‹ Théorie générale de l'étatChapitre 3 sur 118 · VIII PRÉFACE DU TRADUCTEUR · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE DU TRADUCTEUR

union féconde, le cadre s'élargit sans rien perdre de sa fermeté. Montesquieu regarde « d'un œil clair et tranquille » ce qui est ou fut. Il en cherche l'esprit et la cause, et trouve mille raisons ingénieuses, profondes ou subtiles, aux innombrables faits dont il se charge. Son œuvre présente des faces si diverses qu'elle résiste à une véritable analyse. Elle a d'admirables généralisations et des citations souvent puériles. Mais en somme, sa méthode est surtout expérimentale. Il ne se demande jamais ce qui devrait être, où nous marchons, quel est le type le plus élevé de l'État. M. Bluntschli va plus loin. L'histoire de la politique lui montre les formes appliquées du droit, de l'État, de la religion, qui ont fait la grandeur ou la faiblesse des nations ; l'histoire de la philosophie lui apprend les notions idéales conçues par la raison. Au milieu de leurs diversités et de leurs erreurs, la philosophie et l'histoire lui révèlent à la fois une conception fondamentale, haute, admirable, souvent obscurcie mais toujours renaissante, brillant au firmament de la vie des plus grands peuples du monde, poursuivie par les premiers penseurs et les premiers politiques, presque réalisée par le grand peuple-roi, et cependant échouée jusqu'à ce jour. Cette haute idée politique, c'est l'organisation du monde sous le gouvernement des meilleurs, le règne du droit, de la justice et de la charité sur la terre entière, la personnification de notre grande humanité dans l'État universel, a l'âme humaine dans un corps humain, v

Certes, nul principe idéal n'est plus en harmonie avec la raison spéculative. Platon déjà s'était écrié que l'État est l'humanité parfaite ! Mais ne faudrait-il y voir qu'une idéologie? Les tentatives avortées du passé ne doivent-elles pas nous en détourner à jamais? Loin de là. Le politique et le philosophe se sont rencontrés dans cette même tendance, et leur union et les résultats obtenus eux-mêmes en démontrent la vérité. Sans doute, le politique n'a pas encore su dégager son action des vues ambitieuses et intéressées, ou bien il s'est élancé vers le but avec des moyens insuffisants et une hâte prématurée. De même, le philosophe tantôt s'est perdu dans des abstractions contraires aux réalités, tantôt a obscurci la notion par un défaut de justice et de charité. D'ailleurs, pour comprendre l'organisation de l'humanité, pour en sentir, non pas seulement la lointaine et obscure possibilité, mais la grandeur, et je dirai presque l'im-

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