UTILITÉS QUI COMPOSENT LE CAPITAL FIXE ET LE CAPITAL CIRCULANT
Appliquons maintenant cette règle aux diverses utilités qni composent la richesse d'une nation, et non-seulement nous en trouvons la confirmation, mais immédiatement toutes les obscurités disparaissent : nous arrivons sans effort à distinguer nettement toutes les utilités qui composent le capital fixe des utilités qui composent le capital circulant.
Le sol d*abord : — Le sol ne peut produire du blé, des récoltes, de Therbe, des arbres, qu*à la condition de rester sol ; il conserve donc son identité ; donc le sol est un capital fixe.
Sur le sol, j'élève des constructions ; ces constructions sont des chaumières, des écuries, des manufactures on des palais; elles servent à m'abriter, à abriter mes animaux, à ren-> fermer des ouvriers et des machines ; ce sont des édifices qui satisfont mes besoins, mes goâts artistiques ou ma vanité. Ces constructions me produisent de Futilité ou des jouissances, en conservant et parce qu'elles conservent leur identité; les constructions font donc partie du capital fixe d'un pays.
J'ai des animaux pour labourer mes terres, pour traîner mes charrettes ou mes voitures ; ces animaux me produisent de l'utilité ou des jouissances, parce qu'ils conservent leur identité; les animaux servant à l'exploitation font donc partie du capital fixe.
J'ai des machines qui servent à ma production : pes machines hydrauliques ou à vapeur, ces meules ne me produisent de l'utilité qu'en conservant leur identité ; elles font donc
partie du capital fixe, coHime toat autre outillage. Il en est de même des navires.
J^ai des ustensiles de ménage, des meubles, des objets d'art; ces meubles me servent parce qu'ils sont meubles. Un buffet me produit de Futilité parce qu'il reste buffet. Un piano me produit de f agrément parce qu'il reste piano. Un tableau me produit des jouissances parce qu'il reste tableau. Les meubles et les objets d'art font donc partie du capital fixe.
Mais on m'arrête, et on me dit : — Vous êtes marchand 4s meubles { amqii99r9(mp lei mevUei {Nwmi lai 0»fitaux fise» ou hè$ fi«fî(aiix cifci^Uniê ?
Je suis mavcfaani 4» meublas; mit», fttors, esInM qat h lit qnD je vaux vfi».dr« m^ ser^ .CQa)m^ lit? jStt-oa qo» le hiditt que je vaux vpndpe me sert comxna bufùA ? Nw, le lit ne me produit paa d'utilité comme lit, le buffi^t np me produil pa« d'utilM mmme \mSH : Us n» m^ prQdiiiront de l'utilité que le jour où je les convjsr(irAi en ergept. Pev eon^équevt, pour qu'ils me produieent de l-utilitii, iUdiNvenâ perdve )euf identité par rapport à moi. Ce ne sont pas des meubles pouB niQi, ee $Qni dee marcbendiee» ^eftinées ea pqmmeree. Us ne me rendent pii« de eervicee comme mesble», ils ne m^eii relent qu'à la condition de 3e treoifoirmer, Ue font deno partie iu ^pitel eirculaçt.
J'ai pris l'excinple ^Oi meublée, perce que ei j'avaie ccm-. menée par nn exemple pliie limple, eft o'apmt pas manqué de venir m'opposer ensuite oeiui<»là.
Mais que sont ees meubles ? Des pnwiuits fabviquéa, des marchandises destinées au eommeree. Tous les produits fabriqués, toutes les marehandises destinées au eommevee, ne pouvant produire de l'ufîljté qu'à la condition de peedre leur identité, de se transformer en argent qui se ti^anafor** mera à son tour en utilités nouvelles, font dane par|îe du capital qipcnlant,
De môme pous atims rengé parmi les capitaux fixes, les
animaux dostiqéi à reiploitfttioii. }lim ^i jfi destine un liçeqf à Ja boucherie, si je le »i«U 4 rpugr^i», l§ beewf ne g|t prcH doifa 4'iilUiié qu'4 la c^onditioa de se tr<iBsfpFfQer en Argent poqr impi quand je rflnrai yendu au boucbçr. Il ne me prflti duit donc d* utilité qu'en disp9P«U^ant, en ^fl tr^nsfQrpfiant ^9 monnaie, en perdant son identité. Il m produira d'ntilité au boucher qa^en devenant viande de bouelieriet en eest^ant 4'êtFa bqeqf. L« ho^uf h Ven^vm lait do9« partie du capital circulant. Il en fait partie eomme toutes les matièras preniièFes qqi ne peuvent prediiipa d'^tiUti qii-en se transformant. 1} m Mi partie pow^e toutai Ihp marchandiies»
Et }f6 monnaies? Loa mpiinities mni un «lé^ol : (ûpt-relles f (irtie du capital cirfiulant m du capital H9I
M. C^HiFcsUe-rSaneuil étabUl une disUnetion qui montra biei^ riRfieftitiide et Tembarras dans lesqu^l^ §e tp^onvent \^ éponomi^tes sur eette question. H dit :
