CAPITAL FIXE
Sol;
Mines ;
Constructions ;
Machines ;
Outillages *,
Navires ; v
Voitures ;
Animaux servant à l'exploitation ;
Ustensiles de ménage ;
Oljata d'art.
GAMTill. CIlQIILiUiT.
Matières premières (1) ; Marchandises destinées au commerce ; Monnaie (2).
(1) l«if «timenti Mm* ddt Mftttem ciKukuitB f$0 «mcHmm*) aiif ik te
merce, soit de matières premières. Je n'ai donc pas cni ntile de ij^u^ qqç classe spéciale pour eux.
(2) Je dots dire que cette énomërstion des elioses qui coiistitn«nt les capitaax âict et les capifans ciniiilantt se troore , aaaf certaines Biodiflea' tiflMi d»M «M hr^c^nr» tr^8-(9i9ffqaa|ilf 4« Ifi 4f| 9^410* t ÎPtitnlé j Im grmdc Sohition. Çeqlemç^t, Up4i4 que j'vniie 4 U 44tcrïninef 4'ïinenia' nière scientifique, M. de Boason n'explique pas à l'aide de quels procédés il est parvenu à établir la différence des objets qui constitae ce qn*il appelle de» • pfopvlétée » et du « Ben*ppopi4ét^ » .
CN
CHAMïRï: IV.
DU RÔLE btf CAPITAL FIXE ET DU CAPITAL CIRCULANT DANS LA PRODUCTION DE LA RICHESSE.
§ I^. Sans capital fixe, pas de capital cîrcolant ; sans capital circulant, m de capital fixe. — Tendance dn capital circulant à se convertir en capital tke. <-* !Le ttiMtlhl d')Ii>nièf« \k h tmfaYth ^ iaint-litànt'. — Le Capital «iimdadt «t §fe ni|iftil fisM dtas l'iaiaisWié idt» «taiilMporit. ■*^ l*ël!fet tillfe du capital circulant est en raison de l'attgaentalio* du capital fise.
S 2. Là où manque le capital circulant, le capital fixe dispasaît. — Irlwde, — France. — Le liigh farming en Angleterre. — L'effet contraire en Traitce. •— Hësâklré. — L'ati|jfitaentatî'on du capital llxè fend co)isUmmënt à ptéàStÈBÉ» mt l'afepwMlbtièli 4n ïHjfkHdl 'oitocnlftnt.
MaintèMn^i fvels «ont les rsofforU ém «apîtat fi» «t dti Capital tnitwlaiit dama ie pèiéiMnèiie 4e U ;>iiM[«(!^li ?
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économiques ; que producteur et consommateur éè fc^Meis 4tos «tiiitèB, ai cnt «ne «nîté éoMKHttàque 'd*M «MM <M-dKfe «que les «jBini «nilés écoAonnfue». L'^ctiMi fu'ii *é!c«a«« mt iês «gontfe JMterofe ipour les «l|i|pMprîèt à Mft i^esèi*» f&» ^eti foire «tes irtittlégs lc(»sittiê HMius I^obs d#^ 4lt, )S*ap{)étte le travail.
Le 8«i <è8t le pWMriéi 4ifé6 ^Dlipitiiui: iK«s. lâaiiifi ^, pas d'àoafties^^ ipas ^*«fiviiiiiiik , ^at fàé filMPit^. 4V)tft èettmie
approprie au moins à ses besoins la grandeur du sol que recouvre la plante de ses pieds.
Mais pour que rhomme utilise cette portion si restreinte du sol, il faut qu*il vive, il faut qu^l mange, il faut quUl consomme du capital circulant.
Nous constatons donc ce double fait : sans capital fixe, il n*^ aurait pas de capital circulant ; et sans capital circulant, il pourrait y avoir des agents naturels, il n*y aurait pas de capital fixe, par cette excellente raison, qu'il n'y aurait pas d'êtres organisés.
Le premier des capitaux circulants est l'aliment. Il ne peut être utile qu'en se transformant ; il est indispensable : pas d'aliments, pas d'bommes !
Il y a trois cent soixante-cinq jours dans l'année, et bon an mal an , il faut que l'homme mange tous les jours, si peu que ce soit. Pour se procurer cette infime nourriture, il n'a tout d'abord que les instruments de ]'âge de pierre, qui forment, à ce moment, son capital fixe.
