‹ Théorie et application de l'impôt sur le capitalChapitre 55 sur 104 · LA VALEUR · texte numérisé non relu

LA VALEUR

Des définitions de la valear. — Smith. • La valeur d'nsage et la valeur d'échange. > — Ricardo. « La valeur, c'eit le travaiL > — Storch. Senior. »- Erreur de méthode'» «— Rossi. L'utilité des choses. — La valeur est un rapport humain. — MU. Rastiat, Carey, de Fontenay. — » La valeur, c'est l'échange des services. » — « Les agents naturels n'ont pas de valeur. » — Le diamant. — Le Clos-Vougeot. — L'utilité et le besoin. » La valeur eit le rapport de tuttUté au besoin»

LUmpôt doit être assis sur les capitaux fixes au prorata de leur valeur.

Mais qu*est-ce que la valeur ?

Il n*y a pas de terme sur lequel les économistes aient plus discuté. C'est dire quMl n*y a pas de terme dont la signification soit plus discutable. La prétention de la plupart des économistes est d'en donner une définition complètement neuve. Il y a eu des revendications de priorité pour telle et telle définition.

Bastiat disait que a la théorie de la valeur est à F économie politique ce que la numération est à Farithmétique (1). »

Blanqui regardait , au contraire, comme inutile la définition de la valeur. Stuart Mill, en présence des diverses théories suscitées par ce mot, après avoir commencé son chapitre en disant : « Commençons par définir les termes (2) » , déclare avec une certaine hauteur qu'il est inutile d'en - -

(1) Harmoniet économique», ch. v. ^

(2) Principêê ttéeonomie politique, 1. 1, p, 503.

chercher une définition plus précise que celle donnée par Smith.

Trop partisan des définitions rigoureuses pour tomhcr dans une semblable contradiction, je crois qu*il est utile de rechercher le sens exact et précis de ce mot, ballotté entre tant de contradictions.

Smith, qui avait essayé de déterminer le sens du terme a valeur », ne fit qu*embrouiller la question en distinguant deux sortes de valeur.

tt Le mot tt valeur » , dit-il (1), a deux significations différentes : quelquefois il signifie l'utilité d'un objet particulier, et quelquefois il signifie la faculté que donne la possession de cet objet d'en acheter d'autres marchandises.

j> On peut appeler, l'une, valeur en usage, et l'autre, valeur en échange.

a Des choses qui ont la plus grande valeur en usage, n'ont souvent que peu ou point de valeur en échange, et les choses qui ont la plus grande valeur en échange n'ont souvent pas de valeur en usage (2). »

La définition de Smith n'a qu'un inconvénient : elle n'existe pas.

n dit que « la valeur signifie l'utilité d'un objet quelconque. »

Si la valeur signifie l'utilité d'un objet particulier, l'air, l'eau, qui ont la plus grande utilité, devraient avoir la plus grande valeur. Tout- le monde sait que, sauf certaines circonstances exceptionnelles, il n'en est pas ainsi.

Alors Smith, s'apercevant de la contradiction, a introduit le terme « valeur en échange » qui, dans ce cas, détruit le premier, puisqu'il reconnaît lui-même que les deux valeurs sont fréquemment contradictoires.

(1) Rieheste de» nations, t. I, p. 35.

(2) Stuart Mill &it observer avec raison qne cette rëciproqiie n'est pas vraie, l'appréciation de l'nsage étant nne question morale et non économique.

Ric^fdo (1), réfutant Smit(i, considère le travail comme le fondement de la valeur.

Il en résulterait que le labour du Sahara, ne prodoistt-il p^ im grain de blé, donnerait une immense valeur aux sables du désert. Un inventeur du mouvement perpétuel aurait travaillé pendant trente ans à sa machine ai^i ne marcherait p^s ipienx qu'aq premier joi^r. E^ vertu de la définitipn de Ric^rdo, il pourrait .^firo^^r qu'elle n'en a pas moins une grande valeur, quoiqu'elle ne produisît aucun effet utile.

L'erreur de Ricardp vient précisément de la confusion qu'il a faite, et qu'on fait encore tous les jours, entFft le travail et le résultat obtenu, eftfre Tpffort pt l'utiHté.

Storch, pour ne pas commettre la ipêfne faute, place la valeur dans {e jugement, ^e^m la place dans h rareté.

Il y a dir vrai dans toutes ces définitions , aucune cepei^ àmt n'est suffisai^ment pr^ise.

tin lieu de mi borner h délimiter l'apceptiop du termQ « valeur 9 , les économistes ont voulu le revêtir d'un caractère imm«abU)# Obéissani amp idé^9 qui, p^pdant trop longtemps, ont dominé notre logique, ils ont voulu, malgré leurs habitn4e§ d'observatiog , établi]? }|l science» écq^omique SOT un absolu.

