divergentes et ramifiées.

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juger lequel des deux phénomènes est cause de l’autre ; mais dans beaucoup de cas, et surtout dans les avortemens prédisposés, nous ne le pouvons peint, et nous sommes réduits à en observer seulement la simultanéité; ainsi, j’ai dit que l’avortement par défaut des folioles des acacies hétéropliylîes , produisait le développement du pétiole, et j’aurais pu dire aussi bien , que le développement du pétiole produisait l’avortement des folioles elles-mêmes; j’ai dit que, dans les fleurs doubles, l’avortement de l’anthère causait le développement du filet, et on pourra dire, si l’on veut, que c’est le développement du filet qui a causé l’avortement de l’anthère (*). Sans doute, un jour, la théorie des avortemens , dont nous commençons seulement l’étude raisonnée, sera assez parfaite pour qu’on puisse, dans chaque cas, déterminer lequel de ces deux phénomènes est cause de l’autre: quant à l’époque actuelle, nous ne pouvons qu’indiquer le fait; mais tel qu’il est, ce fait est déjà d’une grande importance pour la classification.

§. 74. Si nous résumons ici les conséquences immédiates de cet article, nous verrons que la théorie des avortemens est une des plus fécondes dans l’étude des êtres organisés.

i.° On y trouve l’explication d’un très-grand nombre d’anomalies, qui ont frappé tous les Botanistes dans le nombre des parties des plantes.

2.0 On y trouve de même l’explication de plusieurs, peut-être de toutes les inégalités de proportions des parties similaires.

( *) M. de Cassini, dans le mémoire déjà cité? et publié en 1816, admet te même dqute plant à l’influence réciproque des étamines et des pétales.

T axon omie:

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3.° Cette théorie rend raison des cliangemens de forme, et par conséquent des changemens d’emploi , qui sont si fréquens dans l’organisation, et qui, sans elle , sont incompréhensibles ; et qu’on me permette de faire remarquer ici , en passant, les rapports des diverses parties de la science sous ce point de vue : celui qui n’étudie qu’un être isolé , se prive, pour la connaissance des parties de cet être , de toutes les analogies que lui donnerait la connaissance de la symétrie générale des êtres analogues. Voilà pourquoi dans la Zoologie, l’anatomie et la physiologie comparées d’animaux moins compliqués que l’homme, ont tant éclairé l’anatomie et la physiologie humaines. Voilà pourquoi les recherches les plus habiles des anatomistes ou des physiologistes qui n’ont aucune connaissance des rapports naturels , restent presqu’in utiles jusqu’à ce qu’elles soient remaniées, si j’ose m’exprimer ainsi, par des hommes doués du génie de la classification. Il est meme digne de remarque, quant à l’histoire littéraire, que les observateurs , qui ont pendant long-temps habitué leur esprit à l’étude d’un être isolé, perdent, par 1 inaction, la faculté de comparer les êtres et de sentir leurs véritables rapports.

Art. 2. Des Dégénérescences des organes.

§. 70. Quoique la plupart des faits que j’ai à indiquer ici soient implicitement contenus dans l’article précédent, il me paraît nécessaire, pour faire comprendre mon idée d une manière plus claire , de les exposer séparément, moins pour les faire connaître que pour les classer.

Le phénomène de végétation auquel je fais ici allusion, est que tous les organes des végétaux peuvent.

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selon leur nature spéciale , dégénérer dans diverses espèces et dans chacune d’elles selon des lois fixes , de manière à prendre une apparence très-différente de celle qui leur est naturelle. Ces dégénérescences si variées et si faciles, sont des conséquences de l’extrême simplicité de l’organisation interne des végétaux : des organes élémentaires fort simples et toujours les mêmes , composent toutes leurs parties organiques, de sorte que de très-faibles cliangemens intimes peuvent modifier tel ou tel organe, au point de lui donner l’apparence d’une autre partie. Ces transformations peuvent se réduire à cinq classes , savoir : les dégénérescences épineuses, filamenteuses , membraneuses , scarieuses et charnues ; ou en d’autres termes, la consistance des organes des plantes peut être modifiée par leur nature propre, de manière à ce que chaque organe peut se transformer dans des circonstances données, en épine, en filet ou en vrille, en membrane foliacée ou scarieuse, ou en corps charnu. Quelques exemples rendront mon idée plus claire que de simples raisonnemens.

§. 76. Les branches des plantes ligneuses peuvent , dans certaines espèces , s’endurcir assez promptement à leur extrémité, qui cesse alors de grandir et de se développer , et qui se transforme en une véritable épine. Tout le monde sait que c’est là l’origine des épines des Gleditsia, du Prunier épineux , des Genets , des Cytises , etc. Ces sortes d’épines n’étant que des branches endurcies et avortées , sont susceptibles de porter des feuilles à leur base : elles disparaissent dans un terrain fertile, c’est-à-dire, que les branches mieux nourries y restent ce quelles devraient toujours être. C’est pourquoi en général les variétés cultivées ont moins d épines que les variétés sauvages.

Ce que je viens de dire des branches est vrai de tous

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les organes : ainsi les pétioles des astragales adragans endurcis à leur extrémité, et, persistans après la cliûle des folioles , se transforment en véritables épines.

Les stipules de plusieurs acacias , endurcies au point d’être ligneuses , se transforment en de véritables épines axillaires.

L’extrémité endurcie des feuilles ou des lobes des feuilles , se change en une épine dans le ruscus aculea tus , les ulex , Xilex a qui folium , le dattier, etc.*

Les pédoncules persistans après la chute des fleurs, et endurcis à leur extrémité, qui ne reçoit plus de sève, se changent en épine dans le mesembryanthemumspinosum.

Les folioles de l’involucre, endurcies à leur extrémité, forment de véritables épines dans les cirses et les chardons.

Les sépales du calice ou du périgone, endurcis de la même manière , sont épineux au sommet dans certaines sais o la.

Les pétales eux-mêmes, endurcis à leur extrémité, sont épineux dans le enviera ; mais leur fugacité rend ce phénomène rare dans cet organe.

Je 11e connais pas d’étamines dégénérées en épines; mais j’en conçois de même la possibilité.

Quant aux styles, ils s’endurcissent souvent lorsqu’ils persistent au sommet du fruit , et déterminent les pointes épineuses de la plupart d’entr’eux.