Ce capital fixe se compose de tout ce qui, en plus de ses mains et de ses dents, lui sert à acquérir de l'utilité, comme le disait un ouvrier anglais. Ce capital fixe se réduit à un bâton : il devient ensuite, immense progrès ! un caillou taillé tant bien que mal et emmanché dans un bois. Il faut que l'homme se procure sa nourriture, son capital circulant, à l'aide de ce faible capital fixe. Plus ce capital fixe est faible, plus il lui est difficile de se procurer du capital circulant. Il en I^ésulte que la recherche de ce capital circulant est sa préoccupation de tous les instants, et que tous ses actes y sont subordonnés.
Mais du moment où il parvient à amasser un capital circulant supérieur à son besoin inmotédiat, la recherche de ce capital circulant n'absorbe plus tous ses instants. Il emploie la différence qui exista entre son besoin et ce capital circulant à augmenter son capital fixe.
Auparavant, toutes ses facultés étaient absorbées par la recherche de sa nourriture, le premier et même l'unique
capital circulant de rhomine primitif. Maintenant il se sert des loisirs que lui donne cette abondance de capital circulant pour augmenter son capital fixe. Il perfectionne sa hache de pierre. Il se construit une piroc][ue. Cette hache, cette pirogue lui donnent de nouvelles facilités pour acquérir du capital circulant. Plus il se le procure facilement, plus il peut consacrer de temps à T accroissement de son capital ûxe. Il parvient ainsi peu à peu à la hache de bronze. Mais les rapports sociaux se sont développés. On commence à appliquer instinctivement le principe de la division du travail. Alors il y a échange de services entre les divers membres de la collectivité. La difficulté d^ obtenir le capital circulant nécessaire à la satisfaction du besoin diminue. Cette différence entre le besoin et le capital circulant se traduit par un bénéfice. Le possesseur de la hache , du canot , échange son capital circulant disponible contre le capital circulant disponible que possède un de ses voisins. Ce capital circulant acheté peut se composer de vivres , d'aliments rapidement consommés ; mais il peut se' composer aussi d'outils , d'instruments , d'ornements qui, producteurs d'utilité ou d'agrément, constituent un capital fixe pour leur nouveau possesseur.
Prenons un autre exemple. L'homme naît. Il a pour premier capital fixe le sol sur lequel il marche et se couche. Peu à peu , il arrive à y planter une misérable cabane , comma celle des naturels de la Terre de Feu.
Puis, pour le labourer, il se procure des instruments, pelle, pioche, charrue, à l'aide desquels il produit du blé, en proportion beaucoup plus grande que ne le nécessite son alimentation. Il vend ce blé, il l'échange, avec qui? avec d'autres producteurs. £t que fait-il du profit qu'il retire de cet échange ? 11 le convertit en constructions , en machines , en améliorations du sol, routes, drainages, etc., en capital fixe en un mot.
Il en convertit encore une partie en engrais. Cet engrais est un capital circulant, soit; mais pourquoi l'agriculteur achète-t-il de l'engrais? Pour se procurer une plus grande
— uo -
quantité de blé, 4e produits è vendre, qu'il convertira, une fois vi^us, m icapital fixe, en charrues, en machines à battre, etc.
De même, pour le fabricant de charrues, de pelles, de pioches avec qui il a échangé le surplus de ces récoltes. Plus celui-ci augmente son papit^l ûxe, plus il peut se procurer facilement du capital circulant ; et plus il augmente son capital circulant , plus il augmente son capital fixe.
Si on n'observait quQ la surface de ce phénomène, on serait tenté de conclure immédiatement que. le capital circulant augmente en raison du capital fixe; et que tons les deux suivent une progression parallèle.
Il n'en est cependant pas ainsi^
Dans les sociétés primitives , c'est le capital circulant qui prédomine. L'homme a son bâton, sa hache de pierre. Quelque difficulté qu'il ait à se procurer le moindre aliment, il mange à peu près tous les jours sous peine de mort. Évidemment 1^ capital circulant est considérable par rapport au capital fixe.
Arrivons aux temps légendaires. Homère nous montre douze femmes esclaves , broyant entre deux pierres le grain destiné à la consommation de chaque jour. Ces douze femmes, si mal nourries qu'elles fussent, consommaient une grande partie du blé qu'elles broyaient. Une femme ne pouvait fournir de farine que pour vingt-cinq personnes. Il y avait donc absorption énorme de capital circulant pour obtenir un faible résultat. Aujourd'hui, le moulin de Saint-Maur a quarante meules , surveillées par vingt ouvriers qui réduisent en farine 720 hectolitres de froment , de quoi alimenter soixante-douze mille hommes. Actuellement, un ouvrier peut donc fournir de la farine à trois mille six cents personnes. Du temps d'Homère, il en eût fallu 144 (1).
