‹ Théorie générale de l'étatChapitre 5 sur 118 · X PRÉFACE DU TRADUCTEUR · texte numérisé non relu

X PRÉFACE DU TRADUCTEUR

indique les voies du présent; il annonce l'avenir : « L'État, dans sa notion idéale, est un organisme humain, une personne humaine. L'esprit qui l'anime est celui de l'humanité; c'est donc l'humanité qui doit être son corps, car il faut à l'esprit un corps correspondant. L'État parfait et l'humanité corporelle et visible sont donc synonymes. L'État ou l'empire universel est donc l'idéal de l'humanité» (p. 21).

Mais, en présence de ce vaste système politique quel sera le rôle, le pouvoir, l'autorité de l'Église? M. Bluntschli se contente ici de repousser toute théocratie et de proclamer l'indépendance de l'État, personnalité morale qui, dans ses formes élevées, se gouverne librement, consciemment, et virilement elle-même. Ce n'est pas dans ce volume que l'auteur examinera la question délicate des rapports de l'Église et de l'État. Nous n'avons donc pas à nous y arrêter non plus ^ Signalons seulement une expression qui pourrait contenir tout un système : « L'État a le caractère masculin : c'est Y homme (vir) ; l'Église a le caractère féminin : c'est la femme » (p. 17 et 19).

L'idée est belle et vraie en un sens. La douceur, l'indulgence, la soumission au dogme révélé, l'idéalité, sont plutôt les attributs de l'Église; la force, l'action, la fierté, la volonté indépendante, la raison, ceux de l'État. L'Église chrétienne ne s'appelle- t-elle pas elle-même l'épouse du Christ, la mère des hommes? La compagne chaste et recueillie du foyer domestique n'est-elle pas supérieure à l'homme qui s'agite au dehors, par la délicatesse, le désintéressement, l'élévation de son sentiment moral? L'Église

* Nous nous en sommes suffisamment exprimés dans nos préfaces du Droit public et de La Politique, L'auteur repousse, en substance, la séparation de TËglise et de TEtat, demande leur sa^e distinction, et se rallie à la formule célèbre de Gavour : « UEglise libre dans TEtat libre. » Mais il se place surtout en présence des églises chrétiennes existantes, et ne s'explique pas autrement sur TEglise universelle qui devrait correspondre à Tl'^tat universel. Sans doute qu'il la conçoit fondée sur tin large système d'élections, comme presque toutes les Eglises protestantes (voy. p. 346, vol. III.) Le régime représentatif finira-t-il par triompher dans l'Eglise comme il a triomphé dans l'Etat? (Gomp. vol. II, p. 272 et 279, note a.)

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