Les poils endurcis et développés en consistance ligneuse , forment peut-être ces espèces d’épines superficielles, qu’on appelle ordinairement aiguillons.

Tous les organes des plantes, excepté ceux qui sont cachés sous terre , comme les racines , ou ceux qui sont enveloppés dans d’autres, comme la graine, sont

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donc susceptibles de s’endurcir à leur extrémité, et de former des épines.

Au-lieu de leur usage primitif, où concurremment avec lui, elles remplissent celui d’armes et de défenses pour le végétal.

Cette métamorphose est plus fréquente dans les parties qui sont naturellement plus durables, ou dans un état plus fibreux ou plus ligneux; plus rare dans celles dont ia consistance est plus charnue ou plus membraneuse, ou dont la durée est trop fugace pour leur permettre de s’endurcir.

§• 77. / Toutes les mêmes parties dont je viens de parler, sont susceptibles , dans certains végétaux, d’un autre genre de modifications, savoir : de s’alonger en un filament cylindrique, mol, flexible, le plus souvent contourné en spirale, et qu’on connaît sous le nom de vrille.

Ainsi les pétioles communs de plusieurs feuilles composées, comme dans les vesces et les gesses, ou les rameaux et les extrémités des pétioles qui portent des segmens , comme dans le mutisia , sont susceptibles de se prolonger en vrille à leur extrémité, tout en portant à leur base des folioles ou des segmens. Quelquelois même ces pétioles ne portent point de folioles du tout, et on ne reconnaît leur nature que par leur position, comme, par exemple, dans le lathyrus apïiaca.

Les feuilles elles-mêmes, lorsque toutes leurs nervures sont simples , longitudinales et rapprochées au sommet, peuvent se prolonger en vrille, comme on ie voit dans le Jlagellaria .

La nervure moyenne de certaines feuilles se prolonge au sommet, au-delà du limbe, et peut former une véritable vrille ; c’est ce qu’on remarque dans le

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nèpenthes , où cette vrille- a de plus la singularité de s’épanouir en godet à son extrémité.

Les stipules de certaines plantes, comme les smilaxj sont transformées en de véritables vrilles.

Les pédoncules des fleurs offrent beaucoup plus fréquemment ce genre de transformations , comme on le voit dans les vignes, les passiflores, etc., où l’on trouve tantôt des pédoncules entièrement transformés en vrilles, tantôt à moitié vrilles et à moitié chargés de fleurs , tantôt entièrement fertiles.

L’extrémité des lobes de la corolle du strophanriius , se prolonge de même en un appendice long et tortillé , semblable à une vrille.

Enfin , les branches ou les tiges elles-mêmes prennent, dans certaines espèces , celte nature filamenteuse,

et cette disposition à se rouler en spirale , qui est propre aux vrilles; c’est ce qui constitue les tiges volubiles des liserons et des ipomœa , tiges qui, en s’endurcissant, perdent cet aspect cirrhiforme, et deviennent semblables aux tiges ordinaires.

La plupart des organes des plantes, exposés à l’air, et surtout ceux qui sont formés naturellement de fibres longitudinales et serrées, sont susceptibles de se prolonger en vrilles, et au-lieu de leurs usages ordinaires, servent dans cet état à soutenir la plante et à la cramponer aux corps qui l’entourent.

§. 78. Enfin, la forme habituelle de certaines parties ordinairement fibreuses et alongées , peut prendre une apparence membraneuse ou foliacée assez remarquable, pour que leur nature primitive puisse se trouver masquée : ainsi, par exemple, les rameaux des plantes sont ordinairement cylindriques , mais ils s’épanouissent souvent en lames tellement minces, qu’on peut les

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prendre et qu’on les a pris quelquefois pour de véritables feuilles ; c’est ce qui a lieu dans les xylophylla , où les fleurs semblent naître sur les feuilles, parce que les rameaux sont applatis comme des feuilles. C’est ce qu’on voit aussi dans les opuntia , dans le cactus pîiyllan thus , etc.; à mesure que ces rameaux foliiformes avancent en âge, l’illusion se dissipe : on leur voit perdre cette apparence, pour prendre celle d’une branche ou d’une tige ordinaire (1).

Les pétioles de certaines légumineuses, comme les acacies de la nouvelle Hollande, s’épanouissent en lames foliacées qui remplacent les véritables feuilles ; on retrouve, je pense (2), des transformations analogues quoique moins évidentes dans lesbuplevrums; les bractées de la plupart des plantes à feuilles pétiolées, aussi bien que les écailles des bourgeons pétiolacés , 11e sont autre chose que des pétioles dilatés en forme de feuille, mais dont le limbe a avorté. Les bractées de l’hellebore fétide, et les bourgeons du noyer et du frêne offrent soiivent des exemples palpables de ces transformations.

(1) Le phénomène connu sous le nom de tiges^ fasciées ( cailles Jasclati ), et dans lequel certaines branches ou certaines tiges, au-lieu

d’être cylindriques comme à l’ordinaire , deviennent applaties et presque foliacées, semble être le cas acciden tel du même phénomène qui est constant dans d’autres espèces. La chicorée , ou l’asperge, ou le jasmin, ou la celosia crisfata , dans lesquels cet accident est fréquent, subissent alors momentanément, et probablement par des causes plus ou moins passagères , le même phénomène que présentent habituellement 1 ç xylophylla } Yopuntia , le cactus phylav.thus, etc. Elles sont à ces espèces constamment fasciées, ce que les plantes auxquelles il manque accidentellement une étamine , sont à celles où cet avortement a lieu d’une manière plus ou moins permanente.

(2) Comme je l’ai indiqué f pag. iq3.

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Les filets des étamines s’épanouissent souvent en lames pétaloïdes, surtout lorsque les anthères ont avorté, et c’est ce qui forme la plupart des tleurs doubles. Les styles sont susceptibles de la même métamorphose.

Les parties fibreuses des plantes peuvent donc, dans certaines espèces, ou dans certaines circonstances, prendre une apparence membraneuse qui change leur aspect et modifie leur usage, mais qui ne change point leur rôle dans la symétrie organique.