(1) Michel Chevalier. Cours éTéconotnie politique, 2« ëdit., 1855» t. I, p. 317.
Qn trouve, dans un intéressant écrit sur les textiles (1), de M. Carcenac, membre du jury des récompenses àTExpositioa de 1867, le renseignement suivant ; Si Ton avait dû faire à la main tout le filé de coton que fabrique, T Angleterre en une année , au moyen de ses métiers self-aciing ou automoteurs , qui portent jusqu'à mille broches , c'est-à-dire font 1,000 fils à la fois, il aurait fallu 91 millions d'hommes, soit la totalité de la population de la France , de T Autriche et de la Russie réunies.
Une femme habile à tricoter fait 80 mailles par minute ; avec le métier circulaire elle en fera jusqu'à 480,000. La progression est de 1 à 6,000 (2).
Il y a trente ou quarante ans, pour tirer un journal à 120,000 exemplaires seulement, on aurait eu besoin de 160 presses et de 1,500 ouvriers. Aujourd'hui on y suffit avec 90 ouvriers et 9 machines. Et même on peut obtenir ce résultat à l'aide de 4 machines Marinoni et 28 ouvriers , en une seule heure (3).
Prenons une autre industrie , celle des transports. Il suffit de voir passer un omnibus pour se rendre compte de l'immense progrès accompli. Dans un mauvais chemin , un cheval porte un homme. Dans une rue, capital fixe, attelés à une voiture , capital fixe, deux chevaux traînent sans difficulté deux douzaines de personnes. Le premier cheval, pour porter un honmie, dépens autant de capital circulant qu'un cheval d'omnibus pour en traîner une dou^saine. On voit donc immédiatement quelle économie de capital circulant produisent l'établissement d^une route et la construction d'une voiture.
Mais voici des chiffres précis que nous empruntons à un
(1) Le coton et sa culture ^ les plantés textiles, ^tade faîte à TExposition anÎTerselle de 1867, p. 23. L'annëe choisie par M. Carcenac» 1855, n'est pas celle de la pins grande production «n Angleterre.
(2) Michel Chevalier, Exposition de 1867, Int., p. zxiii.
(3) Michel Chevalier, Exposition de 1867, p. zxix.
homme qui s^est occupé spécialement des moyens de transport, M. Perdonnet.
Un cheval de force moyenne , marchant au pas, dix heures sur vingt- quatre , ne peut pas porter sur son dos plus de cent kilogrammes. Ce même cheval , si on Tattelle à une voiture, portera ou plutôt traînera, à une égale distance , sur une route ordinaire empierrée, 1,000 kilogrammes, et sur un chemin de fer à faihles pentes et ne faisant pas de circuits prononcés , 10,000 kilogrammes (1).
Continuons :
En 1840, les voitures de roulage pour le transport des marchandises faisaient tranquillement 3 à 4 kilomètres par heure , à grands renforts de coups de fouet qui produisaient des coups de collier. Marchant pendant huit heures , elles arrivaient à faire de 28 à 30 kilomètres par jour. Le roulage accéléré , il est vrai , ayant des relais , accomplissait des trajets de 65 à 70 kilomètres. Le prix de transport par tonneau et par kilomètre était en moyenne de 0 fr. 20 c. pour le roulage ordinaire , et de 0 fr. 35 c. pour le roulage accéléré.
Les frais de construction des routes en empierrement pouvaient être évalués en moyenne à 20,000 francs par kilomètre, les largeurs étant de 10 à 12 mètres entre les fossés. L'entretien annuel de la même longueur était de 500 francs.
L'établissement des grandes lignes de chemin de fer a coûté, en France, 503,000 francs par kilomètre. Une locomotive à marchandises, comme TEngerth, coûte 107,000 francs. Mais cette locomotive traîne 44 wagons,, chargés chacun de 10 tonnes de marchandises , à une vitesse de 30 kilomètres à rheure. Elle accomplit donc en une heure un trajet plus long que le roulage ordinaire en un jour, soit en deux heures un trajet presque aussi long que le roulage accéléré, soit en vingt-quatre heures un trajet qui aurait exigé vingt-quatre jours du premier et douze du second ! Il faut ajouter aux
(1) Nouons gènèmles sur les chemins de fer, p. 198.
450,000 kilos traînés par la locomotive les 62,000 kilos de son propre poids.
