CHAPITRE V
La division des pouvoirs. — Observation.
L'État moderne l'emporte de beaucoup sur l'ancien par la^ composition de sa législature. L'antiquité avait bien reconnu que la nation entière doit participer à la confection des lois et se manifester dans le corps législatif; mais elle la rassemblait comme on ferait des bourgeois d'une ville, et la faisait agir directement.
La forme des assemblées populaires des Grecs était relativement grossière : la foule confuse des citoyens se réunissait sur le Pnyx ou dans le théâtre d'Athènes, chacun y prenait librement la parole, et l'on votait par tête. Les comices romains furent, au contraire, organisés dès l'abord en ordres et en classes, et placés sous la conduite sévère des premiers magistrats*.
Mais ce système avait toujours des vices essentiels. La constitution représentative moderne l'a évité.
1. La réunion et le vote direct des citoyens sont impossibles dans tout État qui passe les bornes d'une ville ou d'une com-
• C'est pour cela que les Romains estimaient davantage les comices centuriatps que les comices par tribus. Cicéron, de Legib., III, 19 : a Descriptus populus censu, ordinibus, setatibus plus adhibet ad suffragium consilii, quam fuse in tribus couvocatus. »
me. L'assemblée populaire d'un État plus considérable est un nsonge ; il en fut ainsi même à Rome, dans les derniers temps la république. Ce système donne en outre une influence nesurée au peuple, ou plutôt à la populace de la capitale. t. Une assemblée si nombreuse et si mêlée est un corps trop rd, apte au plus à faire connaître le sentiment général, à >rouver ou à désapprouver une proposition connue. Elle est apable de délibérer sérieusement sur un projet de loi et de oudre les problèmes plus difficiles de la politique, -•a législation ne peut donc être abandonnée à l'assemblée du :iple que dans de très petits États, et sous la condition de relans habituelles très simples.