§. 79. Les parties naturellement membraneuses des végétaux sont susceptibles de modifications dans leur consistance, comme les parties fibreuses. Celle qui change le plus leur aspect et qui les a fait souvent méconnaître , c’est la dégénérescence scarieuse. Je désigne sous ce nom cet état de certaines parties qui, dans l'ordre naturel, devraient être foliacées, et qui , par un état d’amaigrissement extraordinaire , dû le plus souvent à la pression des organes voisins , prennent l’apparence d’une membrane sèche, transparente, très-sensible aux variations hygroscopiques , et qui semble être le squelette membraneux de l’organe dépouillé de ses sucs.

Ainsi les bases des feuilles radicales et embrassantes de certaines liliacées, telles que l’oignon, étant posées en grand nombre les unes sur les autres , s’étouffent pour ainsi dire réciproquement, et finissent par former des tuniques fines et scarieuses.

Ainsi, les calices des fleurs composées ou aggrégées, étant privés par la pression des fleurs voisines et des involucres , de l’influence de la lumière et de l’air, et peutêtre de l’abord facile de la sève, prennent l’aspect de membranes scarieuses : c’est ce qui forme l’aigrette, dont leur fruit est couronné; tantôt les parties de cette membrane sont continues comme dans les aigrettes

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dites membraneuses , tantôt elles sont séparées en un grand nombre de petits fils membraneux, comme dans les aigrettes qui ressemblent à des poils.

Cette consistance scarieuse se retrouve souvent, et par les mêmes causes, dans les appendices divers , dont les graines sont couronnées , et dans les cloisons des péricarpes, et dans les divers tégumens des graines et des fruits, qui, étant superposés et collés ensemble, prennent souvent l’apparence de membranes si fines, qu’on a plus d’une lois méconnu leur origine ou leur existence.

§. 80. L’inverse peut avoir également lieu. Les parties naturellement membraneuses peuvent , par des causes particulières , recevoir une plus grande quantité de sucs, ou ce qui est la même chose , en évaporer moins, et cette circonstance les rend plus charnues qu’elles ne le sont ordinairement; ainsi, les feuilles deviennent charnues, ou constamment comme dans les plantes" grasses, ou accidentellement comme dans le lotus cor?ii cul a tu s , qui croît au bord de la mer; ainsi, les tiges et les racines deviennent charnues par le développement constant ou accidentel du tissu cellulaire de l’écorce ; ainsi, les calices deviennent charnus, et simulent des baies dans le blitum et plusieurs autres plantes; ainsi les péricarpes sont charnus lorsque la portion que M. Richard a nommée sarcocarpe, prend beaucoup de développement, ce qui a lieu, lorsque l’épiderme n’a point de stomates ; ainsi les graines prennent l’apparence d’une baye, lorsque la partie ordinairement sèche et peu apparente, que j’ai nommée sarcosperme, prend plus de developpemens. Dans tous ces cas, il n’y a que changement de consistance , et non développement d’un nouvel organe.

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Tous ces changemens de consistance que je viens d’énumérer, et je me suis borné à ceux qui sont assez fréquens pour pouvoir faire quelqu’illusion, tendent à montrer combien il est facile de se méprendre sur la vraie nature des organes, si l’on n’y examine pas avant toutes choses, leur position dans un système donné de symétrie organique.

Art. 3. Des Adhérences ou greffes d’organes .

§. 81. Tout le monde connaît l’opération populaire de la greffe; chacun sait qu’un bourgeon ou une branche d’un arbre placé sur un autre arbre dans des conditions déterminées , se soude avec lui de manière à en faire partie, et végéter comme il aurait fait sur sa propre souche; chacun sait qu’on trouve souvent dans les forêts, des arbres d’espèces identiques ou analogues, qui, ayant été accidentellement rapprochés, se sont soudés ensemble de manière à ne former qu’un seul tronc; bien des personnes ont encore observé , que certains organes des végétaux, étant accidentellement rapprochés, peuvent se souder d’une manière intime; ainsi, on voit souvent deux cerises , deux fraises, greffées en une seule; deux fleurs voisines se souder de manière à n’en former quune seule, qui présente alors un nombre double de parties; deux feuilles ou deux folioles se greffer et n’en former qu’une seule de forme souvent bizarre. Tant que ces adhérences n'ont lieu que rarement, nous les considérons , avec raison, comme de simples accidens , et nous n y attachons aucune importance pour la classification.

§. 82. Mais je suppose maintenant que , d’après la position naturelle des parties d’un végétal, deux ovaires

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se trouvent très-rapprochés dès leur naissance, comme on le voit dans certains chèvrefeuilles : il est clair que les occasions d’adhérence entre eux seront plus fréquentes, et qu’elles pourront l’être tellement, que nous ne verrons jamais ces ovaires séparés; cette adhérence n’est cependant pas autre chose qu’un accident, mais cet accident est déterminé par des causes qui tiennent à l’organisation elle -même, et qui sont par conséquent aussi constantes que l’organe même, d’où résulte qu’on peut dire que c’est un accident constant ; et quoique ces deux mots semblent contradictoires, ce genre de phénomène n’en est pas moins très -commun dans la nature. Non-seulement des organes similaires , comme ceux dont je viens de parler, peuvent être disposés primitivement de manière à ne pouvoir croître sans se souder ensemble, mais le même phénomène peut avoir lieu entre des organes différens; il convient d’examiner ici ces deux cas, et de montrer que jusqu’à présent on les a méconnus dans certaines circonstances, quoique dans d’autres absolument analogues, on les eût bien distingués et reconnus. Nous commencerons par les cas où des organes similaires se soudent entre eux, pour en venir ensuite à ceux où des organes différens viennent à se greffer.

