CHAPITRE ï
LE CAPITAL d'après LES ÉCONOMISTES.
U terre fait-elle partie do capital? — MM. Coquelin. J. Garnier. — Les fonda prodoctifs de la société. — Réfutation de BfM. Rossi et J. Garnier. ~ Le capital d'agrément. — TouU utiUU est un capital. — Le capital ttune tuition est tentemhU des utilités quelle possède.
Mais beaucoup d'économistes m'arrêtent' et me disent :.
— Vous donnez une définition aussi simple que cela ! Mais elle est beaucoup trop simple pour être bonne. Savezvous bien ce que nous entendons par capital? Avez-vous bien étudié tout ce que nos maîtres ont dit sur ce sujet?
Voilà les questions que je vois se dresser devant moi ; je pourrais y r^ondre :. *— Je donne une définition du capital ; c'est à vous de prouver qu'elle est fausse. Je donne Qoe définition 4® l'impôt : c'est à vous de dépiontrer qu'elle est erronée.
Mais que m'importe? Je n'hésite pas à recommencer pour la définition du capital im travail analogue à celui que j'ai fait pour la définition de l'impôt, jugeant qu'une œuvre, pour être complète, doit être à la fois critique et organique.
— Soie sais que , d* abord , la plupart des économistes imposent au terme capital une restriction que M. Goqaelin a constatée, en se servant de termes dédaigneux pour tous ceux qui ne l*admettaient pas.
u Sauf quelques écfivains, oui i^e font pas autorité dans la science, tous les économistes s^accordent à ne pas comprendre, sous la dénoipjnatjpfK de capital, la terre, ni les instruments donnés par la nature, mais seulement les valeurs créées de main d'homme et antérieurement accumulées (1). »
M. Joseph Gamier a admis également cette restriction. « Le travail et la terre sont 4f ^ f9rçes primitives , le capital n'est jamais qu'un résultat de Tindustrie de Fhomme (2) . »
De plus , il a donné un tableau des fonds productifs de la Ippiété ; ï] }es divi«p pu tftojs çs^tégorjef qjj'il désjgpe ^g î* manière suivante :
» 1® Instruments naturels ou non appropriés , comprenant : la mer, les cours d'eau publics, Fàfmosphère, la' chaleur du soleil, les autres forces de la nature, physiques, chimiques, méçanigi^e^j q|}i so^if à 1^ ^jspo^itjprj ^§ Ipgt le monde.
(j 2- Lfiç iftstruïpcRM n^J^feJs approprié? t ÇonjBr^BWit : }|i
« 3*î ]a9$ ins(mmnt$ arti/feîifr m mqw fil ûwpmprf^f ,
ç-estrÂ-dic^ :
« Lb casikal : Le eapUët mtUérul, eûrapc^iax|t tous le^ produits :
u BrovUion», nmenees, matières prepàèpes, pToduit^fiibr>' qués, outils, machines, bâtiments, bestiaux, monnaie, etc., résultant d^une industrie antérieure;
u €omprenant encore le capital employé à Famélioration
(1) Dictionnaire d'économie politique , 1 1 . p. 273,
(2) Traité d'éconoffûe pçlitique , P. 40,
du soi c|t faisjint coxpa avec lui, m qui dapne à {a tecre le àouhk caractère d'Instrument t^ai^net et d'iostrument acquis;
« Le capital immatériel, comprenant 1^8 dienièks, les procédés, les cmtumsaneei, scientifiqaes , littéraires, artistiques, etc.; ces dernières constituent le capital intellectuel. »
Je ne chicanerai point M. Joseph Garnier snr les déta|is d^ cette nomenclature; je po^rais f opposep le tableau public par ^.^B. Say, dans son Cùur$ ^écanomia politique, tableau qui 4^ Favantage d'être plus simple et de moins prêter à la confusion. Je me contenterai d^ adresser à M. J. Qarnier les quelques observations sqivantes :
Vous dites que le « capital » n*est jamais que le « résultat de rindoifçie de Tbomme v , et vfins ne vonlear p^« admettre cpe h tfirrp appropriée soit nn capital.