Cette locomotive , qui peut faire 300,000 kilomètres sans être hors de service, consomme pour traîner cette charge 16 kilog. de houille en été et 18 en hiver par kilomètre. La dépense, y compris le personnel, les frais de régie, le combustible, rhuile, la graisse, le suif, les chiffons, Peau, Téclairage, l'entretien des machines et des tenders, s'élève en moyenne à 1 fr. 10 c.
M. de Franqueville , dans son discours du 27 juin 1865, donnait le tableau de la diminution des frais de transport sur les chemins de fer pendant une période de vingt-trois ans.
En 1841 , les frais de transport s'élevaient à 0 fr. 12 c. par tonne kilométrique. En 1855, ils n'étaient plus que de 7 cent. 65. En 1864, ils descendaient à 6 cent. 15. Cette différence de un centime et demi pour 4 milliards 630 millions de tonnes donnait une économie de 70 millions.
Maintenant le prix est inférieur de quatorze à quinze centimes à celui du transport sur les routes ordinaires. Pour 4 milliards 630 millions de tonnes, cela fait donc un bénéfice de 700 millions. Et ici, nous parlons d'après M. de Franqueville, le directeur des chemins de fer, l'ardent défenseur des tarifs actuellement existants. Mais il y a eu des demandes de concessions de compagnies qui fixaient le tarif des transports à 0 fr. 05 c. et l'abaissaient même à 0 fr. 03 c. Certaines compagnies transportent déjà des grains, des bois, des pierres, des plâtres, à ce tarif de Ofr. 03 c. A la veille de la guerre , enfin , le gouvernement ne cessait de promettre des dégrèvements de tarifs.
D'où vient ce bénéfice sur les moyens de transport? De l'augmentation du capital fixe , qui permet d'obtenir une plus grande utilité du capital circulant.
De sorte qu'on n'arrive à ce résultat qu'à mesure que le capital fixe se perfectionne et s'augmente; il faut un -capital circulant moindre pour obtenir un effet égal.
U semble y avoir là tout d'abord une certaine contradietioD. Gomment ! me dira-t-6n , vous ne consommerez pas plus de houille , capital circulant , lorsque vous avez de puissantes machines formant un capital fixe énorme, que si vous n* aviez pas de machines ! /
A cela je réponds : Sans doute, je consomme plus de houille que si je n'avais pas de machines ; il est même bien évident que si la machine à vapeur n'existait pas , je ne consommerais pas de houille destinée à l'alimentation des machines à vapeur.
Mais pour se rendre un compte exact du phénomène, il faut considérer l'effet utile produit. Eh bien, au moyen.de ces machines, à l'aide de cet entassement de capital fixe, j'arrive à tme production quadruple, quintuple, que dis-je? à une production centuple de celle à laquelle j'arriverais si je n'avais pas un capital fixe aussi considérable et aussi perfectionné.
Maintenant cette production , pour moi fabricant , se traduit en marchandises destinées au commerce , par conséquent , en capital circulant.
Et qu'est-ce que je fais du capital circulant? je ne le garde pas chez moi, loin de là ; je m'en débarrasse le plus tôt possible; et plus je m'en débarrasse facilement, plus je le convertis facilement en capital fixe,
Je sais qu'on me répondra : — Mais vous ne le convertissez pas tout entier en capital fixe , il y en a une partie que vous employez à vous procurer un nouveau capital circulant pour augmenter la production de votre capital circulant.
C'est vrai ; mais il n'y a là qu'une question de temps. Il arrive toujours un moment , plus ou moins éloigné , où j'emploie le bénéfice que je retire de ce capital circulant à élever des usines, à perfectionner mon outillage, à acheter des objets d'art , en un mot , à en faire dn capital fixe.
— Vous mangez, me dit-on. Vous consommez donc une
partie de ce capital. Dites-vous que ce capital est converti en capital fixe?
Je consomme du capital circulant ; mais n^est-ce pas moi qui produis du capital fixe? M. de la Palisse répondrait sans hésitation : Oui! Par conséquent, mon alimentation est une conversion plus ou moins directe, par mon intermédiaire , du capital circulant en capital fixe. Que cette conversion soit dispendieuse, qu^elle ne produise pas tout Teffet utile nécessaire, c'est possible. Mais pourquoi? parce que j'emploie une partie de ce capital circulant en jouissances. Je ne suis pas uniquement une machine à produire :je suis un être qui a Finîtiative de soumettre les forces naturelles à ses besoins , et si je demande chaque jour plus d'utilité & la matière , c'est pour améliorer ma vie et la rendre plus agréable.