§. 83. On a commencé à décrire les êtres organisés , à donner des noms à chacune de leurs parties, bien long-temps avant qu’on eut pu réfléchir sur l’ensemble de leur organisation : il ne pouvait pas même en être autrement, puisque c’était de ces descriptions imparfaites que devait naître graduellement une connaissance plus approfondie de l’ensemble : les travaux successifs des naturalistes ont completté et rectifié ce qu’il y avait de plus défectueux dans la description de chaque organe en particulier ; mais ce à quoi ils sont

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arrivés le plus lentement , ce à quoi ils ont trouvé les plus grands obstacles , c’a été à modifier la marche générale, ou 1 ensemble de la manière de voir , et de décrire les êtres. Dans cet ensemble, en effet, il ne s agit pas d’un fait simple, dont on puisse en particulier démontrer la fausseté , il s’agit d’un système d’idées plus ou moins bien liées, qu’il faut attaquer toutes à-lafois * or, dans toutes les branches des connaissances humaines , on a bien des fois remarqué l’influence extraordinaire de l’habitude, sur des objets de ce genre : lorsqu’on a accoutumé son esprit à lui certain ensemble d’idées, et à des termes inexacts (*) ; on arrive par une pente insensible à n’être plus frappé des inconséquences que l’on a toujours admises, et à traiter d’hypothèses les opinions contraires aux hypothèses qu’on a soi-même admises sans réflexion. C’est ce qui est arrivé dans toutes les études, et l’histoire naturelle est plus que les autres exposée à cette difficulté, parce qu’étant une science d observation , et non d’expérience, on ne peut pas comme en chimie, y démontrer la fausseté d’une théorie par un seul fait, mais par un ensemble de faits nombreux, dont chacun est peu apparent et dont plu- ‘ sieurs n’ont pas frappé les yeux de ceux auxquels on parle. Quoique ces réflexions pussent s’appliquer a bien des points divers de l’étude des êtres organisés 4 je me bornerai à en examiner ici un seul, savoir : la méthode généiale d après laquelle on a coutume de faire les descriptions des principaux organes des plantes.

§. o4- On peut décrire un organe quelconque, une

( ) L impropriété des termes élémen taires d’une science est , dit Bernardin-de-Saint-Pierre , a la première entorse donnée à ta

s raison humaine, Elle ta rnet , dès le premier pas } hors du chemin * de ta nature ».

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fleur, un calice, une corolle, de deux manières : ou bien d’une manière analytique, en le considérant comme un tout unique, que par commodité on suppose divisé parla pensée en parties plus ou moins distinctes; ou bien, en le considérant d’une manière synthétique, comme un aggrégat formé de parties essentiellement distinctes, mais plus ou moins rapprochées ou réunies; dans la première méthode il faudra se rendre raison des causes et des lois de la séparation des parties , dans la seconde des causes et des lois de leur rapprochement ou de leur réunion. Ces deux méthodes ont quelque chose d’hypothétique, et cependant nous sommes absolument obligés de suivre l’une ou l’autre. Ainsi quand je décris la corolle de la Mauve, par exemple, il faut que je suppose , ne fût-ce que pour le langage, ou que la corolle est un tout unique qui se divise en pétales , ou que les pétales sont des organes distincts, qui par leur réunion forment la corolle. Ces deux manières de raisonner peuvent avoir l’une et l’autre quelque justesse , mais ce qui ne peut certainement en avoir, c’est de raisonner d’après une des méthodes pour la mauve, je suppose, et d’après l’autre, pour une fleur analogue. Il faut être conséquent avec soi-même, et si l’on a une fois admis une des deux méthodes, il faut la suivre dans tous les cas analogues, ne fût-ce que pour que le langage soit comparatif, et que les différences ou ressemblances des êtres soient exprimées d’une manière rationnelle. Qu’on me permette ici une comparaison propre ce me semble à faire comprendre mon idée.

Borné de l’ïsle expliquait tous les phénomènes de la crystallisation, en considérant les cristaux comme des corps uniques, qui par des troncatures diverses, prenaient toutes les formes secondaires. Haüy est venu au-

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contraire, expliquer les mêmes faits, en supposant des molécules primitives qui, par leur aggrégalion, d’après des lois particulières, déterminent toutes les formes secondaires. Je conçois très-bien qu’à l’époque où la seconde de ces théories n’était pas encore aussi bien démontrée qu’elle l’a été par son ingénieux auteur, je- conçois , disje , qu’on pouvait faire d’après les deux méthodes des descriptions de cristaux exactes et comparatives ; mais qu’eût-on pensé d’un minéralogiste, qui voulant comparer deux cristaux, aurait décrit l’un d’après la méthode deRomé de l’Isle, et l’autre d’après la méthode d’Haiiy ? Il 11’aurait pu exprimer avec exactitude, ni leurs différences, ni leurs ressemblances. Or, c’est précisément le point où l’on est encore en Botanique à un grand nombre d’égards.

Les uns, imitateurs de Rome de l’Isle , prennent divers organes pour des touts uniques qui se séparent en pa rties; puis tout-d’un-coup et sans motif à moi connu , ils employent pour des organes ou des plantes analogues, la méthode contraire , et transportant alors dans la Botanique une marche analogue à celle d’Haiiy, ils considèrent certains organes comme des aggregaîs formés de parties primitivement distinctes.

Je me propose d’examiner dans ce chapitre, laquelle de ces deux méthodes exprime le mieux l’ensemble des faits, et s’il est des cas où l’on doive les mélanger. Commençons par les exemples les plus simples et les plus apparens.

§. 85. Lorsqu’on a dit , en parlant du chèvrefeuille , qu’il avait les feuilles supérieures perfoliées , on a voulu dire , ou du-moins on a dit, qu’une feuille unique et orbiculaire , était traversée, ou enfilée par la tige qui la porte. C’était une image , mais non une preuve qu’il en

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iiU ainsi, je ne sache pas que personne aujourd’hui hésiie à penser que celle prétendue feuille perfoliée , est composée de deux feuilles opposéescollées parleur base; aussi dans des cas absolument semblables, ou admet le terme de feuilles connées, qui exprime assez exactement l'idée de soudure; on suit tous les degrés depuis la soudure lapins légère jusqu’à la plçs intime, et lorsqu ou aperçoit vers le point de jonction un intervalle, on ne dit pas que c’est une feuille unique qui est décou-

^ee’ ma*s ^î156 ce S01lt deux feuilles incomplètement collées : pourquoi raisonne-t-on ainsi? c’est qu’on voit dans le bas de la plante les deux feuilles opposées distinctes et séparées, et qu’on les voit, à mesure qu’elles approchent du sommet , tendre à se souder de plus en plus; cesl qu en outre ou retrouve dans chacune des moitiés de la ieuille, en apparence unique, toute l’organisation d'une des feuilles inférieures : ainsi, quoique le

phénomène soit constant, personne uîliésite à le considérer comme une sorte d’accident déterminé par l’orgatiisalion elle-même. En serait-il de même, si toutes les feuilles étaient conuées ? oui, s’il s’agissait de familles a feuilles opposées, ou d’organes essentiellement op-

Ie crois pas que personne nie que les disques foliacés du crassula perfoliata , sont composés de deux feuilles soudées ensemble par leur base, ou que le disque charnu et foliacé, qui entoure la piumule un cactus melocactus , est composé de deux cotylédons opposes ti soudés. N ous ne les avons cependant jamais vus séparés , mais l’analogie est tellement puissante, que personne ne pense à nier ce genre de soudures, ou de gï exles naturelles permanentes et prédisposées par L*enscande de la structure. IN^ous admettons donc que de même qu’il y a des feuilles qui se collent ensemble acci-

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dentellement , il y en a qui, par suite de leur nature ou de leur position, se collent constamment.

