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Les Femmes

* Tout le inonde a cru jusqu'à nos jours que les femmes, tout en appartenant, comme leurs maris et leurs pères, au peuple et à la nation, ne se rattachent à TÉtat qu'indirectement, comme ^^s nationaux qui n'ont pas la plénitude des droits. Cependant. un sentiment différent s'est manifesté depuis peu. On se souvient de cette pétition de femmes qui, lors de la Révolution de 1789, demandaient à Louis XVI les droits de citoyen (le vote et Téligit^ililé). La recommandation de Condorcet n'empêcha pas l'Assemblée nationale de repousser la requête avec ironie et sar- ^sme. Mais cette même cause trouve aujourd'hui de zélés défenseurs. Stuart Mill s'en est fait le premier l'avocat dans le Portement anglais, sans succès, on le comprend, puis dans ses ouvres ^ En France, Laboulaye s'est prononcé dans le même sens «. Quelques États particuliers d'Amérique ont même essayé ^e pratiquer ce nouveau principe.

Voici, en somme, les raisons de Stuart Mill :

"^^ « Le but de la représentation, c'est un bon gouvernement ; ^^> les femmes ont, comme les hommes y le droit d'être bien gou- Ver^ées. » — Mais les enfants eux-mêmes n'ont-ils pas ce même

* IDans € Le gouvernement représentatif, y» histoire de T Amérique, vel. IIL

droit naturel, et faut-il donc les appeler à voter? Le droit d'êtit bien gouverné n'engendre point celui de prendre part au goo vernement ni même de le contrôler. Pour gouverner, il fan être personnellement capable; pour être gouverné, il suffit d*êln passif;

2» « Il y a contraste manifeste entre les progrès du droi privé et ceux du droit public. A Torigine, la femme est réput*'* civilement incapable et placée sous tutelle. Plus tard on recoii naît qu'elle peut, aussi bien que l'homme, gérer un patrimoinela tutelle tombe, et la femme est mise dans le droit privé sur 1 même ligne que l'homme. »

« Pourquoi la différence subsisterait-elle dans le droit public On veut que les femmes paient l'impôt, et on leur refuse ledroî qu'ont les hommes de le consentir et d'en contrôler la dépense Il est injuste de refuser aux femmes dans le droit public, l'égà lité qu'on leur reconnaît dans le droit privé et dont on ne peu nier les résultats utiles. »

3® « N'est-ce pas la plus étrange des inconséquences que le peuples refusent tous droits politiques aux femmes, et qu'c même temps ils se reconnaissent les sujets d'une reine, d'un femme investie du droit politique le plus' élevé, du gouverne ment ! »

Grecs et Romains ont ignoré cette dernière exception. Hélic gabale, en introduisant sa mère dans le sénat, blessa si viv< ment les mœurs et les sentiments de Rome, qu'un sénatus-cor suite voua aux dieux infernaux quiconque à l'avenir tentera d'accorder cet honneur à une femme. La plupart des peuplade germaniques ne voulaient obéir qu'à des hommes *.

Cependant, déjà dans Aristote (Po/., m, 6, 16), nous voyon plusieurs États gouvernés par des reines. Tacite mentionne i même fait comme une particularité des Bretons {Agricola, 16^ Les Lombards suivaient une règle semblable; nombre d'État plus récents l'ont adoptée, et le siècle dernier a vu des femme régner en Angleterre, en Autriche, en Russie, en Espagne, e Portugal et ailleurs, dans des systèmes très divers de gouve" nement.

