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II. — Noblesse des chevaliers

Nous rencontrons, entre Tancienne noblesse dynastique et l'ordre des simples hommes libres, un groupe intermédiaire issu ^® ce dernier, les « Mittelfreie » (libres du milieu) : c'est l'exprèssion du Hiroir de Saxe. On en retrouve des traces dans le midi ^^ TÂllemagne dès le temps de la monarchie franque. L'usage ^^ les appeler nobles [Edelleute) ne s'établit qu'au xiv® siècle, et *^s distingua plus exactement des simples libres en les rappro- ^^^ni de la haute noblesse.

Cet ordre comprenait :

l'^Les schoffenbar Freie à) ou les libres qui avaient continué

<*) BoUxendor/f les appelle « les débris de l'ancienne liberté commune. »

(Encyclopédie, I, p. 176.) — Le mot schôffen a été souvent pris comme

synonyme d'échevin, et par suite, on a considéré les schôffen comme de

^^^iûbUs magistrats {Guisot^ entre autres, qui cite Savigny, Essais sur

'^^t., p. 204, 233, 234.) Ce n'est guère conforme au langage des auteurs

^letnanda. On verra notamment, liv. VII, chap. vu, que M. Bluntschli les

appose toujours aux magistrats {Richter) comme des personnes privées

chargées de trouver la sentence {Vrteilfinder). Holtzendorfif est dans le même

^^is (o. c, p. i76). Savigny (Hist. du dr. rom. au moy. âge, I, p. 155 et suiv.,

^' 195 et suiv.) dit simplement en résumé : « A Torigine, l'ensemble des

^onameg libres formait la nation, de qui dérivait toute puissance et tout

'*oit. Toute la constitution politique reposait sur la division du pays en

^^otons {Gauen); chaque canton était une sorte d'union politique plus

^^ï*oite, ayant à sa tête un comte {Graf) qui conduisait les hommes libres

^'^ canton dans la guerre nationale et qui présidait le tribunal. Mais le

^^Oateou son représentant n'avait ici que la présidence; il n'avait auawe-

à remplir les fonctions d'assesseurs ou de juges [Schô/fenamt]^ comme les plus riches et les plus considérés de leur ordre. Ils étaient à l'origine munis de grands biens (trois manses (Huhe) au moins)*, qu'ils avaient su conserver francs de charges plus longtemps que la masse des paysans libres, sous la juridiction de la cour des comtes [Grafendinge), par opposition à la justice des baillis. Leurs fonctions deviennent, comme toutes les autres, héréditaires au cours du moyen âge. Ils entrent successivement ensuite dans l'ordre des chevaliers et des seigneurs fonciers.

2® Les vassaux de la noblesse et, depuis que la chevalerie eut pris naissance, les chevaliers munis de fiefs ^.

3** A ceux-ci s'ajoutèrent ensuite nombre de chevaliers sans flefSj la plupart descendant des vassaux et ayant reçu l'éducation des chevaliers ; et plus tard, de simples hommes d'armes, nommés chevaliers par l'empereur ou ses représentants.

4** Les gens de service et écuyers (Dienslleute, Ministeriales^ Edelknechte)^ encore rigoureusement distingués au xiii^ siècle des descendants des chevaliers. Ils sortaient la plupart de la classe

ment la décision. La décision appartenait à tous les hommes libres du canton; tantôt tous en commun, tantôt quelques-uns d*entre eux arbitrairement désignés à cet effet disaient le droit et jugeaient en fait. Ceci changea sous Gharlemagne : quelques-uns parmi les libres furent désignés pour juger ainsi et formèrent par suite un ordre (Stand); mais les autres libres ne perdirent pas pour cela leur droit de siéger au tribunal, et ils continuèrent accidentellement à dire le droit. Je donne à ces juges, sans distinction du temps et de la profession, le nom de schôffen ; par suite, on peut distinguer des schôffen libres [non élus] et des schôfifen élus (par le missus avec le concours du comte et du peuple), et ces derniers sont appelés scabini dans les lois et dans les sources... Le mot scabini ne se rencontre pas avant Gharlemagne et ne désigne jamais que des schôffen élus. » — - On voit que les auteurs emploient volontiers le mot schôffen dans un sens générique, — Savigny ajoute (p. 214) : « Les schoflfen n'étaient pas que les conseils du comte ou du magistrat président. Celui-ci ne participait même pas au jugement. 11 avait pour mission de convoquer les schôffeDf de conduire l'affaire, de faire exécuter la décision rendue; ceux-ci disaient le droit et l'appliquaient au fait. Cette manière est donc absolument différente de celle du juge romain en face du préteur. » — Je ne sache pas que Savigny aille jusqu'à dire que les schôffen élus fussent de véritables magistrats. — V. de plus, infrà, p. 139, note a).