§. 86. Ce que je viens de di:e des feuilles sera, je pense, admis sans difficulté des stipules qui leur ressemblent de si près ; ainsi , lorsque nous voyons toutes les légumineuses porter une stipule de chaque côté du pétiole , nous concevons que si ces deux stipules se trouvent assez grandes pour se toucher du côté le plus éloigné du pétiole, elles pourront se souder ensemble, et prendre, par conséquent , l’apparence d’une stipule unique opposée à la feuille: comme nous voyons la plupart des degrés intermédiaires, nous ne répugnons point à ce résultat, et je ne crois pas qu’il existe de naturaliste qui tentât aujourd’hui de soutenir que dans l 'astragcilus unifulbus , il n’y a réellement qu’une seule stipule, et non pas deux collées ensemble : l’échancrure qui termine souvent cette stipule, n’est autre chose que la portion non-soudée des deux stipules originaires.

§. 87. Jepasse aux involucres, et je me demande s’ils sont differens des feuilles ? Tous les botanistes déclarent unanimement que les involucres ne sont que des assembla ges de feuilles florales, par conséquent ce qui est vrai des feuilles peut bien être vrai des involucres. Et outre ce raisonnement d’analogie, la plupart des familles examinées sous ce rapport confirment ce résultat. Lorsque je vois les collerettes de presque toutes les ombelüfères composées d’un certain nombre de petites folioles verticillées et distinctes, et que je trouve le Seseii h ipp om a r a bh ru m , ou le Buplevruni sbellabmn portant à la place précisément de ce verticille un disque foliacé , muni d’autant de dents et marqué d’autant de sillons que les espèces voisines ont de folioles

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verliciîlees , je suis entramé à considérer ce disque comme formé par la soudure naturelle plus ou moins complété de plusieurs folioles, et au-îieu de dire que C est un involucre monophylle , ce qui suppose qu’il n’a qu’une foliole comme celui du carvi ou de la coriande, ect., je dirai que c’est un involucre gcunophylte , c’est-à-dire à folioles soudées. Ce que je viens d’exposer sur les omoelliferes n est-il pas vrai de l’involucre de Veuphor-* ha sylvabica comparé aux autres euphorbes, de celui du tragopogon comparé aux autres composées, et eu un mot de tous les involucres de dicotylédones analogues aux précedens , c’est-à-dire, disposés en verticilîe , en disque ou en anneau autour d’un axe.

§.88. Mais si, lorsqu il a été question des feuilles et des involucres, nous n avons trouvé aucun motif pour refuser d admettre la soudure des pièces distinctes en une seule, en trouverons-nous lorsqu’il s’agira des calices? Le calice ressemble à Finvolucre à tous égards, excepté qu’il est partie intégrante de la fleur; l’anatomie des sépales démontre que ce sont des organes absolument foliacés; ils verdissent, ils décomposent le gaz acide carbonique comme les feuilles ; iis portent presque toujours les mômes poils, les mêmes glandes, les mêmes sucs que les vraies feuilles; et enfin, dans un grand nombre de cas, oOit habituels, soit acc identels , on les voit se développer en véritables feuilles. Si les calices sont de nature foliacée, s’ils sont très-analogues aux involucres, par quelle bizarre contradiction les décrivons-nous d’après un plan diamétralement opposé? pourquoi considérons-nous le calice comme un coips unique plus ou moins divisé, auîieu de dire, comme dans les cas précédens , qu’il est formé de pièces plus ou moins souciées ensemble? Ce nesi pas le nombre des cas où la soudure a lieu qui est

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une objection, car il y a cependant on nombre assez considérable de végétaux où ]es sépales sont complètement distincts les uns des autres, souvent même articulés sur le pédoncule, pour qu’on puisse sans hypothèse admettre aussi bien cet état comme point de départ que l’inverse. C’est entièrement une suite d’habitude qui nous fait suivre , à l’égard du calice, une marche contradictoire avec celle que nous adoptons pour les involucres et pour les feuilles. Remarquons qu’il existe à peine quelques calices à bord parfaitement entier, que nous concevons par l’exemple des feuilles et des involucres la possibilité des soudures , que nous les voyons trèssouvent se passer sous nos yeux, tandis cpie de vraies découpures ne sont guères concevables anatomiquement; observons que toutes les nervures des calices sont dirigées de la base au sommet, comme dans les feuilles, et que nous les décrivons sans cesse comme si tout allait du sommet à la base; n’oublions pas enfin que tous les botanistes modernes admettent la soudure du calice avec l’ovaire dans un grand nombre de végétaux, et que si on admet que les sépales peuvent se souder avec un organe étranger, il n’est pas douteux qu’il faut admettre qu’ils peuvent se souder entr’eux. Je crois donc qu’au-lieu de dire d’un calice qu’il est partagé en partitions profondes, il faudrait dire que ses sépales sont soudés par leur base; qu’au-lieu de dire qu’il est divisé en lobes jusqu’à la moitié, il faudrait dire que ses sépales sont soudés jusqu à la moitié de leur longueur; qu’au-lieu de dire quil est denté, il faudrait dire que ses sépales sont soudés presque jusqu’au sommet; qu’au-lieu de distinguer les calices polysépales et monosépales, il faudrait les distinguer en polysépales ou à sépales libres, gamosépales ou à sépales plus ou moins soudés, et réserver le

nom de mono sépales , pour les cas très-rares où il n’e-» xisfe réellement qu’un sepale latéral comme dans les fleurs femelles du Cissampolos. Si du-moinson conserve encore pas habitude l’ancien ne manière d e s’exprimer , il faudra reconnaîtrequ’eile n’est qu’une image convenue 9 et non l’expression de la vérité.

