‹ Théorie et application de l'impôt sur le capitalChapitre 70 sur 104 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

l'impôt sur le capital kt la production nationale.

Lt prodaction nationale et la liberté da travaiL — La population. — L'impôt snr le capital et ramortissement de nos dettea. — Rapport de l'impôt avec l'augmentation dn capital. — Dégrèvement dn capital.

Les lecteurs qui ont bien voulu me suivre à travers les développements de ma thèse, ont maintenant sous les yeux tous les éléments de la question. Il ne me reste plus qu*à mettre en. relief et à montrer certaines conséquences de Timpôt sur le capital.

Le principe de la liberté dn travail a été proclamé dans la nuit du 4 août. C'est encore un de ces principes de 1789 que nul n'oserait contester en théorie, et qui, cependant, à chaque instant, sont violés dans la pratique de nos lois. .

Nous avons constaté que tous les impôts sur la circulation, sur les consommations et sur les revenus, avaient le grave inponvénient de porter atteinte à la liberté du travail.

Sous l'ancien régime protectionniste, cela n'eût pas para un inconvénient à beaucoup de gens. On ne se rendait pas compte alors des nécessités de la production. A la loi naturelle de l'offre et de la demande, on avait voulu substituer des lois factices. Au lieu de laisser couler le fleuve, on l'avait coupé de barrages. Chaque industrie réclamait le barrage le plus haut. Elle élevait le prix selon l'échelle de hausse que lui donnait le gouvernement. Le consommateur payait en proportion.

On s'est aperçu enfin que, tout le monde étant consoaunateur, cette protection finissait par retomber sur ceux -là

mêmes qui croyaient en profiter. Seulement, elle retombait d'une manière inégale. Il y avait des favorisés, et il y avait des victimes. Les tarifs des douanes étaient responsables de ces inégalités.

Avec ce beau système, on arrivait à ceci : c'est qu'on faisait subsister en serre chaude des industries qui n'étaient pas viables. On partait de ce vieux préjugé, qu'il faut qu'une nation se suffise à elle-même. Il y a encore de vieux agriculteurs routiniers qui disent qu'une ferme doit se suffire à ellemême. Us voudraient faire produire du blé à des terres qui seraient bonnes pour la culture des oliviers.

On aboutissait à une machine fort compliquée qui marchait avec une énorme perte de force. Tout le monde se plaignait. Chacun demandait des faveurs au gouvernement.

Les industriels, au lieu de s'occuper d'améliorer leur production, passaient leur vie dans les antichambres des ministères à solliciter des augmentations de tarifs. C'était le socialisme bourgeois.

Le gouvernement a enfin compris ce que ne cessaient de lui dire les économistes : c'est qu'il aurait beau foire, il ne parviendrait pas impunément à violer la loi de l'offre et de la demande, et qu'il devait renoncer complètement à la prétention de diriger l'industrie. Un gouvernement, quel qu'il soit , a toujours une tendance à augmenter ses attributions, et se résigne difficilement à les diminuer. La lutte fut longue ; elle existe encore. Nous Pavons vue, il y a deux ans, se reproduire d'une manière détournée à la tribune, à propos de l'impôt sur les matières premières. Cependant le principe de la liberté du travail est définitivement acquis. Après quarante ans de propagande incessante, les économistes ont conquis ce progrès: et c'est pour cela que l'œuvre des Say, des Dunoyer, des Bastiat, etc., au milieu de leurs incertitudes et de leurs erreurs, doit être considérée comme une des plus utiles de ce siècle.

Mais ce qui m'a vivement frappé, c'est que ces auteurs, dans leurs campagnes en faveur de la liberté du travail, n'ont

pas- cMipris qv'elle éiait intÛBMMnfc liée à ForgpmustiM fiscale de la natt^m. Celait bien, de récbmer la Uberté 4m ichanges, la sappreftsioo des dooaaea sur ttos frantières.; nais, par une conséquence logique, ne devaient-Ua > pa& rè^ clamer la «ippreasion de not doaanefi intérieiiBCB^, denes octiToîs, de nos eontribntione inditectoiy et méoM à^ nestioirpôla-dîrectSy si iBégalemeot. répartis?