* Sachsenspiegel, III, 81, § 1, 1, 2. [Le mansus est de douze arpents suivant Ducange. Comp. Guisot, Essais, p. 88.J

2 Sachsenspiegel, I, 3, § 2 : « Les scepenbare lûde (les gens du rang de schôffen) et les hommes libres des barons ont aussi le bouclier de guerre [c'est-à-dire des armes nobles). » Schwabensp, 5.

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des lites et des demi-libres (Hôrige, Halbfreie), et s'étaient élevés par des offices ou des services de cour, par les terres qu'ils acquirent, et par leur manière de vivre noble. A Torigine, ils n'avaient pas le droit de posséder des fiefs. Ils montèrent petit à petit au rang des chevaliers, dans lequel ils finirent par se fondre.

5® Dans plusieurs villes impériales, plus rarement dans les villes provinciales , certaines familles nobles ou patriciennes {Geschkchter, Patrizier) qui descendaient de schôffenbare Freie ou de chevaliers, et que distinguait la participation à l'autorité municipale.

Dans ces classes également, le principe envahisseur de Vhéredite personnelle écarta de plus en plus l'importance de la propriété foncière, du genre de vie, des services de cour, et produisit un nombre considérable de nobles n'ayant de la noblesse que leur arbre généalogique. L'ordre des chevaliers 5e /ertna toujours plus étroitement, et cela à l'époque même où les différences intrinsèques s'effaçaient. Par une liaison naturelle, il rechercha les titres distinctifs, et fut largement satisfait. La concession ou l'usurpation en firent sortir une foule de barons, et même de comtes ou de princes, sans baronnie, sans principauté, sans réalité.

U noblesse des offices militaires et civils ne se développpa

pas en Allemagne au même degré qu'en France ; la noblesse

individuelle et savante des Doctores juris était à peu près la seule

^^ception au principe de l'hérédité. Mais la concession des

^^ tires de noblesse n'en fut que plus large et multiplia une no-

*^^€sse nominale déjà trop nombreuse.

A l'exception des chevaliers de T Empire (Beichsritterschaft), qui obtinrent de bonne heure dans leurs domaines épars une indépendance analogue à la Landeshoheit, cette petite noblesse ^^avait ni celle-ci ni la Reichsstandschaft. Mais elle participait au ^''^oii des fiefs, avait souvent certains privilèges sur les fondations ^^\q^ bénéfices, et possédait quelquefois, avec la juridiction qui ^ïi découlait, des droits héréditaires de bailliage ou de seigneurie foncière {Vogtei und Grundherrschaft), toujours attachés cepen- ^sntàdes domaines déterminés. Enfin, elle avait séance dans

les assemblées provinciales [Landsslandschafl], et formait ordinà rement la noblesse de cour des hauts seigneurs.

Sa puissance grandit au xiii® siècle et se maintint jusqu^u XVI®. Puis elle fut lentement attaquée dans ces racines et ne pa résister à la transformation qui s'opéra dans le système dei fonctions, militaires, civiles ou économiques. La guerre deTr^iÉ ans lui fut également fatale *.

Aujourd'hui, Tordre de la petite noblesse est si possible en core plus profondément ébranlé que celui de la haute. Sm assises ont été détruites par la dissolution des liens personnei et du système féodal, par la forme nouvelle des armées et da fonctions, par les progrès de la constitution représentative 0 l'élévation de la bourgeoisie. Elle a perdu ses droits, tantô successivement,, tantôt d'un seul coup. Le tiers-état ne voulu plus rien savoir de ses privilèges et l'attaqua dans son existenc même ; ses distinctions, attribuées à tous les descendants, étaieii en contradiction avec leur raison d'être ; la disproportion, sur tout par rapport à la haute bourgeoisie, s'en augmenta, et 1 confusion fut au comble.

