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I. — L'humanité, les races d'hommes et les flEtmilles

de peuples.

L'humanité n'a point encore d'organisation commune. L'histoire ne présente guère que des États rassemblant des fractions de l'humanité. Le droit public général doit donc d'abord considérer ces fractions, et déterminer ce qu'est la nation par rapport à l'État et à l'humanité.

La croyance en Yunité de la race humaine est une condition indispensable d'un sentiment religieux élevé. Le christianisme nous appelle tous les enfants de Dieu. L'État civilisé fait égale- , ment un principe de cette unité, et respecte la nature humaine commune même dans les races inférieures.

La différence des races n'en est pas moins importante pour le droit public. L'État, c'est l'ordre, et l'ordre n'est pas possible sans la distinction.

La science n'a pu lever le voile qui couvre l'origine mystérieuse des races. Sont-elles le résultât de créations successives ? Se sont-elles détachées d'une souche originelle unique, et sousc quelles influences? Nous n'en savons rien. Les différences, physiques ou morales, des races principales se montrent dès l'origine de l'histoire connue, et sont demeurées essentiellement les mêmes. Aucune race, il est vrai, ne s'est conservée complètement pure ; des mélanges fréquents ont formé des peuples nouveaux. Mais les différences entre la race blanche, la noirCj la jaune et même la rouge, sont toujours reconnaissables, actives, et cela plus encore dans l'histoire que dans les couleurs, souvent trompeuses. La théorie a souvent nié l'inégalité de Tintelligence des races ; mais on trouverait difficilement un homme qui n'y ait constamment égard dans la vie pratique, et l'histoire du monde témoigne perpétuellement de cette inégalité.

1. Dans les temps primitifs, la race noire éthiopienne^ les peuples delà nuitj comme dit Carus, couvraient probablement, outre la terre d'Afrique, qui semble leur être spécialement destinée, les pays de l'Asie méridionale, et même quelques terres de l'extrême 8ud du continent européen. On ne peut méconnaître la haute antiquité de cette race, la première créée peut-être. Mais jamais elle n'a pu atteindre par ses propres forces à un système un peu avancé de droit et d'État. Elle n'a pas d'histoire. Elle est immédiatement soumise partout où elle rencontre des individus ou des souches de race blanche. Son intelligence est bornée et sa volonté faible, autant que ses sens sont excitables et ses fantaisies déréglées. Enfant par nature, elle semble destinée à être élevée et dominée par les races supérieures.

Dès les temps les plus anciens, les Ariens et les Sémites de wce blanche régnaient sur elle dans l'Egypte et dans les Indes. 1^8 dominations nègres de l'Afrique ne sont encore aujourd'hui que d'arbitraires et capricieuses despoties ; on ne saurait les appeler des États. La religion et la culture mahométane leur fit faire ^ grand pas, spécialement dans le nord de l'Afrique et dans la Nigritie centrale. Mais l'imitation du système impérial français parles noirs d'Haïti, et celle de la république des États-Unis par

les nègres de Libéria, semblent à TEuropéen une sorte de caricature de la vie des peuples policés.

2. La race rouge des souches américaines, les Indiens, présentent au contraire des signes de vieillesse. Ils sont également peu propres à TËtat. Avant la colonisation européenne, l'Amérique renfermait quelque grands États dont la civilisation remarquable était digne de respect. Mais il semble bien que les empires théocratiques du Pérou et de Mexico ont été l'œuvre, non des races indigènes, mais d'émigrants venus du sud et de l'ouest de l'Asie. Les hommes blancs y étaient révérés comme les « iils des dieux ; » les Incas du Pérou sont «les blancs fils du soleil ; » cela indique certainement une origine arienne.

Là où les Indiens furent de nouveau abandonnés à eux-mêmes, ils redevinrent bientôt sauvages, chasseurs, et se rompirent en faibles groupes. Leurs républiques de tribus n'ont aucun territoire fixe, aucune institution certaine ; ce sont des associations de chasseurs, ce ne sont pas des États. Les hommes pris individuellement vivent dans une indépendance farouche ; mais le lien qui les unit est grossier et inflexible. Ils ne peuvent opposer d'obstacles sérieux au progrès de la colonisation des blancs ; ils sont repoussés ou détruits.