Je sais bien que Say a viveiaeniaÉtaqué les conteilimtâeB. indirectes ; que Bastial a fait. un. exceÛent discours: oonCn Timpôt sur les boissens. RMsy toutefois, Ifr question fiscd» ne venait qu'en seconde li^e. dansi leurs pvéocefipaAiona.. Iis> n*oaaient se prononcer avec asse» dedéeision, paroe qu'ils ne pouvaient indiquer une véforise avec aaseï de précisiom.

La réforme de Timpàt est cepedbntla conaéquence: forcée de leur cBuvre. Tant qu'il y aura inégalilé dans, la répartilîon des impôls, ea principe, la* libmté <ki travail. peuma éti* m^ connue.; en pratique, elle ne sera qik'uB vain iiiet«

Je suis convaincu que la plupart avaient eairevu lariiéscs* sité d'arriver à réaUser ce progrès ; meia, seulement ils tâtonnaient, ils cbercbaieat, ils ne trouvaient pas la solution, parée qu'ils étaient butés à l'idée de l'impôt sur le rwena. Ils. en apercevaient tous les. ineomréiiients, .e6 alors ils 8e.di-* saient : ,11 b^ vaut pas beaucoup mieu&qve les aulffes.;.il:pré(^ sente des impossibilités d'apipliealioa. ftscommmdeBS' ma gouvernements de faire des économiesi poor atténuen les ncce« des impôts, existants, et laissons daas rombee la. léfiDrme. fiscale.

Malgré les reconftmandationsi des*' économistes ,, les gpavei^ nements, loin de faircr des économies^ n'ont pas cassé d'augmenter leurs dépenses. Les vices des impôts diéj^. existants se sontvaggravés en proportion de.l'aggravaitioB des< impôts.; et maintenant, la réforme^ fiscale est devenne Isi première des questions économiques. Gbaque événement la met . L l'^oyrdre. du jour avec une nouvelle énergie. L'intérêt de notre agrieiil'T> ture, de notre industrie, de notee eoounçDoce, exige une soltt* tion. rigide.

«Or, ^*on Hse toms les articles de revues «m de joumaoK ; qu'on étudie toutes les discusa«N» qui se sont produites, ^ui se produiseot chaque jour à la tribniie, depuis la gverve, les ^livres et les broefaunes innomlyràbles qui ont été publiés sur celte question, on trofirera, ou bien des utopies, ou bien tous les vieux> ai^umevls qui ont >trAiné> dans les disouBsîons depuis 1789, les aveux les ûkis navrants, use absence omir plète de tout plan d'^asembleet un empirisme prétentieux. Mais partout , aussi bien dans les utopies que dans les 'larmbcnnx d*impôt8 que propose le gouvernement et que vote rftMemblée, on retrouve le même inconvéaieiit, le même vice : la -vicdation 4e'la liberté 'Au travail.

L'iHip6tsar le capital^ au eontraire, et «'est là «se considémtioB de premier ordre, sur laquelle je ne saurais trop appder r attention, non-eeulemeitt dégage oonplétement la liberlé individuelle du «itoyen, i9n séparant Thomme de la chose, mais ^eneope pose en principe la liberté absolve du travail.

Un capital existe, il doit tant, au prorata de sa valeur, saifs qa'il y ait de distinction entre 'capitaux d'espëees différentes : FeMinàlion est faite. Le propriétaire du capital sait que, par douBiëmes, il doit une eomme de tant ; voilà tout. En- dehors de ceMe (fharge, il est complètement libre. Plus d'entraves. Il peut produire comme bon lui semble. Ses produits peuvent dreuler partout sanrs jamais rencontrer le fisc.

En ce moment, plus 'le producteur produit, plus ses* charges «agmenteett. An eontraire, avec le système ée Fimpôt sur le oa^ftàl fixe, pku il fait produire 'à son t^pital %xey plus Fimpôt ^diminue par rapport 'à lui, puisqu'il est réparti sur une plus grande somme de production. En 'ce moment, '^Fimpôt est un frein : Fimpôt sur le capital jera tm stimulant.

Et c'est là le but qu'il faut poursuivre, comme nousTavons démontré. L'augmentation du capital d'un pays par Fépargne serait insignifiante. La production -a. lieu en raison géométrique de la rapidité de la circulation. Disposer la machine

économique de manière que cette rapidité atteigne son maximum : tel est le but que nous devons atteindre.

Beaucoup de personnes ne le comprennent pas encore en France. Nous connaissons très-bien Tépargne. On en est encore, chez nous, aux procédés économiques d*Harpagon et de sa cassette, du vieux bas et de la tirelire. On regarde « Téconomie » comme la première vertu.