Qb n'ont vu qn'up i^fim 4an8 la vdeiiF, tan4îfi que la valinr se pqmppse de plusieurs termes.

Ils ont dit \ l'un, la valeur, c'est l'utile ; l'antre, la valear, c'est le travail; un troisième, la valeur, c-e^t la rareté.

Ils avaient raison partiellement tous ]ps trois. Tous ces éléments entrent en effet dans la copstitution de la valeur ; ipais (a valepr n'est ni l'une ni l'autre 4e ces choses. La valeur n'est pas une entité; elle n'existe pas p^ elle-n^êipe, elle n'est pas une abstraction.

La valeur n'est pas préexistante à l'homme, indépendante de lui; elle n'existe que par rapport à loi.

(1) Prineipei étieonomU politique, ch. l».

l^^es choses {appropriées p$r rhoqime n^ont quç de Tntilité. I«es rapports §^uls ^^$ hoiame^ eptre eux leur dopuent de la valeur.

On ne trafiqy^ pas , on ne marchande pas , on n'échange pa^ avec les agents naturels; les hommes qe trafiquent qu'eqtre eux; la valeur est un rapport humain.

Aîpsi Blosçi (I), reprenant la définition de Smith, se trompait en disant : — <f Un objet est-il propre à satisfaire np§ besoins ? Il y a là pqe valeur. »

No», ïl y a «n^ »tilit.é. Ç'pst rechange qgi déte^minq )a valeur»

J'ai §oif. Voici de F^au. Je ne paye rien à la nature pour me désaltérer. Je i^e paye que si cetfe eau est possédée par quelqu'un.

MM. Bastiat, Capey, Jl. de Fontenay ayant observé ce fait, en popplurent ; — Les utilités fournies par les agents naturels fî'ont pas de valeur. Les services }iumains seuls valent, et Basti^t résume ce ^yçt^pie d^i^s la fori»u)e suivante : — La valeur, p'e^t l'échange des services.

Seulement, Bastiat et ces économistes immatériels pe fai^^ saient pas attentipn que tput service humain se compose de tjrpis élément^ :

l» Les agents naturels qui ont seryi à le rendre ;

2^ L'effort qu'il a nécessité;

3* Le besoin qu'avait 4e ce service celui à qui on l'a rendu ; car tout service implique bçspi».

Ayj^t négligé de décomposer ainsi les éléments dont se compose un service, JflM, Bastiat, fi. de Fontenay ont déclaré que la valeur n'avait pour base que l'effort que le service a coûté ou l'effort que le service a épargné; que la valeur ne s'applique jamais ^ l'utilit^ des çl^osesf , n^ais h l'utilité des services huffiains ; que <; les agents naturels n'ont rien à réclamer cpf^nie yaleur dans l'ioeuvre de la produptioa, y>

Pour soiUeqir Ç6tte thèse, Bastiat a fait les démonstrations

(1) Coun é^économie politique, t. I, ch. III.

les plus brillamment subtiles qu^aît jamais imaginées philosophe, pesant des ailes de papillon dans des toiles d'arai-

Vous trouvez un diamant au bord de la mer. Vous \Fendez très-cher ce diamant. Ce diamant n^a pas de valeur : c'est le service que vous avez rendu qui a de la valeur. »

Mais Bastiat oublie que si je n* avais pas^u ce diamant en ma possession, je n'aurais pas pu rendre ce service. Ce diamant tout seul, sur le rivage, n'avait pas de valeur ; mais la valeur lui a été incorporée dès que deux hommes se sont trouvés en présence, Tun le détenant, l'autre le désirant. Il est bien évident que, s'il n'y avait pas d'hommes, cet objet n'aurait jamais eu de valeur ; mais le service rendu par le détenteur du diamant est attaché au diamant.

M. R. de Fontenay (1), pour soutenir la thèse de Bsislîat, s'écrie : — » Lorsqu'on nous rabattra les oreilles du Clos- Vougeot et de son haut prix, je dirai : — Regardez sur les sommets de la Gôte-d'Or ces entassements de calcaire grisâtre, ces vignes enveloppées comme des cratères des monceaux de pierres qu'elles ont rejetées une à une de leur sein. Le vin que ce travail effrayant arrache au sol ne se vend pas plus de deux ou trois sous la bouteille. Voilà pourquoi le Clos-Vougeot vaut 6 ou 8 fr. — Et pour qui a compris ce que nous venons de dire, cette réponse est péremptoire ! »