Qu'une partie du capital circulant soit consommée d*une façon improductive , je ne le nie pas ; mais qu' avons-nous à considérer ici ? Nous étudions le jeu des forces productrices ; nous avons donc à tenir compte de la manière dont s'accomplit la production des capitaux circulants qui sont employés à produire, et non de ceux que l'homme gaspille en jouissances.
Je ne fais point de morale ici, et ne m'érige point en Caton. J'aime mieux Athènes que Sparte, et pour que Fhomme produise beaucoup et emploie toute son activité, il faut qu'il soit surexcité par des Ifesoins développés. Mais il n'en est pas moins vrai que, plus il y a de capital circulant converti en capital fixe, plus la richesse s'accroît. C'est lâ le progrès économique qu'on désigne sous le nom d'épargne.
Si je disais d'une manière absolue : le capital circulant tout entier est converti en capital fixe , on pourrait me taxer d'exagération , parce qu'il y a une partie de ce capital que je ne puis suivre dans ses treansf or mations ; meais lorsjqu dis que la tendance du capital circulant est de se convertir en capital fixe, je me borne à constater un fait, qu^îl est facile de vérifier en contemplant les produits de l'industrie
moderne avec ceux des hommes de Tâge de pierre. Ceux-K;i ne convertissaient leurs capitaux circulants. qu* en misérables haches de silex, et nous , nous les convertissons en puissantes machines , en steamers , en canaux , en chemins de fer, en édifices gigantesques.
On me dit encore : — Vous parlez de la houille, premier instrument de production qui alimente vos machines, mais vous ne parlez pas du cacao, par exemple, que triturent vos machines : la houille disparaît, le cacao se transforme en chocolat.
La réponse est simple ; il. y a là tout simplement une illusion. Le cacao ou la houille jouent exactement le même rôle par rapport à mon capital fixe : tous les deux perdent leur identité ; la houille se transforme en force motrice, qui aide le cacao à devenir une marchandise. Tous les deux remplissent le même office, ils deviennent un nouveau capital circulant, et plus je pourrai changer rapidement ce capital circulant en capital fixe, meilleures seront mes affaires.
Plus mon capital fixe prend de Fextension , plus je consomme de cacao; mais plus mon capital fixe est considérable , plus vite a lieu cette transformation , plus j'en retire d'effet utile , et par conséquent je puis dire :
L^effht utile du capital circulant est en raison de l'augmentation du capital fixe.
Cette raison ne peut être déterminée, d'une manière précise , parce qu'elle varie avec la nature dés capitaux. Elle tend cependant toujours à subir une progression de plus en plus grande, parce que tout nouveau capital fixe représente une amélioration sur le capital fixe existant auparavant.
Mais comment s'augmente le capital fixe? A l'aide de quels moyens, de quels procédés s'accroît-il?
Les chiffres suivants , en même temps qu'ils confirment la loi que nous venons de formuler, expliquent la manière dont s'augmente le capital fixe.
En 1869 , le nombre des voyageurs transportés à 1 kilomètre sur le réseau françafs s'éleva à près de 4 milliards 500 millions , soit plus de 111,000,000 à 40 kilomètres. Pour accomplir ce parcours, il faut une heure; les diligences en mettaient quatre. Les 111,000,000 de voyageurs ont donc économisé 3 heures X 111,000,000, c'est-à-dire 333,000,000 d'heures. En portant le prix de l'heure à 5(]^c. en moyenne, cela fait une somme de 166,500,000 francs.
D'un autre côté , le prix moyen du transport d'un voyageur à 1 kilomètre, nourriture comprise^ est de 7 cent, et demi. Par les diligences, il était de 13 cent. La différence est donc de 0 fr. 045. Les 4 milliards 500 millions de voyageurs à 1 kilomètre ont économisé 4,500,000 X 0,045, c'est- à -dire 202,500,000 francs, qui, ajoutés aux 166,500,000 francs primitifs, donnent une économie totale de 369 millions de francs.
Voilà donc 369 millions de francs économisés ; mais que deviennent ces 369 millions? A quoi servent-ils? Admettons qu'ils soient employés uniquement à la consommation des capitaux circulants; qu'importe? Il arrive toujours un moment, comme je l'ai démontré, où le capital circulant tend à se traduire en capital fixe. C'est donc , dans un temps plus ou moins long , 369 millions ajoutés au capital fixe de la nation, parce qu'ils ont été économisés à l'aide d'un premier capital fixe, sur le capital circulant qui eût été nécessaire pour produire le même effet utile.
