CHAPITRE I.er
Des Termes Botaniques en générât.
§. 272. Les anciens Botanistes ne mettaient aucune importance à se servir de termes dont le sens fût bien
GLOSSOLOGIE.
rigoureusement déterminé, et chacun d’eux employait, pour se faire entendre, les mois, les métaphores ou les périphrases que son génie lui suggérait. Tournefort semble être le premier qui ait réellement senti l’utilité de fixer le sens des termes de manière à employer toujours le même mot dans le même sens , et à exprimer la même idée par le même mot; mais c’est Linné qui a réellement créé et fixé cette langue botanique, et c’est là son plus beau titre de gloire, car par cette fixation de la langue, il a répandu sur toutes les parties de la science, la clarté et la précision. Depuis Linné, les progrès de l’Anatomie et de la Botanique descriptive, ont fait peu-à-peu abandonner quelques exprèssions inexactes, et adopter, surtout dans la Cryptogamie et la Carpologie, plusieurs nouveaux termes; Hedwig, Medikus, Necker, Desvaux, Mirbel et surtout Gœrtner , Link et Richard , ont proposé , à cet égard comme à plusieurs autres, diverses innovations utiles; mais la masse générale des termes admis est encore et sera probablement toujours la même que celle établie par le Botaniste Suédois.
§. 278. Les termes de la botanique appartiennent tous aux cinq classes suivantes, savoir : i.° les termes organographiques , ou les noms des organes et des espèces d’organes ; ils sont tous fondés sur la structure réelle des parties; 2° les termes physiologiques , ou qui servent à désigner Faction des organes; 3.° les termes caractéristiques ,qui servent à faire connaître les modifications des organes , et qui la plupart sont pris parmi les mots ordinaires de la langue ; 4*° les termes dérivés ou composés , qui sont formés par l’union de termes appartenant à-la-fois à deux des classes précédentes; 5° les termes didactiques , c’est-à-dire, re-
GLOSS OLO GIE.
Jadis non aux végétaux eux-mêmes, mais à Part de JéS étudier. Passons rapidement en rçvue ces diverses portes de termes.
§. 274. Les organes et les sucs des plantes étant nécessairement des corps ou des substances , il est évL dent que les noms qui les désignent doivent être tous des substantifs; c’est sous ce rapport que les noms réellement adjectifs de kilo f ère , à’ a?ner\ àç ligneux* etc., ne peuvent guère être admis comme noms d’organes ou de matériaux des végétaux. Parmi ceux-ci, les uns sont des mots pris dans la langue vulgaire, comme racine ? feuille , fleur , etc. , les autres créés par les Botanistes, comme anthère * pétiole , péricarpe „
§. 275. Les substantifs pris dans la langue vulgaire étaient originairement les seuls employés, et aussi 011 les appliquait indifféremment à des organes très-divers ; c’est ainsi que, dans les écrits des anciens Botanistes, on voit souvent le mot de feuille employé, tantôt pour stipule, tantôt pour pétale, etc. ; c’est ainsi que le mot de fleur a signifié, tantôt corolle, tantôt tête ou agrégation de fleurs, etc. La langue actuelle de la botanique se ressent encore de ces extensions illimitées données à tel ou tel mot ; pour les éviter entièrement , il est nécessaire d’adopter, sans aucune restriction , le principe déjà implicitement admis par presque tous Jes Botanistes, savoir, que chaque organe doit avoir lin- nom propre particulier ; ainsi, par exemple, il me paraît très-convenable et très-simple, que le mot de feuille s’applique exclusivement aux feuilles proprement dites : celui de stipule * aux feuilles accessoires situées à leur base ; celui de foliole , aux parties ( ou articles séparables sans déchirement ) des feuilles composées ; celui de stipelle , aux petits appendices situés
à la base des folioles, comme les stipules à la base des feuilles; celui de sépale , heureusement imaginé par Necker, aux feuilles ou pièces des calices; celui de pétales , aux pièces de la corolle, ou à ce que tes anciens nommaient feuilles de la fleur, et que Fabius Columna a le premier nommé pétale; celui de bractée , à toute espèce de feuilles florales en général ; et celui de bractèole , a celles des bractées d’un rang plus petit ou plus intime que les autres. Indépendamment de la précision que Ion obtiendrait dans l’Organographie , en adoptant cette manière rigoureuse de s’exprimer , on aurait de plus l avantage , quant à la Botanique descriptive, de faire comprendre sur-le-champ tous les termes dérivés des précédens et de leur attacher un sens précis. Un exemple fera plus facilement sentir ce que je veux dire, que tous les raisonnemens.
Lorsque je dis d’une plante qu elle est trlphylla ou trifolia , cela peut signifier, ou i.° quelle ne porte que trois feuilles, ou 2.0 qu’elle porte trois folioles sur une feuille, ou 3.° quelle a un calice à trois sépales, ou 4*° fl116 son invoîucre est à trois bractées , ou 5.° que ses feuilles sont verticillées trois ensemble. Au contraire, par le sens strict attache au nom des organes , tous les mots composés deviennent clairs et rigoureux; ainsi, trifohatus ou triphyllus voudra dire qui a trois feuilles en général sur la tige; trisepalus , qui a trois sépales au calice, trifoholatus , qui a la feuille composée de trois folioles ; tribracteatus , qui a trois bractées autour de la fleur ; tribracteolatus , qui a deux rangs de bractées dont 1 intérieur est de trois ternatifoliiis , qui a les feuilles groupées trois; à trois; ternatim verticil lattis , qui a les parties verticillées trois à trois, etc.
Ce seul exemple peut faire facilement comprendre la