DE L*ARRÊT DE LA CIRCULATION
Avantages de la circnlatioa. — Skarbek. — Coqaelia. — M. de TocqaeviUe et le canal de Snei. — Résultat d'an acrét de la circulation. — Formule de l'arrêt de la circulation. •— Tata arrêt dans la circulation frappe la production en raison géométrique. — Le fisc.
Law, qui , le premier, a compris dans les temps modernes r importance de la circulation, disait avec raison qu^elle était Tanalogue du sang dans Torganîsme social.
Une des causes de la pauvreté des pays où la population n'est pas abondante est la difficulté de la circulation y et c'est parce que la circulation est lente qu'ils ont tant de peine à augmenter leur capital fixe.
Il y a un proverbe commercial qui , comme la plupart des proverbes , a son côté faux , mais qui a aussi son côté vrai : — Le difficile , dit-on , n'est pas de produire , mais de vendre.
C'est de cette difficulté que triomphe la circulation.
C'est l'absence de circulation qui laisse notre agriculture en arrière. Le cultivateur n'a pas de facilités pour vendre ses produits; par réciprocité, il paye difficilement, et ne peut acquérir les capitaux fixes ou les capitaux circulants qui lui seraient nécessaires.
La rapidité de la circulation développe le pouvoir de l'association, elle solidarise des intérêts étrangers jusqu'alors les uns aux autres dans leur isolement, elle les unit, elle les groupe, et alors se produit un phénomène que la biologie a déjà constaté.
Plus un type s'élève , plus s'accentue la division de ses or-
ganes. De même, plus la vie sociale augmente le pouvoir de 'rhomme , plus son individualité acquiert de force.
Mais qu'est-ce que F augmentation de la vie sociale? C'est tout simplement F accrois sèment de la circulation.
Les avantages de la circulation se manifestent partout. Quand la circulation du soi lui-même, capital qui, par sa nature, semble destiné à y participer moins que tout autre, est entravée , c'est la ruine pour lui.
L'amélioration .du sol n'est qil'unerdès formes de Faugmaitation de lu èiréulation des cajîitàux circulaiïts; vôn^ dradiifez, vous labourez mieux , vousf sémèz , iràûè lèiois sonnez $ Pàlde d'instruments mécaniques , pourquoi? Afin que la même quantité de semence, capital circulant, étant donnée, vous en tiriez une plus grande ufilîfé; que ferez-vous de cetie grande iitilité? Voiis là convertirez en capital fixe le plus tôt possible % fort hieii établi là distînciîon enfre les ric
Skarbek a, fort hieii établi là distînctîdn enfre les ricbèsses inertes et celles qui sont lè prodiiif de là circulation .
« La richesse nationale, à-t-il dît, consiste non-seiileinént âàhs ia grande înàsse des valeurs qui peuvent être prodùiies dans un pays , mais surtout dans lè inouvemeni productif gênerai, continu et rapiidé de ces valeurs (I). »
a C'est, dit Coquelin, Factivité relative de la circulation qiiî, plus qu'àiicurie circonstance , coiistiiùe la supériorité industrielle de tel où tel pays (2). »
a II serait impossible, aii M. Emile Wbrms , Je procurer à nos besoins iine satisfaction complète sans une circulation fréquente, active de partie des biens, d'où résultent, pour pourvoir à cette dernière, des agents et dès industries qui y correspondent (3). «
C'est dans ce sens c(ue SkàrbeK à raison ie dire qu' u en supposant , dans un pays , un concours de circonstances fàvo-
(1 j Skarbek, Théorie des richesses sociales, t. ^. p. 120 et jsuiv..
i2) Dictionnaire d économie politique, à) Théorie ètpratiqm & ja cîrciuldtién, jii. 8.
rabJes à ht prodil^on dès vàténrà , éUe^ hë ëiHté&erii constitner le bien-être des habitants , s'il } â des eàuses (ftâ lîinitent ou entravent rechange des ptodoîts (1). »
Nons en avons va iin exempté. M. dé Tocqa avilie disait que le canal de Suez servirait surtout aux Grecs , aux Styriens , aux Italiens , aux Dalmatiens et aùt Siciliens. Le canal est percé, à qui sert-il surtout? Aui AnfgFai^. Et pourquoi? Parce que l'Angleterre ai deï cà'pîtàtix flottants qui ; grâce à son système de crédit, pouvéoit cîrct^lèr facilement, viennent se plàcet entre les mains de Tindustrièl et du négociant. Les nations , au contraire, que désignait M. de Td^qtiei/lUe , n'ont pu se procurer de capital pour constmirè léS navireè nécessaires.