Ensuite, d'après M. de Franqueville , les 4 milliards 630 millions de tonnes transportées par les chemins de fer, à un prix inférieur de 0 fr. 14 c. à 0 fr. 15 c. à celui du transport sur les routes ordinaires , donnent un bénéfice de près de 700 millions.
De plus, la concurrence des chemins de fer ayant forcé la navigation à baisser ses tarifs, il en est résulté, sur un
chiffre de 2,500,000 tonnes transportées , une économie de 92 millions.
Donc : Voyageurs 369,000,000
Marchandises 700.000,000
Navigation \ . . . . 92,000,000
Total 1,161,000,000
Soit rintérét à 5 pour 100 de 23 milliards. Et à quoi sera employée cette somme? Que devient-elle? Elle est employée à son tour à former du capital fixe.
Nous savons combien il faut se méfier des analogies dans les sciences. Mais, cependant, qu'on nous permette d^en signaler une que déjà nos lecteurs ont sans doute aperçue.
Une des plus belles révélations de la science moderne a été la constatation de Féquivalence de la chaleur çt du 'travail mécanique.
Partout la chaleur se convertit en travail , et le travail en chaleur. Dans une machine à vapeur, la chaleur dégagée par le charbon se transforme en travail, produit par Tarbre de la machine. Qu'on fasse tourner, au contraire, une manivelle dans de Peau, Peau s*échauffe.
Chaque fois qu'il disparaît de la puissance mécanique , soit par des chocs , soit par des frottements , une quantité de chaleur équivalente fait son apparition. Réciproquement, chaque fois que la chaleur disparait, elle donne naissance à un travail ^lécanique ou à une puissance équivalente. Ainsi, la puissance mécanique se transforme en chaleur, et réciproquement la chaleur se transforme en puissance mécanique.
Qu'est-ce que la force? C'est une cause de mouvement.
Qu'est-ce que la chaleur? Un déplacement moléculaire , un mouvement de molécules.
Il y a là un phénomène analogue au rôle que jouent l'un par rapport à l'autre le capital circulant et le capital fixe.
Le capital fixe , qui sert à mettre en mouvement le capital circulant , représente la force.
Le capital circulant représente la chaleur.
Et à côté du principe de l'équivalence du mouvement et de la chaleur, nous pouvons poser le principe de F équivalence du capital circulant et du capital fixe.
Comment peut-on estimer cette équivalence du capital circulant et du capital fixe? Il y a là évidemment une difficulté bien plus grande 4]ue dans les sciences physiques. Le capital circulant disparaît souvent , de telle sorte qu'il est difficile de le suivre. H y a une partie de ce capital qui est employée en jouissance. II y a une partie du capital fixe qui ne sert aussi qu'à la jouissance. Il y a donc là une foule de rapports cornplexes qu'il est impossible de déterminer d'une manière précise.
Mais ici, comme nous ne tenons compte que des capitaux employés à la production , nous pouvons dire que dans le phénomène de la production il y a toujours équivalence entre le capital circulant et le capital fixe. Il faut bien que ce capital circulant qui disparaît devieniie quelque chose. Il ne s'anéantit pas, il se transforme. S'il revêt la forme de matière première, il devient de la marchandise. Et que devient cette marchandise? Elle devient dé l'argent qui sert, un peu plus tôt, un peu plus tard , à former un capital fixe.
Mais étudions ce phénomène, d'après l'observation d'un fait qui , se produisant constamment en France , fera mieux saisir mon argumentation. Presque tous les cultivateurs , en France, que ce soient des paysans ou que ce soient des messieurs qui, n'ayant rien pu être, s'improvisent agriculteurs, ont une tendance : avoir beaucoup de terre. Ils en prennent le plus terre, possible. Ils grèvent tout leur avenir pour acquérir de la
Voilà un de ces agriculteurs en face de sa terre : c'çst son capital fixe. Il a engagé toutes ses ressources. Il n'a plus de capital circulant pour acheter de l'engrais , pour faire les travaux nécessaires à la culture de son sol ; il est forcé de laisser ses terres en jachère, et quant à celles qu'il cultive, au lieu de
leur faire produire tout ce qu'elles peuvent, il économise de Tengrais, il économise du travail, et il ne leur fait produire que le tiers ou le quart de ce qu'elles pourraient rendre. Qu'en résulte-t-il ? C'est que son capital fixe reste improductif, et, loin d'augmenter, diminue. Il tourne dans un cercle vicieux, au centre duquel il trouve la ruine.