§. 89. Tous les mêmes raisonnemens , toutes les mêmes analogies s appliquent, peut-être avec plus de force encore, pour démontrer qu’il en est de même de la corolle; elle n est point un tout unique plus ou moins divisé, mais un assemblage ou un verticille de pétales tantôt parfaitement libres, tantôt plus ou moins soudés : oans plusieurs cas on voit celle soudure d’une ma-

par la disposition des vaisseaux ; et dans les cas mêmes où cite n est pas visible à l’œil et où les tubes sont absolument continus , on peut la conjecturer par l’ana^ logie et par les passages insensibles qu’on observe entre les corolles à pétales absolument libres, et celles à pétales soudés ; ainsi par exemple, lorsqu’on compare la corolle du trèfle commun avec celle des autres légumineuses, ou celle des cotylédons avec celle des autres

crassulacées, il est difficile de ne pas croire que ces genres ne diffèrent de leurs analogues que par la soudure naturelle des pétales. Il existe un nombre à-peu-près égal de corolles dites monopétales et polypétales ; dans la manière que je propose pour les considérer , l’analogie de ces organes se fait sentir sans peine : dans la méthode ordinaire , on suppose dans ces deux classes de corolles une organisation tout-à-fait différente. E11 effet à la place de pétales distincts , planes , verticillés , ayant un seul point d’attache, on suppose, en disant qu’une corolle monopétale est réellement d’une seule pièce, un pétale circulaire.

TAXON O BUE.

tubuleux , ayant plusieurs points d’attaclie et plusieurs découpures. Or, comment dans cette desçription pourrait-on concevoir l’analogie extraordinaire el les nuances insensibles qu’on observe dans un si grand nombre de familes, où l’on trouve mélangées pour ainsi dire des corollesd’une et de plusieurs pièces, teilesque leslégumiuem ses , les frangulacées , les cucurbitacées , les crassulacées, les portulacées, les caprifoliées,les éricinées, les lernstroiniées, etc. Comment concevoir dans cette description la structure des corolles dont les pièces se détachent par la base et restent soudées par le sommet comme celles de la vigne, du phy teuma s pic a ta, etc. Mais tout ce raisonnemen l deviendra bien plus Frappan t encore, lorsque nous aurons parlé de la manière dont on décrit les étamines.

§. qo. Celles-ci ont, comme on sait, une analogie extraordinaire avec les pétales ; leur point d’attache est constamment le même; leur nombre et leur position sont le plus souvent symétriques; Panatomie, la physiologie des filets d’étamine est parfaitement semblable aux onglets despjétales; dans plusieurs fleurs, comme les ficoïdes , les étamines et les pétales se ressemblent tellement qu’il est impossible de dire à quel rang les uns commencent ou finissent ; dans plusieurs autres, les étamines se transforment naturellement en pétales accessoires, comme on îe voit dans le lopezia ; enfin, dans toutes ou presque toutes, la culture peut opérer cette transformation. L’analogie des pétales avec les étamines est donc très-évidente; mais tout le monde jusqu’ici a considéré le verticille des étamines, comme formé de plusieurs pièces originairement distinctes, et quelquefois accidentellement soudées; ainsi on n’a point trouvé d’obstacle, en disant que des étamines nonadelph.es ou diadelphes , sont celles où les filets sont soudés tous ensemble ou en deux faisceaux.

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Far quelle bizarrerie raisonne-t-on autrement lorsqu’il es! question des pétales (*)? Voit-on mieux s’opérer la soudure des fileîs que celle des pétales? les deux phénomènes ne sont-ils pas également constans dans les memes espèces? laissent-ils des traces plus évidentes dans un des cas que dans l’autre? le nombre des cas où les étamines se soudent, est proportionnellement moins grand que lorsqu’il s’agit des pétales : mais, je le demande a tout botaniste, changerait-il d’avis si l’on venait à découvrir un nombre très-considérable de plantesmonadelphes ? Non; je ne crains point de l’affirmer : les étamines et les pétales sont de même nature; on peu' ne pas décrire l’un des organes autrement que l’autre; il faut ou considérer le verticille des étamines comme un tout unique divisé plus ou moins profondément, ou considérer le verticille des pétales comme formé de plusieurs pièces plus ou moins soudées. Fa première de ces manières de voir a été rejetée par tout le monde , et me paraît en effet inadmissible lorsqu’il est question des étamines : donc la seconde doit être admise en parlant des pétales.

Que penserions-nous d’un zoologiste qui décrirait les pattes des oiseaux palmipèdes, comme des disques orbiculaires plus ou moins divisés? Tous les naturalistes ne les considèrent-ils pas comme formés de doigts distincts plus ou moins réunis par une membrane? cette manière de juger les organes comme des corps com-

(*) bette manière de considérer la structure des fleurs est déjà indiquée pat Jungius, qui di t , en parlant des corolles dites monopétales :An c quatuor qu'm que sexjoliis composai? Depuis la première édition de cet ouvrage, mes idées à cet égard ont été adoptées par M. de Cassini, qui, dans ses beaux mémoires sur les Composées, décrit leur corolle comme composée de cinq pétales soudés.

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posés, est ia seule qui représente l’état naturel des choses; la seule qui permette des expressions claires et des comparaisons exactes. Pourquoi voudrait-on rejeter dans le règne végétal ce qu on admet dans le règne animal? pourquoi en particulier rejetterait-on à l’occasion des pétales ce q;-:e tout le monde admet à l’occasion des étamines, tandis que tout le monde admet en mêmetemps l’analogie rigoureuse de ces deux organes.

§. 9T. La vérité de cette théorie deviendra plus frappante , si l’on fait attention à la manière dont les pétales adhérent à leur base : prenez une fleur polypétale, vous verrez que généralement chaque pétale est fixé sur sa base par une fibre qui lui apporte la nourriture, et que si sa base est fort large , le reste n’est adhérent que par du tissu cellulaire. Ouvrez maintenant une corolle dite monopétale, ne trouvez-vous pas de même en général au centre de chacun de ses lobes , une fibre qui apporte la nourriture , et qui représente la fibre des petales libres, tout comme le reste du tube en représente la I partie parenchimateuse. Chaque famille a ainsi une certaine disposition dans les vaisseaux des pétales, et cette disposition se retrouve la même , soit que les pétales se soudent , soit qu’ils restent libres.