Maintenant n'oublions pas que les objets de la circulation sont dés capitaux circtdânts (matières p^emîë^ës et liia'rchandises) et de la monnaie'.
Plus vite la matière [tréinière detrient marchandise, plus vite la marchandise à son toiir rcdèiîetït mâïîère preniifere , plus , en un mot , la circulation est active, et plus rapidement le capital (»itakmt arrive à l'état àé éApkà fitë.
Je supposé, au contraire, que j'aie une machine à vapeur (capital fixe), à laquelle je ne puis donner que la nioitié de la houille qui lui est nécessaire. Qu'est-ce que je fais? Je fais^ dans ce cas , comme l'agriculteur qui ^ n'ayant de capital circulant que pour cultiver la moitié de ses terres ^ laisserait les autres. en jachère. 11 y a une perte nette pour moi de la moitié de l'utilité que pourrait produire ma machine. Cette perte se renouvelle chaque jour, à intérêts composés^
Il en est exactement de même lorsque la circulation est entravée ; le qapital fixe ne rendant pas tout l'effet utile dont il est susceptible, il y a une perte, un déficit constants , au lieu des bénéfices qui auraient servi à reconstituer un nouveau capital fixe.
(I) Théorie des richestet sociaJe$\ liv. JÏ, c^ap. m de l'a ^^ part.
Certes, la conclusion qu'on peut tirer de ces faits est simple.
Puis^que T accroissement du capital fixe dépend uniquement de la rapidité de la circulation du capital circulant, si nous voulons quMl y ait augmentation de richesse dans la nation , il faut par conséquent qu'il n'y ait aucune entrave apportée à la circulation des capitaux circulants.
Au contraire , il faut que cette circulation soit facilitée par tous les moyens possibles. Lui ouvrir les routes toutes grandes^ empêcher que nul obstacle ne se trouve devant elle , telle doit être notre constante préoccupation.
C'est là une considération capitale. Nous devons en tenir un compte d'autant plus grand qu'on l'a plus négligée jusqu'à présent.
Mais on ne se rend pas un compte suffisant de l'effet désastreux que produit tout arrêt dans la circulation.
Une hypothèse va en montrer toutes les conséquences immédiates , que nous pouvons saisir facilement.
Supposons que la circulation soit arrêtée ; que deviendrait la production? Le fer, le coton, le sucre, ne peuvent plus circuler ; on cesse d'en fabriquer; les fabricants ne peuvent plus se procurer d'autre capital circulant, ils ne peuvent plus se procurer de capital fixe avec un capital circulant qui n'existe plus : ils sont ruinés.
Je pousse ici la démonstration à ses dernières conséquences : maïs qu'au lieu de supprimer complètement la circulation du fer, du coton , du sucre, vous vous contentiez de la grever, de l'entraver, vous diminuez par cela même le capital que le fabricant livre à la circulation, et vous l'empêchez de s'en procurer d'autre. Bien plus, par un effet de la tendance constante du capital circulant à devenir capital fixe , vous empêchez ce fabricant de convertir en capital fixe le capital circulant que vous lui enlevez.
Voici donc à quoi vous aboutissez :
1^ Diminution de capital circulant ;
2* Sappression de Peffet utile que ce capital supprimé produit;
3° Suppression du nouveau capital circulant que cet effet utile aurait produit ;
4^ Suppression du capital fixe, résultant de Faccumulation des effets utiles des divers capitaux circulants produits précédemment.
Telle est la série d'effets auxquels aboutit toute entrave apportée à la circulation. Nous pouvons donc dire (1) :