J'en demande bien pardon à M. de Fontenay; mais je ne m'incline pas devant cette réponse. Elle est la^ preuve, an contraire, que le même travail produit des résultats absolument différents, selon la qualité des agents naturels auxquels il est appliqué. Voilà des terres qui ont exigé le même labeur, et vous avouez la différence de la valeur de leurs produits. Les unes rapportent du vin à 3 sous' la bouteille , pourquoi ? Parce que , par suite de diverses circonstances physiques, indépendantes de Tindustrie de Thoomie, elles, ne présentent pas la même utilité que le terrain qui, à travail égal,

(1) Du retenu foncier, p. 257.

produit du mn à 8 francs la bouteille. Puisque cette différence existe entre la valeur des produits , vous, ne pouvez pas dire que Futilité du sol, cause de cette différence, n*a pas de valeur. Prétendrez-vous que le haut prix du Clos-Vougeot est une rémunération du travail infructueux qui s'applique aux autres terrains? Mais alors il faudrait que tous les propriétaires en profitassent. Or, le Clos-Vougeot a un propriétaire particulier, et c-est lui seul qui bénéficie de Futilité attachée à rheureuse situation de ce coteau. Dans cette haute rémunération , prétendrez- vous que Facheteur tient compte des efforts infructueux des autres travailleurs ? Il ne s'en inquiète pas. Le clos-vougeot est un vin qui provoque ses désirs. Le propriétaire élèvera le prix^de son vin , non d*après ses frais de production, puisque, dans votre exemple, les vignerons voisins, dont les travaux sont les mêmes, peuvent les couvrir en vendant leur vin 3 sous la bouteille; il les élèvera encore bien moins d'après les frais de production qu'ont coûté le& autres vins de qualité inférieure, mais d'après les offres qu'on lui fera, les autres débouchés assurés à sa marchandise, l'intensité du besoin des consommateurs.

Nous ne pouvons pas séparer Futilité de Fagent naturel du service quHl permet à l'homme de rendre; car, si cet agent naturel n'avait pas eu d'utilité, son possesseur n'eût pu rendre de service.

Mais pour qu'un agent naturel puisse avoir une valeur , il faut forcément qu'il soit possédé. La perle dans Fhùitre, au fond de la mer, n'a pas de valeur. Elle n'a de valeur que lorsqu'elle est entrée dans la maison du pécheur.

L'air, au milieu des. contrées désertes , n'a pas de valeur. Dans une ville , chaque propriétaire de maison possède une certaine quantité d'air ; et une maison bien aérée a plus de valeur qu'une maison enfouie au fond de quelque cul-desac.

L'électricité répandue dans Fatmosphère n'a pas de valeur. Un honune construit une pile, dégage de Félectricité , et si

j*ai besoin de cette électricité, il me la cède h im pri^ de I. Cette électricité a donc nne valcnr.

La valeur étant on rapport hmnain, comme nous Tavom dit, pour qu'wie utilité ait de la valem^, il f{U|t qa*eUe soit possédée.

Selon moi, voici comment elle s'établit : A dit & B: — Toi, ta possèdes nne cbose. Moi , j*en al envie. Cette chose est nne utilité pour moi du moment que j'en ai besoin.

B répond à A : — Toi, tu possèdes une autre chose dont j'ai envie. Cette chose est une utilité pour moi du moment qis j'en ai besoin. Changeons.

Nous n'avons pas à noo^ inquiéter de savoir si cette utilité ou ce besoin ^nt factices ou réels ; si le tabae est nne utililé ; si les dames ont un besoin réel de diamants : 14 n'est pas la question.

Est uHUté, en économie politique , toute ebase que ncvfi désirons.

Bst besoin, tout désir.

On peut donc définir la valeur : le rapport de l'uHlité pot sédée par un homme au besoin d^un autre homme*

Puis les rapports se multiplient. La valeur varie selon l'intensité du besoin et la difficulté de se procurer l'utilité. Obéissant à la grande loi régulatrice de l'offre et de la demande, elle dépend absolument du milieu social.

C'est pour cela que je n'ai jamais compris l'objection qu'on me faisait : — Comment détermineres-youa la valeur du capital ? Qui peut la déterminer ?

Qui? — Tout le monde. Chaque jour n'y a4»il pas des acheteurs et des vendeurs de terres, de constructions ^ de machines , de meubles , etc. , dont les transactions établissent un cours moyen selon les pays, les régions, les milieux? |

Voilà la détermination de la valeur. Elle n'a rien d'arbrtraire; elle découle des faits. i

La valeur suit le niveau de l'offre et de la demande. Elle I baisse avec l'offre : eQe monte avec la demande.

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