‹ Théorie générale de l'étatChapitre 4 sur 118 · PRÉFACE DU TRADUCTEUR. IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE DU TRADUCTEUR. IX

minence. et la nécessité, ne fallait-il pas que le politique eût appris à connaître ces forces étranges de la nature, qui permettent à rhomme d'affirmer sa pensée aux extrémités du monde sur les ailes de la foudre, de marcher avec la flamme jusque sur les eaux, de supprimer les isthmes et de combler les détroits, d'abaisser et de transporter les montagnes? Ne fallait-il pas également que le philosophe eût pris conscience de Yunité de la race humaine, de l'étroitesse de notre fragile planète, et de l'amour et de la bienveillance que se doivent toutes ces intelligences incorporées^ dans leur mystérieux et splendide isolement, au milieu de l'espace?

Alexandre, Rome, Charlemagne ont échoué! Et qu'importe? Les temps n'étaient pas mûrs, les conceptions imparfaites, les moyens souvent mauvais. Mais l'idée qui existait en germe s'est aujourd'hui dégagée magnifiquement au double flambeau du christianisme et de la science, et la possibilité de la réaliser ne peut plus être mise en doute. Le développement incessant du droit des gens, le nombre et le caractère humain des traités de toutes sortes, le mouvement perpétuel et pacifique des hommes et des choses sur le monde entier, le commerce multiplié, l'établisssement partout facilité, les merveilleuses voies de communication, les expositions universelles, les unions générales des postes, des télégraphes et même des monnaies, les arbitrages internationaux, les congrès européens, et tant d'autres institutions publiques ou privées dont les vastes bras s'étendent sur tous les peuples, qui ne s'adressent pas au Français, à l'Allemand, ou à l'Anglais, au blanc ou au noir, mais à l'homme, à l'être raisonnable quel qu'il soit, ne sont-elles pas déjà les premières et désormais inébranlables assises d'une organisation politique du monde? L'homme a pris possession du globe comme de sa demeure : un jour doit venir où il n'y sera plus nulle part un étranger ^

Cette puissante conception plane sur tout l'ouvrage de M. Bluntschli. L'auteur ne se contente pas d'éclairer le passé : il

* Le décret français du 18 mars 1852 sur la propriété littéraire et artistique rentre tout a fait dans cet esprit : Art. le»*. « La contrefaçon sur le territoire français d^ ouvrages publiés à V étranger » [même par des étrangers]... « constitue un délit. » — - La France protège ainsi sur son sol les auteurs du monde entier.

Page 1