La cupidité des princes fédéraux, lors de la Confédération d« Rhin, s'attaqua surtout aux chevaliers de l'Empire. On incor pora leurs domaines aux priricipautés, on détruisit leurs caa tons. L'acte de 1815 conserva cependant à. leurs familles uii< situation privilégiée, Yautonomiey le droit de séance [Lands standschaft), une certaine juridiction territoriale, des droits di patronage, la police de leurs forêts (Forsthoheit), C'était essaye; de rendre la vie à un'cadavre en l'embaumant. Le droit et TÉta modernes supportaient aussi peu. les tribunaux d'exception qui les immunités d'impôts.

Actuellement, la petite noblesse allemande n'a plus, en gêné rai, de situation légale particulière; elle n'est plus une institu tion de l'État. Les droits rares qui lui restent ici et là, en dehor de son nom et de ses armes, par exemple certains droits derepré sentation spéciale à la chambre haute ou ses fidéicommis nobles ont l'air d'antiquailles. Néanmoins, les nobles qui vivent dans lew terres [Grundadel), et une partie de ceux qui vivent à la cour (Hc

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fadel)t occupent encore une situation importante, et exercent indirectement, dans les fonctions et la politique, une influence qui a son prix ; les offices supérieurs de Tarmée, de la cour et de la diplomatie sont, en fait, généralement remplis par. eux. La noblesse qui n*est que titrée s'est mêlée, dans la société et dans la politique, aux hautes classes bourgeoises, par les mariages et les professions.

La noblesse des chevaliers fut également inférieure à Taristocratie patriotique et nationale de TAngleterre. Une grande partie de la noblesse terrienne d'Allemagne se montra, d'ailleurs, longtemps hostile aux idées et aux réformes nouvelles ; elle s'enthousiasmait romantiquement pour les institutions féodales, et servait plus volontiers l'absolutisme des princes que la liberté des peuples. Aussi la noblesse allemande n'est-elle pas populaire comme celle de l'Angleterre ; les masses la regardent souvent avec méfiance et antipathie, comme elles font en France pour celle des légitimistes. Cependant elle a fourni à toutes les époques des hommes distingués et de vrais patriotes. L'armée lui doit ses meilleurs généraux ; et, dans les grandes périodes de notre développement national, c'est encore de son sein que nous avons vu surgir les premiers combattants et les guides du iiîouvement.

La re/brme de la noblesse allemande a été souvent discutée de ï^os jours. Le moment favorable (de 1852 à 1860) a passé sans qu'on en ait profité. Quelques tentatives avortées prouvent la ^^ible autorité qu'ont auprès des leurs les nobles partisans d'une réforme, et la mauvaise volonté de la majorité. La fondation de l'Empire est enfin venue donner un moyen légal de créer dans une forme nouvelle une aristocratie nationale q^i, tout en recevant les éléments sains, nombreux encore, deTancienne noblesse, embrasse en même temps les formations aristocratiques modernes et écarte sans pitié tous les ^^éments véreux. Une aristocratie forte, indépendante, cultivée, ^st une nécessité politique de la vie d'une grande nation comme Allemagne. De nos jours surtout, et devant l'importance que prennent les masses démocratiques, il devient indispensable de

balancer le poids excessif de la quantité par Téminence df qualité.

Cette aristocratie nationale ne sera plus exclusivement réditaire ; l'hérédité, là où elle sera admise, ne sera mê plus absolue, car il est une noblesse personnelle à côté de noblesse de race^ et la race noble elle-même peut perdre noblesse.

Observation», — /. Riehl (Die bûrgerliche Gesellschafty 1854) montré sous de vives couleurs Timportance de l'aristocratie a mande dans la société, La noblesse n'a plus aujourd'hui qu' importance sociale, qui a sa valeur, mais qui^ faute d'organisal politique, est insuffisante et ne pourra longtemps se mainte Les ordres, en tant que simple division de la société, ne sont le fondement des classes^ et celles-ci doivent être organiques p être réellement politiques,

2. Dans un article du Beutsches Statswôrterbuch, I, p. 5 et 11 fonde des projets de réforme et j'insiste sur la différence entri noblesse latente (passive) et la noblesse réelle (active), La premii donnée par la naissance, est seulement en puissance de dev( réelle et n'engendre aucun privilège ; la seconde suppose ai la distinction personnelle, qui est la .réalisation de cette po bilité. J'ai fait depuis la découverte peu consolante que Ju. Moser avait exprimé cette idée il y a deux siècles [Patriot, Ph tasien, IV, 248), et qu'elle est demeurée ignorée dans tout Tint valle. (Bluntschli, Çeschichte der Statswissenschafï, p. 463).

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