C'est là une vertu paresseuse, une vertu négktive : la première vertu, c'est le travail.

Les Américains Tout bien compris. De là leur puissance.

tt Le désir de s'enrichir par le travail, et non par l'épargne, est un trait distinctif de cette race, » disait M. Maléiieux (1).

Le défaut qu'on a, en France, de chercher la richesse dans l'épargne et non dans la production, défaut qui tient à une certaine apathie intellectuelle, à une résignation trop facile, à une timidité fainéante, n'est pas sans influence sur la manière dont nous envisageons les impôts, et surtout l'impôt sur le capital.

L'impôt sur le capital ! mais c'est l'impôt sur l'épargne, dit-on. £t moi je réponds : — Oai? mais c'est la liberté de l'épargne ! c'est la liberté du travail! c'est la liberté de la circulation ! et c'est précisément là ce qui fait son mérite.

Je dois relever à ce sujet l'objection suivante de M. fionamy Prîce ; c'est une de celles qui m'ont le plus surprb.

tt Et quels seraient, s'écrie-t-il, les résultats certains, inévitables, d^une pareille pratique? Moins de prudence dans les unions conjugales, plus d'enfants voués à la charge publique, et destinés, pour le plus grand nombre, à faire des pauvres dans le sens du mot légal. »

Certes, je, l'avoue, j'espère que l'impôt sur le capital développera la population de la France.

Je ne m'occupe pas de l'année 1870, année de guerre et

(1) Lu Travaux puhUet aux Étatt^Unit.

d* invasion ; je ne m* occupe que du mouvement^de la population des années précédentes.

Tandis qu^en Angleterre, 1,000 habitants de quinze à soixante ans fournissent en moyenne 61 naissances, en France, ils en fournissent 42 seulement.

Cette différence s* accentue tous les jours de plus en plus. Au commencement du siècle, la France comptait annuellement environ 37 naissances par 1,000 habitants de tout âge ; aujourd'hui, elle en compte 26 ; il y en a 35. en Angleterre.

La mortalité est, au contraire, à peu près identique chez les deux nations : 23 p. 100. La nation française est la moins prolifique de FEurope. La Prusse et l'Angleterre le sont le plus. Cependant nous n'avons que 70 habitants par kilomètre carré ; les Anglais en comptent 133 (1).

Diaprés le mouvement de la population, en 1869, elle ne tend, en France, à doubler que tous les 330 ans.

Évidemment, loin de nous plaindre de l'excès de la population, nous devons désirer qu'elle augmente.

Mais si la loi de Malthus est fausse, il y a cependant une vérité positive : c'est que Tenfant vit sur un capital, et qu'il faut un capital pour élever l'enfant. Partout où il y a excès de population par rapport au capital, la misère rétablit l' équilibre, et évidemment ce n'est pas la peine de mettre des enfants an monde, s'ils doivent périr.

Mais il faut retourner la question.

En ce moment, l'impôt dévore tout ce que l'homme vivant de son salaire pourrait épargner. L*imp6t frappe donc la partie du capital que ce salarié pourrait employer à élever ses enfants. S'il est prudent, s'il a peur de la misère, il obéit « au moral restreint » de Malthus.

L'impôt sur le capital lui fait crédit, au contraice. Alors, il peut consacrer à élever ses enfants la part que l'impôt prend

(1) Doctear Bertfllon, Ahnanaeh de VEneyehpédie générale, 1870, P»8e 49.

actuellement. C'est le capital qu'il met i lenr dUspositûm {MHir assurer leur éducation jusqu'à ce qu'ils soiient en éUi de produire à leur tour. £a ce moment, Tinipôt sur les oonsonimatiofis détruit précisément ee capitd.

LMmpôt sur le capital favorise donc Taugmeniallkm èe la population, comme Tairait fort bien tu M. Bonamy Price. Mais je prends son objection, et je m'en fais un argumeirt.

L'impôt sur le capital exercera auesi une inflaenee anar logue sur les petits propriétaires, qui, au lieu de s^mgéoîeri tirer un parti utile de leur capital, ne songent qu'à le lai&ser plus ou moins diminué à leurs enfants. Ils comprendront qat le but à atteindre n'est pas de léguer un eapital plus ou moin» improductif h leurs héritiers, mais de faire produise le phtf possible au capital fixe qu'ils possèdent.