3. La race jaune, dont VAsie est demeurée la patrie, a deux branches principales, le type brun des Malais et le type clair des Finois mongoliques ; celui-ci a produit des princes, des hommes d'État, des généraux distingués. Une fraction de la race jaune est demeurée nomac^é pendant des siècles et même jusqu'à nos jours, notamment au centre de l'Asie ; l'autre a fondé de grands États. Cette race, plus grossière à l'ouest, plus humaine à l'orient, se rapproche davantage de la race caucasique que des Nègres et des Indiens, et s'est de bonne heure mêlée aux races blanches, surtout dans ses classes élevées. Les Chinois et les Japonais sont allés plus loin dans la voie de la civilisation que les Huns ou les Turcs. Us sont les auteurs d'une philosophie du droit public ; ils ont su, même avant les peuples ariens, préférer la culture à la barbarie, le mérite personnel au rang de la naissance ; ils ont fait beaucoup pour l'agriculture, les métiers.

les arts et la police. Mais ils n*ont pas su dégager le droit des préceptes moraux, des considérations de la vie de famille et de la tutelle des incapables. Leur gouvernement a un caractère bienveillant, mais souvent despotique. Le sentiment de Thonneury estnul, et la liberté du peuple à Tétat d'enfance.

4. Au-dessus de toutes ces races, s'élève la race blanche des peuples caucasiques ou iraniens, les peuples du jour, comme dit Carus, par opposition aux peuples de la nuit et aux peuples du crépuscule (du soir et du matin) ; les enfants du soleil et du ciel, comme disait Tantiquité. Ce sont, avant tout, les peuples de Thistoire ; ils font les destins du monde. Toutes les religions élevées ont été révélées par des hommes de cette race ; presque toute la philosophie est son œuvre. Dans sa rencontre avec les autres races, elle sort toujours victorieuse et maîtresse. Toute forme élevée d'Ëtat est née sous son impulsion. C*est à son ifitelligence et à son énergie que nous devons, après Dieu, la civilisation la plus noble, le développement le plus élevé de l'esprit humain.

Les peuples du jour se divisent en deux grandes familles : les sémitiques et les ariens (indo-germaniques). Les premiers se distinguent par leur mission religieuse ; nous leur devons la religion juive, le christianisme et l'islamisme. Ils sont moins bien doués pour l'Ëtat. La famille arienne, dont la langue est également la plus riche pour la forme et pour la pensée, s'empare d'emblée du premier rang dans l'histoire politique et la culture du droit. Elle a fait de l'Europe sa véritable patrie ; elle y a formé et mûri son mâle esprit public ; ses hautes qualités l'appellent à conduire politiquement les nations, et à consommer l'organisation de l'humanité.

Ainsi, nous envisageons la différence des races humaines comme l'œuvre, non de l'histoire, mais de la nature créatrice, comme des variétés naturelles de Vhumanilè, Il en est autrement des peuples o) qui partagent une même race, ou qui se sont

û) L'auteur se sert dans tout cet alinéa du mot Volk; nous avons traduit * peuple, > parce qu'il s'agit plutôt ici d'un rapport de culture ou d'origine. Gomp. tn/rd, ch. ii.

formés par le mélange des races. Les peuples sont les membre historiques de Thumanité et de ses races. Certains peuples pri mitifs se montrent, il est vrai, dès les origines de l'histoire ; leu naissance se perd dans la nuit de Tantiquité. Mais il en es aussi, et en grand nombre, dont Torigine est connue, et nou! sommes autorisés à conclure que les autres se sont formé: d'une manière analogue. L'histoire mêle et sépare, développe e métamorphose ; elle a divisé les races et créé les peuples ; les traits essentiels de ceux-ci se montrent souvent moins dans h conformation physique que dans l'esprit et le caractère, la langue et le droit.

Observcaions. — 1, Prichard {(nVhisioice naturelle du genre humain» traduit en allemand par B. Wagner, Leipzig 1840, 4 parties) s'est occupé surtout des différences des races principales au point de vue de la langue et de la physiologie. A. de Gobineau^ dans son o Essai sur rinégalité des races humaines » (Paris, 1852-1855), recherche plutôt les oppositions politiques. Si intéressantes que soient ces études il reste beaucoup à faire dans les deux sens. L'ouvrage le plus nouveau et le plus complet est celui de M, Th. Waitz, «Anthropologie der Naturvôlker. »

2. L'importance des races au point de vue du droit et de l'État a été pendant longtemps oubliée ou peu appréciée. Gobineau cherche à combler cette lacune, mais souvent, par un excès contraire, il veut tout expliquer par elles. En outre, il donne une importance trop exclusive à Vorigine, à l'influence du sang. Il n'y a pas seulement une rax:e innée — quoique l'origine soit sans contredit la condition primitive et naturelle de la race — il y a aussi une race formée par V éducation ; nous la reconnaissons clairement dans les familles et dans les peuples ; et bien que secondaire et plus dépendante de la liberté humaine, elle a une grande influence sur la formation du droit ; il suffit de songer au clergé catholique dans l'Europe moderne pour se rendre compte de la puissance de l'éducation. De plus, il faut distinguer de la race Vindimdu, et peser l'influence individuelle; elle a peut-être été plus grande que celle des races dans l'histoire générale. Les éclaircissements que Fr. Rohmer donne sur ce point, dans sa « Théorie des partis politiques » (Zurich, 1844), n'ont pas encore été estimés h leur juste valeur.

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