Mais cette seule circonstance qu’il y a des pétales articulés sur leur base, et que dans des plantes ou des organes extrêmement semblables , il y en a qui sont adhérens, cette seule circonstance, dis-je, qui est cependant commune aux étamines, aux sépales, etc., ne suffit-elle pas pour prouver que sans manquer aux lois de l’analogie la plus naturelle, il est impossible de ne pas considérer les corolles comme formées de pétales dislincîs plus ou moins soudés.

Il y a donc des verticilles de pétales oudetamines3

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dont toutes les pièces sont distinctes et articulées sur le réceptacle , comme les cassia , par exemple- il y en a où tonies les parties sont encore entièrement distinctes , quoique non-articulées sur le réceptacle, comme , par exemple, les pétales de certains trefles, ou les étamines de certaines saxifrages ; c’est ce qu’on désigne sous les noms de corolles poljpétales ou d’étamines limes : il y en a où les parties d un même verticille sont légèrement soudées par leur base, comme les pétales des mauves, des pyroles, c est-a-dire , les corolles par-° fagees , ou les étamines de plusieurs diantlms , dont on dit qu elles sont un peu monadelphes. Il en est qui sont soudés jusqu’environ à la moitié de leur longueur, comme l^s pétales des cotylédons, qui lorment ce qu’on nomme des fleurs fendues ou divisées jusqu’à la moitié , ou les étamines des oiangers qui sont à moitié monadelplies £ il en est qui sont soudés presque jusqu’au sommet, comme les pénales oes fleurs en grelot ou les étamines des méîiacées : il en est enfin ou la soudure est tellement complète , qu elle ne laisse aucune trace de séparation , comme dans les corolles tronquées et à bord entier , et dans les étamines du Barnadésia.

§. 92. Si nous considérons l’analogie sous un autre point de vue, nous la trouverons également frappante ; les pétales sont le plus souvent composés de l’onglet et du limbe, comme les étamines du filet et de Pan-

thère . la souclui e a lieu ordinairement en commençant pai la base, et en finissant par la partie supérieure; ainsi la plupait des péîaies, quand ils se soudent, sont greffés par leurs onglets, et ont le limbe libre; îa plupart des étamines soudées ont de même les filets greffés et les anthères distinctes; 1 inverse a lieu dans les carènes des légumineuses , où Ion voit souvent les pétales soudés

TAXONOMIE

par leur limbe et avec les onglets libres, dans les étamines des composées où I on trouve les anthères soudées et les filets libres. Les exemples de pétales soudés dans toute leur longueur , de manière à former un tube absolument sans dentelures au sommet, sont très - rares. Ceux où les étamines sont soudées par le filet et l’anthère à-la-fois 11e le sont guères moins; je n’en connais que deux : ainsi, dans le harnadesia, les cinq filets et les cinq anthères, dont l’analogie et l’anatomie dé-

montrent l’existence , sont soudés en un seul tube : ainsi, ce qu’on a appelé l’étamine unique du salix monandra , est en réalité composée de deux filets et de deux anthères soudées , ce qu’on démontre, et parce que cette anthère est composée de quatre loges, tandis que celles des autres saules n’en ont que deux, et parce que dans d’autres espèces, et notamment dans le salix fissa 011 voit les filets d’étamines plus ou moins soudés ensemble.

Les pétales, comme les étamines , sont souvent inégalement soudés : dans les étamines polyadelphes on voit souvent des faisceaux de filets collés seulement à leur base, et d’autres soudés dans une grande partie de leur longueur; la même chose a lieu dans la soudure des pétales : c’est ce qui forme, par exemple, les corolles en gueule ou en lèvre. Ce fait est assez frappant dans les composées labiatiflores; on y recoiffait les cinq pièces dont se forme la corolle des composées 3 niais tantôt ily en a une libreet quatre soudées ensemble, tantôt deux libres et trois soudées ensemble, tantôt deux soudées ensemble plus ou moins complètement, et trois soudées pour former la lèvre opposée. Des phénomènes analogues s’observent dans les labiées, ou la lèvre supérieure est composée de deux pièces soudées*

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et l’inférieure de trois : l’analogie entre les soudures des pétales et celles des étamines se conserve ainsi à tous égards.

Je crois donc qu’il est plus conforme à l’organisation des végétaux, de classer les pétales comme les étamines ; j’appellerai donc corolle polypètale celle qui a tous les pétales libres, et corolle gamopétale celle qui les a tous soudés ; et on pourrait réserver le terme de monopètale pour les cas très-rares , où il n’y a seulement qu’un pétale latéral , comme dans les fleurs femelles du cissampelos , cas que M. Link a trèsbien distingué en donnant à ces fleurs le nom & unipétale , nom qui, quoique contraire aux règles de la grammaire, puisqu’il est formé du latin et du grec, pourrait être adopté, afin d’éviter de donner un sens nouveau à un mot anciennement admis.

§. g3. Il nous reste maintenant à examiner l’organe îe plus compliqué de tous ceux dont la fleur se compose , et à aborder par conséquent le point le plus délicat de cette discussion. Le pistil, ou ce qui sous ce rapport est la même chose, le fruit, doit-il être considéré , ainsi qu’on l’a fait jusqu’à présent, comme un tout unique divisible en parties, ou bien comme un aggrégat d’organes similaires plus ou moins soudés ? Des difficultés nombreuses se présentent dans les deux hypothèses, et cependant il faut bien que l’une des deux soit vraie. Quand on admet le pistil comme un corps unique, il est difficile de se rendre raison des cas assez nombreux où il en a plusieurs, et cela dans des familles où d’autres plantes très-voisines n’en ont en apparence qu’un seul. Quelques exemples me feront j je pense mieux comprendre que des raison nemens.

Prenons la famille des renonculacées , nous y trou-

ÏAXONOMIE. j 2g

vous en général un nombre de carpelles ou pistils partiels assez considérable. Ces carpelles sont libres de toute adhérence dans le plus grand nombre des cas; ils sont soudés par leur base dans la section des nigeliaslres , au-delà du milieu dans le nigellci hispamca , presque jusqu’au sommet dans le nigella damascena ou le gciridellci. Je ne sache pas que personne ait encore révoqué ou tenté de révoquer en doute cette manière de décrire les nigeiles. Fous voyons de même évidemment les carpelles se souder en un fruit unique dans le dillenia , le talauma , l anona, etc. , etc.; et dans ces cas, nous décidons avec affirmative qu’d en est ainsi , soit à cause de l analogie du reste de la famille, soit parce que nous voyons les traces de la soudure. Mais la chose serait-elle moins vraie , si de toute la famille des anonacées nous ne connaissions que Y unona , ou de celle des renoticulacées que le ni g edi a ? Quant aux traces dessoudures-, nous les voyons dans \ anona ou le dillenia , mais nous ne les voyous nullement dans certaines nigella , où cependant nous sommes bien obligés de l’admettre. 11 faut donc concevoir que des ovaires, en apparence uniques, mais divisés en plusieurs loges a 1 intérieur, peuvent être réellement formés par la soudure constante et naturelle de plusieurs carpelles.