Ici, je vous arrête, au nom de votre propre autorité, e\ retournant votre définition contre vous , je vou^ dis : Est-ce que le phéqomèna de Tappropriation peqf exister sans un certain travail , c'est-à-^dire san^ un effort de Thomme pour soumettre les agents naturels à ses {lespiqs? Est-ce que la simple prise dft possession d'un agent naturel par Fhomqie n'implique pas un travail ? Wpn tenant donc à la lettre de Ip, définition de M. Joseph Garnier, je repousse la distinctlqn qnUl essaye d'établir entre le terme u terre n et )e terme « capifal. »
Pour moi, j^appdle :
Travail, Vàppropriatitm des agents naturels aux hesmnf de Phoniime;
UtiHté, to^t agent naturel appvop^é pat Vhamme.
Toute utiUté est un capital.
Le capital d'un pariievJiev est ¥ ensemble dès utiHtés qu'il possèfk.
Lp eapUal éPun^ natiof^ eft Veneemble des utilités qu^elk possède^
. ¥oiir(|9oi donc r«ager ia terre 4tin8 une clause h part?
On ne peut expliquer cette distinction subtile que par Tinfluence de la tradition des physiocrates , qui faisaient du soi Tinstrument unique et universel de production. Cette influence a pesé aussi sur M. Rossi. 11 reconnaît bien que la terre et le capital sont des instruments de production, mais il n^admet pas qae la terre puisse jamais se confondre avec le capital. Et pourquoi? Parce qu'elle est un agent naturel indispensable. M. Rossi a prévu que, s'il n*y avait pas de terre, on ne. pourrait pas vivre. Mais n'en dirait-on pas autant de tous les agents naturels que F homme a snccessivesient appropriés, à ses besoins? Et parce que la terre est indbpensabîe , est-ce une raison pour ne pas la ranger parmi les utilités?
M. Joseph Gamier classe un certain nombre d* agents natureb parmi les instruments industriels communs ou non appropriés.
£h bien , je défie qu'on puisse compter parmi les richesses d'une société des agents naturels qui ne soient pas appropriés. « La mer, l'atmosphère, la chaleur du soleil , tes forces de la nature, physiques, chimiques, mécaniques », ne font partie des fonds productifs qu'à une condition : c'est qu'on s'en serve ; et comment peut-on s'en servir sans les approprier?
Vous parlez de la chaleur du soleil, comme d'un «^ instrument naturel non approprié » . Est-ce que dans les pays viticoles, par exemple, la a chaleur du soleil » n'est pas appropriée? £st-c^ qu'elle n^entrepas dans l'estimation de la valeur du terrain? Qu'est-ce donc que l'exposition au soleil qui rend si célèbre tel ou tel vignoble , si ce n'est une appropriation ? Et alors, retournant votre propre définition contre vous, je vous répète : — TonUe utilité est un capital,
11 en est de même d.es autres forces chimiques et physiques : elles font partie du capital d^un pays dès qu'elles sont appropriées , et elles ne sont des instruments de production qu'à la condition d'être appropriées, a Elles sont à. la disposition de tout le monde » , dites-vous. Oui , mais il faut qu'on s'en
serve. £t lorsqu*OD s'en sert, que sont-elles, sinon des utilités appropriées ? D* après votre propre définition, elles sont, en conséquence , un capital.
Laissons donc de côté toutes ces subtilités qui entraînent M. Joseph Gamier.à ranger, par exemple, la terre dans la classe des a instruments naturels appropriés » et à ranger le capital dans la classe des « instruments artificiels ou acquis et appropriés, n
M. J. Gamier pourrait-il m*indiquer la distinction profonde qui existe entre des deux classes de fonds productifs , diaprés les propres définitions qu'il en donne ?
Il compte dans la première classe la terre ; il compte dans la seconde , comme capital matériel ^ les « matières pre^ mières » . Que sont donc les 4 matières premières » , sinon des tt instruments naturels appropriés ? »
Je pourrais poursuivre de point en point ma critique de ces divisions et de ces distinctions arbitraires ; mais ox^ a remarqué depuis longtemps que les subtilités sont inhérentes aux sciences en enfance. On raffine sur les termes ; on distingue et on distingue encore; on se croit profond; on n'est que pusillanime. Ce sont là les procédés de Tancienne scolastique» des procédés d'école du moyen âge, connus sous le nom général de byzantinisme.