Il en est exactement de même pour un pays. Du moment qu'une nation n'a pas assez de capital circulant pour utiliser tout son capital fixe, il y a pauvreté pour elle. Le capital fixe, au lieu de s'accroître, diminue. C'est là la cause de la ruine de l'Irlande. L'absentéisme des landlords, qui allaient dépenser leurs revenus en Angleterre , a drainé tout le capital circulant du pays. Il en résulte que le capital fixe, au lieu d'augmenter, a diminué.
Avant 1847, le produit brut agricole de l'Irlande atteignait à peine la moitié du produit brut anglais à surface égale , et la condition de la population rurale était encore pire que ne l'indique ce rapport. ^
Voici maintenant des chiffres concernant l'Angleterre et la France , que nous empruntons à M. Léonce de Lavergne :
« Les Iles Britanniques ont une étendue totale de 31 millions d'hectares, c'est-à-dire les trois cinquièmes environ du territoire français, qui a actuellement 52,800,000 hectares. L'Angleterre comprend 13 millions d'hectares.
« En lui comparant le quart de la France le mieux cultivé , c'est-à-dire l'angle du nord-est, et même en y ajoutant les départements les plus riches des autres régions, nous n'avons pas une étendue de terres bien cultivées à lui opposer. Certains^ départements peuvent soutenir la comparaison; mais nous ne possédons pas 13 millions d'hectares comparables comme culture aux 13 millions d'hectares anglais.
et Cependant le sol et le climat de l'Angleterre sont inférieurs aux nôtres.
u En Angleterre, 1 million d'hectares sur 13 sont restés improductifs, résistant à tous les efforts de l'homme. Sur les
12 millions restants , les deux tiers au moins sont des terres ingrates et rebelles que Findastrie humaine a eu besoin de conquérir. »
En France, en 1789, les bois comprenaient 9,000,000 d'hectares , les landes 10,000,000.
En 1866, les bois comprenaient 8,000,000, les landes 8,000,000.
Les landes, en France , n*ontdonc diminué que de 2,000,000 d'hectares, les bois de 1,000,000 d'hectares.
En Angleterre , les montagnes seules , qu'il est impossible de cultiver, ne sont pas défrichées.
A quoi est due cette différence? D'où provient-elle? Elle ne provient pas du sol, elle ne provient pas du climat : elle provient donc de l'application au sol d*un capital circulant abondant, qui, en lui faisant produire toute l'utilité possible, s'est converti ensuite en instruments aratoires perfectionnés, en travaux de drainage, etc., en capital fixe, en un mot, qui a triplé, quadruplé, quintuplé, que sais-je? l'effet utile du sol, capital fixe primitif.
Qu'en résulte-t-il? C'est qu'un fermier anglais , sur la même étendue de sol (capital fixe) et avec la même quantité de semence (capital circulant), retire un effet utile considérable, là où un fermier irlandais meurt de faim.
Et plus il va , plus son sol acquiert de valeur; plus son capital fixe augmente , plus il se procure facilement du capital circulant; plus ce capital circulant lui produit d'effet utile, et plus ce capital circulant se hâte de devenir à son tour du capital fixe , pour produire de nouveau du capital circulant.
C'est là le higk farm%ng, dont les résultats ont frappé si vivement les agronomes qui ont étudié l'agriculture de l'Angleterre. L'étendue des fermes est petite : elle est en moyenne de 41 hectares de terre cultivée ; mais le « fermier anglais ne craint pas de lui faire des avances , qu'il sait devoir lui être remboursées un jour. Il appelle cela embarquer son capital. Ajoutons qu'aucun peuple ne s'entend mieux à le débarquer, »
La culture exige du fermier un capital minimum de 625 francs par hectare. On use en Angleterre 600,000 tonnes d'engrais industriel par an ; en France , sur une étendue beaucoup plus grande, on n'en use que 300,000.
M. de Gingins, dans son rapport au Conseil fédéral suisse (1857), pour prouver cette habileté du cultivateur anglais à embarquer et à débarquer son capital , citait l'exemple d'un fermier écossais, nommé Mac*GulIoch. Sa ferme, située dans un des coins les plus reculés de l'Ecosse, se composait en tout de 100 hectares de mauvaises terres ; la rente et les taxes s'élevaient à 7,000 francs environ par an, les achats d'engrais supplémentaires à 8,000 francs , ceux de nourriture artificielle , comme fèves et tourteaux , à 9,000 francs , les salaires des domestiques et journaliers à 13,500 francs, l'imprévu à 2,500 francs; en tout, 40,000 francs. « Après avoir payé sa rente , ses impôts , tous ses frais , et avoir amélioré son domaine, M. Mac-CuUoch mettait de côté, chaque année» de 20 à 25,000 francs de revenu net. Ces chiffres , presque fabuleux , disait M. de Gingins , ont été relevés sur ses livres. »
Si je consulte , pour la France , un document qui avait pour but de prouver que tout était pour le mieux dans le meilleur des empires possible : les Progrès de la France diaprés les docwments officiels , publié en 1869 , je trouve l'éclatante confirmation de cette thèse.