« Les capitanK-monnaîe son| de même gx^a par lenr des-: tination, puisqu'ils ne servent qu'à faciliter les échangp^ et h cpn^er wr les papitaflx <|on| Je pFppifiétajre n'a pflini tncnvé remploi 5 la sepiété» q«e noM sqppppqns mU^, m p^wtpas
plus les aliéner par l'échange qu'un fonds de terre, et elle ne
1«5 emploie 4 ^^ m^Ages indwrtriels q^p p§i|r sagsfaire des besoinjî pe» p^as^ftsl?. M§lp il en ^t autrei^gnt dfls individus, ]KHiT lasqnals la inpnn^idt forina des ca^Uoi»^ sans .emplûi
actuel et disponible, est le type des capitauiç cî|peulants« porge qu'elle peut à tout instant être changée, sans peipe et sans changçgj^fll dp vajem? ni?taj>tai contre tp«ta §prta 4e prpdnits. Cette 4ifférf nta« manière d§ gopsidérar Ips capiiaux-niQPnaie ^* h «fi que les individus pf^fli^^^t q\ /consQmiuent par l'Wît*»gfit tandis qtte Téçliiipgf ^^p^irfi pgur rjen da^S h PPQ^ 4qc^q et la consopiniatiion de l§ speiéié (1). »
Nous qp ^pus ap^^tops pa? 4 rt^spHter pettis distiniîttoa arbi- ^airp entre l'éfippoini<B pqljtiqijie «Je h gftei^té a| Téponomia
(^) Tratï^ d'économie politique, t. I. p. 317,
de rindividu. Mais, certes, il est bieo évident que M. Courcelle-Seneuil n*a pas résolu la question.
Nous servant, quant à nous, de notre critérium, nous disons : — Non, la monnaie n'est pas un capital fixe ; oui, la monnaie est un capital circulant.
Et elle est capital circulant au même titre que le capitalnourriture, par exemple.
J*ai de la monnaie ; mais est-ce que cette monnaie, en tant que monnaie, me produit de Futilité ? Elle ne me produit dé Futilité qu'à la condition d'être changée en tel ou tel objet, qu'à la condition de se transformer, de perdre son identité.
Tandis que la machine n'engendre des produits qu'à la condition de rester machine toujours identique, la monnaie n'engendre de produits qu'à la condition de revêtir une autre forme. J'ai de la monnaie : je la convertis en aliments, en vêtements, en matériaux, en t^rre. Cette monnaie disparaît au moment où je m'en sers, exactement comme la nourriture.
La monnaie, ne produisant donc d'utiliité qu'à la condition de perdre son identité, fait partie du capital circulant.
Mais, me dit-on, et les actions? et les obligations? et les titres de rente sur FEtat, sur les départements, sur les communes ? Dans quelle catégorie de capitaux rangerez-vous ces valeurs mobilières?
A cela je réponds : — Ni dans Tune, ni dans Fautre, par cette excellente raison qu'elles ne sont pas des capitaux.
Les actions ne sont que des signes représentatifs de capitaux fixes qui, eux, produisent de Futilité ; ce sont simplement les fractions d'un titre de propriété. Elles portent intérêt, c'est vrai ; mais elles ne produisent pas plus directement les intérêts, les profits, que les titres d'une propriété personnelle, enfermés dans un tiroir. Ce qui produit les intérêts et les profits, ce sont les capitaux dont elles constatent F existence. '*'^^V^^^
Elles peuvent paraître, aux yeux de ceux qui les possèdent, jouer le rôle de capital fixe. Ce n'est là qu'une illusion d^optique : c'est prendre une photographie pour la réalité. Si je suis seul propriétaire d'une maison, je sais fort bien que ce n'est pas mon titre de propriété, enfermé dans mon tiroir, qui me produit des revenus, mais que c'est la maison. Que nous soyons cinquante à posséder cette maison, les cinquante fractions du titre de propriété ne joueront pas un autre rôle que celui du titre entier. Elles ne produiront rien par elles-mêmes : elles ne siéront jamais que de simples pièces servant à constater la propriété de tels et tels capitaux.
A plus forte raison, en est-il de même pour les titres de rente sur l'État, sur les départements, sur les communes, pour les obligations de toutes sortes. Ces titres représentent pour leurs possesseurs une créance sur des capitaux fixes qui, chaque année, produisent la somme nécessaire pour en payer les intérêts. Un particulier peut les compter comme faisant partie de son capital fixe ; ici, encore, il confond le signe avec la chose,. le morceau de papier avec la réalité.
D'après les considérations qui précèdent, je divise donc les utilités qui composent le capital fixe et les utilités qui forment le capital circulant de la manière suivante :