Bastiat, du reste, ne tient pas compte de ces subtilités et dit : K Le capital d'une nation , c'est la richesse de ses matériaux, provisions et instruments (1)... »
a Le capital , dit M. Gourcelle-Seneuil , n'est autre chose que la somme des richesses existantes , à un moment donné , dans l'espace que l'on désigne ou en la possession de la personne dont on parle. Capital est donc à certains égards synonyme de richesse, puisque l'ime et l'autre appellation s'appliquent aux mêmes objets considérés en général et sans dbtinction (2). n
(1) Harmonieê éeoHomiqve» , chap. vu.
(2) Traité ttécammie politique, UÏ, p, 41.
-• «0 — « Pour mcâ, dit Éwile d€| GiiMdÎD, oapit^ el prctpnété
9«ftt tout UQ (1).
M. Banlield comprend aussi sons le ii«a da €t|phal « la soflune des biens qui noua sont donn^ par U nature ou que noua avons accuipu^a par abi^tineifiee (â). s
liais il ajoute à cette définition une distinctiea adeplée également par quelques économistes. Cette distinetioii ne repose point sur Torigine du capital , mais au contrûre sur sa destination. Selon ces écrivains , les ricbesses ne forment un capital que lorsqu'elles sont destinées à la reproduction.
Parmi les deux ou trois définitions que Stu^t Mill donne du capital , on trouve encore celle-ci ': « Le capital est la richesse appliquée à un emploi reproductif. »
Malthus r avait déjà défini : « une portion de biens consacrée à la production ou à la distribution des richesses. »
M. Rossi voulait non*seulement que le capital fût a le produit épargna » , mais encore qu'il fût a destiné à la coproduction (o). M
Selon lui et ces économistes y « toute richesse qui est destinée à la consommatiqu , à pue jouis^ai^ce imq^édiate qu oui est laissée dans Toisiveté » , n'est pas un camtal. Mais y ep même temps , M. Rossi désignait sous le nom de « capita| circulant » fi^s richesses qui présentaient précisémept ces divers caractères. Or, ou ces richesses formaient ui) capital , ou elles ne faisaient pas partie u ê(n capital circulant » .' John Stuart Mill est tombé ^an^ la mém^ .contradiction.
J.-B. Say a quelques incertitudes sur c^tte question. p'al>ord. il ne comprenait sous le titre de capital qu'une partie des richesses destinées à li^ production, pu^s il regarda autour de lui : mais cfs palais^ ce^ hôtels^ ces anueublemënts^ ces parçs^ ces tablei^ux , ce sont ïen capitaux cependant ! Et alors il étfi-
IXï ^, politique imtVffif/fe^ p, 26ft.
(2) Organitation de rinduttrie,
(S) Cotin d^ieonomiê poUtiq^ii, t I{» p. ^1.
blit une distinction entre les capitaux productifs d'utilité et les capitaux productifs d* agrément.
« Lorsqu'un propriétaire , dit-il , fait bâtir une maison d'habitation , il ne sortira de cette maison aucun produit que Ton puisse porter au marché; mais il en sortira, à toute heure, un produit fort ^Ppr^Çif^^l® t puisque le propriétaire peut vendre son utilité de tous les instants (ce qu'il fait quand il tire U9 loyer de sa maison); ou bien il p«at la oonaommer lui-même (ce qu'il fait lorsqu'au lien de liruer sa maison , il en fait son habitation) . Cette portion de son capital n'est donc pa& improduetiva, biea qu'ftUft ne eoncaurc^ à la formation d'aucun produit matériel (1). »
Nous ne i^ous attacherons pas à chercher encore ^fis distinctions plus subtile^,. \\ J ^. td éiÇpB(pça^s^ q\ie ^qi^ç pçmrrions citer qui, en trois pages , varie trois fois d'opinion sur les caractères distinctifs du capital.
§«i^ m.^ Fff^pcovipçç 4« ?%VW si W»e ntftit^. Q|t ççjprpdaciive d'^^ilité ftu«iïHp|eïftent ^ elle ç^t prç^vcti^ft it 4'«grém«it » , je
r«iprfviidf 4^ikc nm iki^^r et r^pauss^nt «eft aQ\ivellefi diatiiictiops, sw h i9^^9!Aoi^ du ç^pi^l, comïfte j^fti rçpouss^ Un distinctions entre la terre et le capital, je |{iç(i|i|i^n« p^ d^fi-* HitioM :
qu'il possède.
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