§. 94. Cette idée souffre peu d’obstacles pour les fruits dont les loges sont formées de valves rentrantes , comme par exemple dans les Malvacées : on conçoit facilement que dans ce cas des carpelles verticilîés forment, en se soudant par leurs faces latérales ou par leui ang^e intérieur, un tout en apparence unique et multiloculaire. On conçoit encore que selon la forme, la distance, la position et la nature des carpelles, selon le degré plus ou moins intime et la direction de leur

soudure, il pourra résulter de c,étte aggrégation toutes les variétés de formes que bas ovaires de cet ordre 8 nous présentent.

Mais parmi ces variétés de forme des carpelles , l'attache des ovules jome un rôle important. Si les ovules sont attachés au bord intérieur des carpelles , ceux-ci en se soudant symétriquement formeront un fruit dont les graines seront attachées à l’angle intérieur des loges. Si les graines sont attachées au côté extérieur des carpelles , ceux-ci, par leur réunion , formeront un fruit à placentas pariétaux. Si la partie qui porte les ovules, et que nous supposons prendre naissance sur le milieu de la face interne du carpelle, est peu saillante , nous disons encore après la réunion que les placentas sont pariétaux. Mais si cette partie est saillante , il pourra se faire qu’après la réunion des carpelles, les graines pourront paraître attachées au centi e , quoiqu’elles soient en réalité attachées à un coips qui naît du milieu des carpelles transformés en valves par leur soudure mutuelle. Voilà comment on peut concevoir que parmi les fruits à graines centrales, il y en ait qui appartiennent aux mêmes symétries que ceux à placentas pariétaux. Voilà par quelle série de faits on peut concevoir comment des ovaires à cloisons qui naissent du milieu des valves , peuvent, ainsi que les précédens, devoir leur origine a des cai pelles soudes. Suivons les conséquences de cette manière de voir, en ne la considérant encore que comme une hypothèse , et en nous bornant aux ovaires multiloculaires ou mul-

tivalves.

§. q5. Chaque carpelle est un petit tout , un pistil entier, composé d’un ovaire, d un style et d un stigmate, comme on le voit par exemple dans les carpelles dis-

TAXONOMIE

linctesdesRetionculacé;es,des Magnolia, desSpirées, etc.

Si nous supposons les carpelles soudés , les styles pourront être libres , et voilà pourquoi c’est une loi géneiale , que lorsqu on trouve plusieurs styles, il y a dans l’ovaire un nombre de loges ou de valves égal à celui des styles : mais les styles peuvent eux-mêmes être soudés ensemble , ou par leur base, ou jusqu’à la moitié de leur longueur, ou jusque près du sommet, et les stigmates seuls lestent libres i cest ce qui a lieu dans les cas où l’ovaire, ayant plusieurs loges ou plusieurs valves, n’a qu’un style et plusieurs stigmates ; enfin les stigmates eux-mêmes peuvent être soudés , et alors un ovaire multiloculaire ou multivalve peut paraître n’avoir qu’un seul style. Lorsqu’on examine attentivement ces divers cas, tous fréquens dans la nature, il me semble impossible de ne pas y reconnaître les mêmes phénomènes que dans la soudure des étamines , et on y trouve en particulier l’origine de cette concordance générale qui existe entre le nombre des loges de l’ovaire, et celui des styles ou des stigmates. Ces considérations sont corroborées par quelques faits d’anatomie connus de tous les botanistes ; savoir : que chaque style ou stigmate correspond à une des loges ou des valves de l’ovaire, de manière à ce que, si ou le coupe , la fécondation n’a pas lieu dans cette partie du fruit; a.0 que ce n’est pas par l’axe du style , lors même qu’il offre un tube central, que passe la fécondation; mais que les vaisseaux qui la conduisent sont comme verticillés autoux de 1 axe idéal du style, comme on le voit à l’œil nu dans les cactus. Tous ces faits sont isolés et peu compréhensibles dans l’ancienne méthode de décrire les ovaires ; ils sont des conséquences immédiates de celle que je propose.

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Jusqu’ici je n’ai examiné que les cas où la soudure suit l’ordre ordinaire de bas en haut; mais de même que nous avons vu des pétales soudés par leur sommet , et libres par leur base , de meme aussi nous trouverons celie marche inverse dans les pistils. Ainsi, les ovaires de la plupart des asclépiadées sont libres , et leurs styles soudés en un seul ; fait qui serait, je crois, incompréhensible dans toute autre manière de s’exprimer. Je crois donc avoir démontré que les pistils multiloculaires ou multivalves , au nombre desquels se trouvent les pistils à plusieurs styles ou à plusieurs stigmates , peuvent être réellement formés de plusieurs carpelles soudés ensemble plus ou moins complètement, de manière à simuler un organe unique ; pour concevoir en entier cette théorie carpologique , il serait nécessaire d’avoir quelques notions sur les carpelles considérés en eux-mêmes.

§. 96. Les structures des carpelles isolés présentent beaucoup moins de différences qu’on ne pourrait le présumer en voyant l’extraordinaire variété des produits de leur combinaison. Les principales espèces sont :

i.° Le follicule , qui est une seule valve pliée ou courbée sur elle-même, de manière à offrir une suture longitudinale toujours située du côté intérieur ; en considérant le carpelle en position dans la fleur , les ovules sont attachés aux deux bords de cette suture. Chacun de leur placenta se prolonge au-dessus du follicule pour former le style, qui est réellement formé de deux placentas soudés, et qui, par conséquent, selon que la soudure est complète ou incomplète , peut être simple ou à deux stigmates. O11 trouve des follicules libres dans les apocinées ; on en trouve de soudés dans les colchicacées, les euphorbiacées, etc.

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