Je le disais, du reste, dans la Réforme fiscale (1) :

(c La terre a été trop considérée comme un fonds de plao^' ment ; c'est avant tout un instrument de tnavaii. » L^impî^sor le capital livrera à la terre des capitaux circulants dont elle manque en ce moment, et tendrft partout à substituer la culture la plus intensive possible aux procédés rx)utiniers etcoî^ teux qui placent notre agriculture, sauf quelques départemenls, dans une position si inférieure i l'agrioulture anglai^e^

Depuis longtemps aussi, nos gouvernements ont pris V)u^ bitude de solder leurs budgets à Faide d'emprunts, chargeaiit ainsi indéfiniment l'avenir. Il y a dans cette conduite une sorte de lâcheté. On se décharge du fardeau de ses fautes ; on le fait supporter par les générations futures. On parle bien d'amortissement ; mais on n'a recours qu'à un amortissemeit factice.

L'impôt sur le capital aura le grand avantage dfi mettre fia à cette situation.

Le capital augmentant en raison de la liberté de la drcnlation, l'impôt pourra augmenter sans lui faire subir une charge plus lourde.

(1) Édition in-8», page 130.

Les frais généraux de la Franee 8<»nt énormes ; ils ne m'effrayent pas cependant, car ils diminuent proportionnellement à ravgmentalion de la prodaetion.

Je le disais dernièrement (1) :

tt Mors même que les frais généraux de la France augnuenteraienl, qu'importe si les revenus de la France doublent et quadruplent ?

u Si nous pouvions produire 30 milliards au lieu de IS, quHmporte que nous payions 4 milliards au lieu de 3 ! Si, de 15 milliards, nous prélevons 3 milliards, il reste 12 ; si de 30 nous prélevons 4, il reste â6 ; le revenu net du pays se sera ainsi accru de 14 milliards. Donc ce serait un bien faible sacrifice pour un pareil résultat. £t agir ainsi, ne serait-ce pas se comporter en bos commerçant?

« Caries, je ne suis pas partisan des dépenses inutiles ; au contraire, il faut que les budgets ne soient employés qu'à des dépenses reproductives, autant que possible. Mais ce que je veiBE èum constater, c'est que nous avons moins à nous prèeccuper die leur augmentation que du développement de notre îttduatrie.

« Nous avons moins à nous préoccafyer du chiffre de l'impôt que des entraves que sa répartition et sa perception peuvent apporter à la production. «

Mettez le capital du pays dans le plateau d'une baiavce ; mettez l'impôt dans l'autre. Au fur et à mesure que le capiial «ngmealera, l'impôt pèsera muâms par rapport à Lui.

Si }e dis : — C'est par l'augmentation de la production qu'un peuple s'enrichit, je parais dire une naïveté. Tant mieux! Mais alors, dirai-je à nos législateurs, si vous êtes si CKmvaincus de cette vérité, pourquoi agissez-vous donc eomaie si vous, étiez absolument convaincus du contraire?

Ei il faut bien l'avouer, il y a encore de braves gens qui, contondant deux idées absolument distinctes, ne sont paa «onmaincas de cette vérité qui parait cependant si évidente.

(1) CtoiiféÊWKe sur la. rifonmJUcaUf page 7.

Q y a encore des gens qui diraient avec Golbert :

« Je cherclie, — disait ce ministre à un homme qui, ayant inventé une machine propre à faire avec un ouvrier le travail de dix, était venu la lui présenter, — je cherche les moyens d* occuper le peuple suivant ses facultés, afin de le faire i^vre doucement de son travail , et non celui de ravir au peuple le peu d^ occupation qu'il possède. Portez votre invention ailleurs. »

Il y a encore des gens qui disent avec M. de Saint-Crîcq :

« La production surabonde. »

Ou avec le maréchal Bugeaud :

« Que le pain soit cher, et ragriculteiïr sera riche ! »

Ils diraient volontiers avec M. Saint-Chamans :

« Bénissons les obstacles que la cherté du combustible oppose chez nous à la multiplicité des machines à vapeur. »

Ou bien encore :

K Melon cite le chevalier Petty, qui regarde cpmme profit de la nation le travail pour le rétablissement des édifices de Londres, après le fameux incendie qui en consuma les deox tiers, et il apprécie le profit à un million sterling par an (valeur de 1866), pendant quatre années, sans que cela ait altéré en rien les autres commerces. Sans regarder comme bien assurée l'évaluation de ce profit à une somme fixe, il est certain que cet événement n*a pas eu une influence fâcheuse sur la richesse anglaise à cette époque... Le résultat do chevalier Petty n*est pas impossible, puisque la nécessité de rebâtir Londres a dû créer une immense quantité de nouveaux revenus. »

Ces braves gens confondent deux choses : ils croient que c^est le travail, Teffort qui fait la richesse d'un peuple, tandb que c'est l'abondance des utilités qui constitue sa richesse.