Malheureusement, c'est la confirmation en sens inverse.
En 1851 , la surface cultivée était, en blé, de 5,990,976 hectares; elle était, en 1867, de 6,960,425 hectares; soit tin accroissement de 960,449 hectares , où un peu plus de 16 pour 100.
Si des capitaux circulants avaient été employés en quantité suffisante , l'augmentation de la production du blé eût dû être au moins égale à l'augmentation de la surface, soit de 16 pour 100.
Si le high farming avait été appliqué à cette surface, comme
en Angleterre , la proportion eût dû être beauooup plus considérable.
Au lieu de cela, qu'est-il arrivé? J'emprunte encore mes chiffres au même document, qui a eu soin de choisira F appui de sa thèse les années les plus favorables (page 5). La production annuelle du blé , par tête d'habitant, qui n'était, dans la période de 1843 à 1852, que de 1 hectolitre 97 litres, a été, dans la période de 1863 à 1867, de 2 hectolitres 20 litres.
Ainsi , tandis que la surface du sol cultivé en blé augmente de 16 pour 100 , la production du blé n'augmente que de 11,67. .
N'est--ce pas la confirmation de ce fait que nous déplorons ? En France, les agriculteurs consacrent un capital circulant insuffisant pour faire produire à leur capital fixe tout l'effet utile. De là des pertes, quand les Anglais, au contraire, font des bénéfices.
Pour mettre en culture ces 961 mille hectares, il a fallu tout d'abord y consacrer une portion de capital circulant ; mais cette portion de capital circulant, étant insuffisante, n'a pu avoir qu'un effet utile restreint : de là il ressort que le capital fixe> au lieu de produire tout l'effet utile dont il était susceptible, n'en a produit qu'une partie. Mais s'il ne peut produire qu'une partie de l'effet utile dont îl est capable, il n'augmente qu'en raison de cet effet utile. Les 100 hectares d'un fermier comme Mac-CuUoch forment un capital fixe autrement considérable que 200 hectares qui ne recevraient que de chétifs labours et un engrais insuffisant.
Maïs nous n'avons même pas besoin d'aller en Angleterre pour nous rendre compte de ce phénomène ; il suffit de comparer la culture maraîchère des terrains situés à l'intérieur de Paris et la culture des terrains plus éloignés. Ces bandes étroites de terrain, serrées entre des maisons et des rues, sans air, sans soleil, divisées entre 568 propriétaires et fermiers, ne rapportaient pas moins, en 1860, de 4,933,239 francs. Il faut bien des choux, des navets et des salades pour faire une
pareille somme^ qui ne représente pas une production moindre de 8,685 francs pour chacun de ces jardiniers.
Je me résume :
A r origine des sociétés, le capital circulant prédomine sur le capital fixe.
L^homme, par ses efforts corporels, remplit les fonctions de capital fixe. Il ne peut produire qu^à Taide d^un effort corporel considérable.
Puis, le capital fixe augmenté, et alors l'effet utile du capital circulant est en raison de Taugmentation du capital fixe.
Plus le capital fixe augmente, c* est-à-dire plus Fînstrument, plus Toutil se perfectionne, moins il faut d'efforts corporels pour approprier les agents naturels à nos besoins.
Mais, dans le phénomène de la production, le capital circulant tend toujours à se transformer en capital fixe. .
Or, plus le capital fixe augmente, plus utilement et plus rapidement ont lieu la production et la consommation du capital circulant.
Ce capital circulant produit à son tour plus facilement et plus rapidement du capital fixe.
Mais tandis que le capital circulant ne produit qu'à la condition de disparaître, le capital fixe ne produit qu'à la condition de ne pas se transformer.
L' utilité du capital circulant est donc fubordonnée à sa disparition ;
L'utilité du capital fixe à sa durée.
De là, augmentation du capital fixe, par l'addition de nouveaux capitaux fixes aux capitaux fixes déjà existants, et consommation de plus en plus rapide du capital circulant.
Par conséquent :
Dans le progrès économique, l'augmentation du capital fixe tend constamment à prédominer sur l'augmentation du capital circulant.