‹ Théorie générale de l'étatChapitre 2 sur 118 · VI PREFACE DU TRADUCTEUR · texte numérisé non relu

VI PREFACE DU TRADUCTEUR

le monde un regard aussi serein que profond ; et, sans tomber dans un optimisme exagéré, tout en admirant les grandes choses du passé, il salue avec foi la beauté des destinées à venir.

Toute Tœuvre est conçue à un point de vue général, fréquent chez nos voisins, et dont nous avons trop rarement l'habitude en France*. Aucun de nos auteurs, depuis Montesquieu, n'a traité dans une forme aussi large des lois publiques et de la politique. Ce n'est ni l'Allemagne ni la Prusse que M. Bluntschli va nous faire connaître. Ce qu'il veut étudier, c'est I'État du monde civilisé moderne; ce qu'il veut montrer aussi, c'est le type idéal d'organisation politique auquel nous devons tendre, et vers lequel nous marchons consciemment ou non, volontairement ou malgré nous.

L'histoire, la philosophie, la comparaison scrupuleuse et la savante généralisation de toutes les constitutions politiques du globe, étaient naturellement les flambeaux qui devaient le conduire dans cette étude magistrale. Mais l'auteur appelle en outre à son secours toutes les sciences physiques ou morales qui, de près ou de loin, se rattachent à son sujet; les poètes euxmêmes ne sont point oubliés. Enfin, les langues vivantes n'ont pas de secret pour lui, et il cite dans leur texte, avec choix et bonheur, les grands écrivains de tous les pays de l'Europe. On peut donc dire qu'il marche à la lumière de toutes les connaissances modernes.

collaboration avec plusieurs jurisconsultes; THistoire du droit public depuis le XVI® siècle {Geschichte des Statsrechts, etc.) ; la Théorie élémentaire de l'Etat et les constitutions allemandes (Deutsche Statslehre und die heutige Statenweltj etc.)» ouvrage plus spécialement destiné à TAUemagne, 2* édit. 1880 ; les Etudes psychologiques (Psychologische Studien^ etc.) sur TÉglise et l'Etat; l'Histoire du droit fédéral suisse (Geschichte des schiceizerischen Bundesrcchtes, etc.) depuis les temps les plus reculés jusqu'à la constitution de 1874, 2 vol. dont un de sources, 2® édit., 1875 ; l'Histoire de la ville et du canton de Zurich (Geschichte der Stadt, etc.); le Code civil de Zurich, avec notes et commentaires, par lequel M. Bluntschli est devenu le législateur de son pays natal et de plusieurs cantons suisses; les Idées politiques et religieuses de l'ancienne Asie (Altasiatische Gottes und WeltideeUf etc.) et leur influence sur la vie générale de l'humanité ; etc.

* Aucune de nos Facultés de droit ne possède un cours de droit public général semblable à celui que M. Bluntschli fait à Heidelberg. Aucune d'elles n'a même de chaire spéciale de droit public et constitutionnel français. Il semble que ces hautes questions ne soient que du ressort des journalistes ! [Cette lacune a été en partie comblée depuis 1879. Plusieuis Facultés ont aujourd'hui des cours de droit constitutionnel.]

PRÉFACE DU TRADUCTEUR. vil

La science peut étudier l'État sous deux faces : dans son être

et dans sa vie. La première forme le droit public; la seconde, la politique. L'une est comme Tanatomie de l'organisme social ; l'autre en est la physiologie.

Mais rÉtat réel vit; il unit le droit et la politique ; on ne peut donc les séparer absolument. Aussi, la science générale de TËtat peut-elle, pour plus de clarté, se diviser en trois parties.

La première, sous le nom de théorie générale de l'État, considère l'État dans son ensemble, au double point de vue du droit et de la politique. Base des deux autres, elle doit montrer la notion de TÉtat, ses deux éléments essentiels (la nation et le pays), son origine, son but, ses formes principales, sa souveraineté et la division de ses pouvoirs.

La seconde, ou le droit public général, ne considère plus TÉtat que sous une face, dans son repos. Elle aura naturellement pour objet de peindre l'organisation de chacun des divers pouvoirs, de décrire la structure et les nerfs des organes de TÉtat.

La troisième, ou la. politique, montre au contraire l'État dans son action, dans son mouvement, dans sa vie (comp. p. 2 et 3).

Telles sont aussi les divisions adoptées par l'auteur.

La seconde et la troisième partie de ce vaste ensemble sont encore sous presse ou viennent à peine de paraître en Allemagne*. La première, ou la théorie générale, est tout entière contenue dans ce volume.

M. Bluntschli suit une méthode à la fois philosophique et historique. Il ne craint pas les conceptions idéales, mais il aime à les contrôler par des réalités vivantes. Ses principes sont tantôt directement puisés dans l'âme humaine, tantôt une induction et une synthèse des faits historiques. Mais, presque toujours, il les soumet à la double épreuve de la raison et de l'histoire. Par cette

* Nous écrivions ceci en I8'77. Aujourd'hui, les trois j^arties sont tradu tes et publiées.

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