Ils ne se doutent pas, ces braves gens, qu'ils font l'apologie de la disette, et qu'ils sont les apôtres de la mis^e. Sans le savoir, ils ont pour idéal le bonheur des naturels de la Terre de Feu.

Ils ont toujours peur d'une chose : l'excès de production.

Et ils disent : — Mais est-ce que les crises commerciales ne proviennent pas de T excès de la production sur la consommation ?

Us oublient un des termes du problème.

A coup sûr, ce ne sont pas les consommateurs qui manquent aux produits utiles à Fhomme que s^efforce de fabriquer Findustrie.

Chacun voudrait consommer à son aise toutes les utilités possibles; et c'est cette idée que chacun exprime en disant : — Que je voudrais bien être riche !

Si la production excède donc la consommation, ce n'est pas le consommateur qui manque, c'est le pouvoir de consommer qui fait défaut.

Et qu'est-ce que le pouvoir de consommer ? C'est la somme des utilités à échanger contre les utilités dont on a besoin.

La fortune d'un négociant, c'est la richesse de sa clientèle, c'est-à-dire la faculté d'acheter.

Si une industrie produit en excédant des autres, les autres ne peuvent échanger leurs produits avec elle. De même, pour un pays.

Comment rétablir l'équilibre? Les apôtres de la misère, les apologistes de la disette diraient : — Il faut empêcher cette industrie de produire autant.

Ils ne s'aperçoivent pas que si on essaye de diminuer la crise en restreignant la production, on l'aggrave; car, plus la production diminue, moins il y a d'utilités à échanger contre d'autres utilités.

Pour supprimer l'excès de production, que faut-il? Développer la puissance de consommation, et cette puissance de consommation représente elle-même la production.

Que faut-il encore? Mettre le plus facilement possible à portée du consommateur l'objet qui lui est utile; en un mot, ouvrir des débouchés ; faciliter la circulation et le crédit, de manière à élever le niveau de la production au lieu de l'abaisser.

-— U ne s^agk pas de raccourcir les kabîts : il â^«gît allonger les vestes, disait Gamiep-Pagès aîné, pairl«iii àtè moyens d^ établir Téquilibre politique.

Il en est exactement de même pour rétablir l'équilibre économique.

Le travail , Keffort n^est pas le bien : o^est le mal au ODntraire, comme Ta fort bien démontré Bastiat.

Sismondi prétendait qu^une mécanique tournée par un bomme qui ferait tout le travail d^nn pays le ruinerait. Nohs, au contraire, nous cherchons à nous mettre en possesaioii de cette manivelle, afin d* obtenir le maximum d'utilité asiec un miniuiam d'efforts%

Motre bot, le but de la science,, le but de toutes les insen^ tions, le but de la physique, de la mécanique, de la chimie, de toutes les applications de la science, est de substituée partout, le travail intellectuel au travail musculaire,

A mesure que cette substitution se fait, la valeur èà rhomme augmente , en même temps i|ue le pris des choses diminue. Le salaire s^ élève et s'abaisse proportionnellemeat à Futilité de Finstrument que le travailleur met en œu^re.

Podoquoi ? Parce qu^un mécanicien de chemin de fer fui Iraine à lui seul, avec un peu de houille, 40 ou 50 tonne», à une vitesse de 30, 40, 50 kilomètres, rend un service qn^cm me peut comparer à celui qu*il pourrait rendre s'il était rééuit à employer sa force musculaire pour traîner lui-Huême ca favdeau.

Le mécanicien est payé plus cher que s'il traînait une brouette, et en même temps le service qu'il rend est payé moins cher qiie s'il était rendu à F aide de la brouette.

En 1769, Arkwright prit son premier brevet d'invention pour sa machine à filer. Il y avait alors en Angleterre 5,200 fileuses au petit rouet, et 2,700 tisseurs, en tout 7,900 personnes employées à la fabrication des étoffes (1).

