‹ Théorie générale de l'étatChapitre 43 sur 118 · I. — Le principe · texte numérisé non relu

I. — Le principe

Les ordres du moyen âge achèvent de se dissoudre. Le clergé . qui occupait le premier rang et s*attribuait un caractère presque divin, a cessé d'être un ordre politique. La constitution mo^ derne place les prélats dans l'aristocratie, les autres ecclésiastiques dans la haute bourgeoisie. Nous avons dit la décadences actuelle de la haute et de la petite noblesse, et leur impuissance à s'emparer d'une position politique élevée et indépendante. L'ancienne bourgeoisie elle-même ne forme plus un ordre; les classes cultivées ont une bien autre importance dans notre État représentatif. Enfin, l'ordre le plus calme, le plui attaché aux mœurs et opinions coutumières, celui des paysans, a ressenti l'action du temps et le souffle de la civilisation ; l'industrie s'est transportée jusque dans les campagnes et a brisé l'élément agricole pur.

Les efforts pour rétablir les ordres et en faire la base de l'État ont échoué jusqu'à ce jour. L'instinct des peuples se méfie de ces tentatives ; ils ont grandi, et se sentent dégagés des entraves anciennes ; ils ne veulent à aucun prix en voir le rétablissement, même revisé ou réformé.

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Et cependant la simple fusion de tous les ordres n'est pas meilleure. Les oppositions nombreuses et indéniables que présente une grande nation gardent une haute importance politique. Il faut les ordonner d'une manière qui réponde aux conceptions actuelles, et, dans ce but, substituer la division des classes à celle des ordres. Les ordres modernes ne sont autre chose que des classes.

Les classes sont ordonnées par VEtat et pour TÉtat ; les ordres, au contraire, ont leur fondement immédiat en dehors de rÉtat. Les premières supposent Tunité de la nation, les seconds ignorent cette unité. Les unes sont une institution nationale eiiQ droit public, en vue d'intérêts politiques. Les autres sont plutôt un groupement particulier et de droit privé, dont le but n'est ni exclusivement ni principalement politique : le clergé vit d'abord pour l'Église, la noblesse pour ses droits, le bourgeois pour son métier, l'agriculteur pour la culture de ses terres. On voit dans les ordres les unions naturelles d'une vie et d'une culture semblables ; les différents cercles des professions se séparent les uns des autres; la considération de l'État n'entre pour lien, du moins directement, dans leur lente formation. Les classes, au contraire, sont un produit ra^ion/ie/ de la sagesse de 1 État. Les ordres croissent naturellement ; les classes sont une manifestation de la civilisation : aussi ne les trouve-t-on que chez les peuples avancés ayant une conscience nette du droit public, comme chez les Hellènes, et notamment à Athènes, (l'après la constitution de Solon ; chez les Romains, d'après la constitution de Servius Tulliiis, qui créa le mot; enfin, dans les États modernes.

On peut sans doute, dans la division des classes, avoir égard îiux ordres existants; mais il n'est ni nécessaire ni même désirable que la correspondance soit rigoureuse. La rendre parfaite, ce serait élever l'organisation des ordres au rang d'organisation del'État lui-même, comme au moyen âge dans une certaine ïûesure; ce serait conserver l'exclusivisme de ceux-ci, diviser l'État, renforcer les intérêts et les préjugés particuliers au détriment des intérêts généraux. Au contraire, lorsque les classes

viennent rompre les ordres et en réunir les fractions dans leui sein, elles affermissent la communauté nationale et yiyifienl Tunion politique.

L'importance de la fortune a souvent servi de base à la division des classes (constitution du cens), La fortune devient ainsi le principal facteur politique et, contrairement à la vérité ordinaire, la valeur des citoyens au regard de TÉtat est mesurée au nombre de leurs écus. Cette division appartiendrait plutôt! l'administration et au droit privé qu'au droit public et à la poli tique ; aussi faut-il lui préférer un système organique, qui aL principalement égard à la capacité, à l'aptitude pour l'État; Mais comment reconnaître et déterminer cette capacité ? Ces le point difficile.

En général, on peut distinguer dans les États modernes :

1° La classe qui gouverne, les princes et les fonctionnaires revêtus de l'autorité publique. Leur position domine les autres par la puissance publique qui est entre leurs mains. Ils sont ai la tête de l'État ;

2° La classe aristocratique , qui ne gouverne plus comme telle, mais qui n'occupe pas moins une situation distinguée et indépendante entre la classe qui gouverne et les classes populaires ;

3° Ce qu'on appelle le tiers état, c'est-à-dire la classe de la bourgeoisie libre el cultivée, sans égard à la province ou à la ville qu'elle habite : c'est la véritable classe moyenne ;

4** Les grandes classes populaires, que l'on réunit aussi sous le nom de quatrième ordre, et qui embrassent dans leur cercle étendu les petits bourgeois des villes, les agriculteurs et les grandes masses des travailleurs non compris dans les classes précédentes.

La première classe est la couronne, la dernière le tronc et la racine de l'arbre. Les classes populaires sont la base ; la classe qui gouverne, la tète de l'État. L'énergie et la force de l'État résultent principalement des saines relations de ces deux classes. Les classes intermédiaires, tantôt sous une forme aristocratique, tantôt sous une forme représentative démocratique,

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complètent, contrôlent et limitent Tactivité de la première classe. Leur haute culture, leur position sociale indépendante, les rendent très aptes à veiller au bien général ; leur sentiment élevé du droit et de la liberté les y pousse naturellement. Ce sont les patrons, les représentants» les guides naturels de la grande et dernière classe.

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