(1) Michel Chevalier, Court é^éeonomie politique, i, i, p. 354 et siitv.

Des ^cooIftîoKS' se lormèrcBi contre sa machine » et cottftre celle de Hargreaires ; U iiit obligé de prendre successiveatent plusiHars brettsts.

La machine àTrapeiir de Watt, qn devant généraliser Fem*pi^Â da métier d^Arkwrighl, ne fut inventée qu^en 1774, et ce ne fut qé*ewt 1775 tm 1777, que ks Matures de coton mues par la vapeur cooimenc^reiiit à se répandre dans le Roytfmne- Uni.

En Î787, une enqné*e du Parlement constata ^ue le nombre des ouvriers avait atteint le chiffre de 320,000, soit 4,400 pour 100 d'augmentation.

Depuis, les machines ont été perfectionnées, le même travail a esigé moins de bras, le nombre des ouvriers progresse toujours.

M. Baines, dans ses Documents statistiques ^ établit qu'en 1833, il y avait dans le Royaume-Uni 237,000 ouvriers employés à la filature et au tissage à la mécanique, et 250,000 tisserands à la main ; en tout, 487,000 personnes employées seulement à la filature et au tissage des étoffes de coton.

En comptant les ouvriers employés aux industries latérales, à Fimpression des étoffes, etc., M. Baines obtient le chiffre.de 800,000 ouvriers.

La mécanique appliquée à Findustrie cotonnière , qui devait ruiner 7,900 fileurs, donnait, en 1833, la subsistance à 2miUions de personnes, en tenant compte de la répercussion du chiffre de 800,000 ouvriers.

Depuis 1833, les mêmes causes ont produit les mêmes effets. Le nombre d^individus qui vivent de Findustrie cotonnière n'est pas moindre de 2,500,000.

Les salaires ont haussé. En 1769, une fileuse gagnait 20 sous par jour. Le capital dépensé en salaires était , en 1769> de 3 à 4 millions ; en 1833, il s'élevait à 455 millions pour les 800,000 ouvriers des manufactures.

Le salaire &'élève ou s'abaisse proportionnellement à l'utilité de Finsêmment que Fonvriier peut mettre en œuvre, et en

même temps que F ouvrier gagne, le capitaliste gagne ^ car il retire une plus grande utilité du travail de Touvrîer.

Qu^ est-ce que Tinstrument ? C^est un capital fixe. Plus le capital ûxe augmente, moins Thoaune a besoin d'efforts corporels, plus il peut obtenir d*effet utile du capital circulant, plus il a de valeur, car plus il a de moyens d'action.

Et c^est ici que la science économique doit se faire Fauxiliaire des sciences physique, chimique, mécanique, naturelle. Tandis , qu'elles cherchent les moyens de mettre entre les mains de l'homme les instruments les plus perfectionnés, la science économique doit chercher les moyens de lui permettre d'acquérir le plus facilement possible la plus grande somme de capitaux fixes.

Or, comme nous l'avons démontré, plus la circulation est rapide, plus vite les capitaux circulants sont convertis en capitaux fixes.

£t ici se trouve l'explication d'un problème qui a tourmenté très-fort les économistes, et qui a servi à Proudhon de prétexte à ses Contr<idictions économiques.

On avait remarqué ceci : — C'est qu'au fur et à mesure que les capitaux circulants augmentaient, ils diminuaient de valeur ; et alors Proudhon s'écriait : — u Je somme donc tout économiste sérieux de me dire, autrement qu'en traduisant ou en répétant la question|, par quelle cause la valeur décroît à mesure que la production augmente, et réciproquement qu'est-ce qui fait grandir cette même valeur à mesure que le produit diminue (1). »

Là-dessus, il a entassé deux volumes pour démontrer que puisqu'à mesure que la production augmeifte la valeur décroît, la richesse augmente en raison inverse de la production.

C'était une subtilité : mais cette subtilité a embarrassé bien des gens. Quant à moi, elle me sert pour achever de démcmtrer les avantages de l'impôt sur le capital. " \ • ... , , »

(1) Contradictions éamomiquet ch II, p. 64, ëdii iii-l&

Placez tous les capitaux circulants et tous les capitaux fixe^ qui existent sur la terre dans les deux plateaux d^une balance. Si le plateau qui contient les capitaux circulants est surchargé, le plateau qui contient les capitaux fixes s'élèvera.

Il en est exactement de même dans les phénomènes de la richesse nationale. Doublez les capitaux circulants, la valeur des capitaux fixes double; la terre qui aujourd*hi# vaut 50,000 francs en vaudra demain 100,000, et ainsi de suite.

£n même temps, plus les capitaux fixes produisent de capitaux circulants, plus ceux-ci ont une tendance à diminuer de valeur ; et nous arrivons à Ce résultat : La valeur des capitaux fixes est en raison directe de l'abondance des capitaux circulants, et la valeur des capitaux circulants est en raison inverse de l'utilité des capitaux fixes.

C'est pour n'avoir pas vu ce double jeu des capitaux fixes et des capitaux circulants que tant d'économistes ont été embarrassés par la question de Proudhon et qu'ils ont opposé Tune à l'autre la valeur en usage et la valeur en échange, en arrivant à ce résultat fantastique, c'est que la richesse étantla valeur, plus la valeur en usage devenait grande, plus la valeur en échange diminuait. Résultat i — Plus on est riche, plus on devient pauvre.

Il y avait là une erreur capitale et que résout la loi que nous venons de formuler. En même temps, cette loi achève de démontrer la nécessité de baser l'impôt sur le capital fixe.

Si vous le basez sur le capital circulant, en effet, le capital circulant, ayant toujours, par son abondance, une tendance à diminuer de valeur, vous donnez à l'impôt une assiette qui se dérobe sous lui.

Comme la valeur des capitaux fixes croît en rtiison directe de l'accroissement des capitaux circulants, en frappant ceux-ci vous empêchez l'augmentation de la valeur des capitaux fixes.

Si, au contraire, vous laissez toute liberté aux capitaux circulants, comme la production de ceux-ci augmente en raison géométrique de la rapidité delà circulation, vous élevez proportionnellement la valeur des capitaux fixes.

— sa» —

PlaS: TOttft allez, plus Vàsûtiie de rîmpôt s'élargU, fMS la force des choses, et moins il pèse wr les capitaux fixes»

En même temps , comme rudliéé des capâtaux^ fixes augmente, en raison géométrique de la rapidité de la civculatîm, rionpôt sur le capital contribue, en assurant la liberté de cette*-ei , à en augmenter la valeur.

£n#n mot, Tioipât sur le capital aboutit à ceci : — Bou marché des capitaux eirculanta, pÂus-vakie des capitaux fixesw

Les détentean de& capitaw fixes sont donc les plus inlénessés à laisser teote liberté à la drcnlation des capitaux eip* eukBts ; ce n'est pas un paradoxe pour eux que de dire : — Us f^envicbiroai en payant rimpét^

Les lignes qui précèdent résument i'ntilké de ce livre : il dît «aux lé^gislateurs., aux gouvernants t — Il faut que Timpôt ne aoit jeûnais une entrave à la civcuktien, car toute entrave k hi cîrcidatian frappe la production es raison géométrique.

il faut que l'impôt fasse crédit aux capitaux circulants, afin qu'ils puissent se multiplier et se convertir le plna tftt possible et sur k plus large échelle en capitaux fixes.

Richesse a pour étymologte le oiot aUemand : Reick^ <pù signifie puissance.

Les juifs avaient inventé TÉden ; les anciens plaçaient Fâge d'or derrière eux. Saint-Simon est venu qui a dit^ ^rès Condorcet : — L'âge d'or n'est pas derrière nous, il estde^ Tant nous.

Cet âge d'or n'est pas évidenament celui que rèvmEBk Ws anciens. Commie ils> ne pouvaient proportionner leur idéal qu'à leurs ressources, il était de beaucoup inlériewr au nôtre.

Nous ne rêvons pas un jardin des Hespérides ; nous ne rêvons mén^e pas , nous ! Nous avons devant nous un b«t déterminé, et nous nous efforçons de l'atteindre k l'aide de la science, à l'aide de connaissances posiitives.

Ce que nous voulons , c'est la substitution dis l'activité iateliectuelle à l'effort musculaire.

Ce que nous voulons, c'est la satisfaction rapide et imn^édiatedu besoin.

Ce que nous voulons^ c'est la réduction de ces deux grands obstacles, l'espace et le temps.

Ce que nous voulons , c'est l'appropriation par l'homme de tous les agents naturels.

Ce que nous voulons , c'est obtenir le maximum d^tilité avec le minimum d'effort.

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