CONDITIONS FONDAMENTALES DE i/ÉTAT. 185

D'où vient cette singulière exception? Comment les femmes,

dépourvues en principe des droits politiques, peuvent-elles ôlre

appelées au pouvoir politique le plus élevé? Ne serait-il pas plus

naturel de voir une femme dans une fonction subalterne ou

dans les conseils? L'anomalie s'explique historiquement. On a

considéré le pouvoir et la majesté suprême comme le patrimoine

politique de la famille, et l'on a accordé à la femme les mêmes

droits de succession au trône qu'aux héritages paternels. Le pays

a été traité comme un domaine (alleu ou fief), et le principe du

droit privé a passé dans le droit public. Cette exception avait déjà

ce fondement dans l'antiquité; elle s'est étendue de nos jours, et

plusieurs États modernes, qui distinguent d'ailleurs parfaitement

le droit public et le droit privé, et qui se sont complètement

dégagés des idées féodales ou patrimoniales, ont cependant

conservé ce débris des notions anciennes, donnant ainsi plus

d^importance au lien du sang qu'à la nature de l'État et à la

vocation de la femme K

4» a Les femmes, vivant pour la plupart dans leur intérieur, suivraient naturellement l'avis du chef de famille : les épouses voteraient comme leurs maris, les filles, comme leurs pères. Le pouvoir politique le plus conservateur de TÉtat, celui du père de famille, en serait augmenté au regard des éléments qui vivent en dehors de la famille. »

5° « On ne peut empêcher que les femmes n'aient une influence sur la politique, lorsqu'elles en ont tant dans la société, dans les salons, dans leur foyer domestique. Aujourd'hui cette influence 6st désordonnée, cachée, et les femmes l'exercent souvent sans ^voir conscience de leur responsabilité. Ne vaut-il pas mieux lui ouvrir une voie normale, protégée contre les écarts, et faire sentir aux femmes qu'elles sont responsables, en les appelant ^ux droits politiques? »

' Gomp. Làboulaye, Recherches sur la condition civile et politique des femmes, Paris, 1843. — Cependant nombre de règnes de femmes ont été heureux; c'est en partie qu'elles se laissent, plus facilement que les Pï'inces, diriger et conduire par d'habiles ministres.

Ces arguments, dont le quatrième est le plus grave, ne paraissent pas déterminants. On peut répondre par :

1* V usage universel des peuples civilisés. Si cette raison n* pas décisive, elle prévient au moins contre une innovation coi traire au sentiment pratique de l'humanité et aux faits.

2^ La nature des femmes. Elles sont avant tout créées pour la famille ; les luttes et les travaux politiques les rendraient étniK^ ngères à leur vocation naturelle. Les douces vertus de Tépouse et de la mère, les soins du foyer domestique, le sentiment déli«=^t et la grâce de la femme en souffriraient, sans qu'elle-mêHcsie acquit d'ailleurs les vertus et les forces qu'exige la vie publiq^^iae.

3" La nature virile de l'État. Une nation se gouvernant el^3emême ne peut se passer de la mâle énergie, de l'esprit et du ^:^ractère de l'homme ; la faiblesse et la sensibilité de la feuL scne corrompraient l'État.

4° Le danger de voir les partis politiques se passionner encore davantage et franchir toutes les bornes. On augmenter .£iit, au détriment de l'Étal, les forces morales passives, on affaibli :K~âit les actives, car la femme est bien autrement impressionnai.l)Ie que l'homme.

L'État peut sans doute supporter une exception singulière, comme le droit des femmes de succéder au trône; des circonstances favorables et une haute civilisation peuvent même la rendre inoffensive. Une admission générale le ruinerait.

Mais si les femmes n'ont pas une action directe sur l'État, leur influence indirecte est loin d'être à dédaigner. Facilenidï^ dangereuse lorsqu'elle s'inspire de vues politiques, cette ïnûw&tïce peut être salutaire et pure lorsqu'elle est déterminée par 1^ morale ou la religion.

Les femmes politiques célèbres ont presque toujours été nuisibles à l'État ou à leurs partis. La prudence et la ruse féminines se changent en intrigue dans le domaine politique; la hain^^i la vengeance, l'ambition passionnées s'enflamment dans '^ cœur des femmes, et se communiquent aux hommes. Ceci s'applique non seulement aux maîtresses des princes, mais au^

Douses, aux mères de famille qui se sont fait un nom dans histoire. L'histoire de Rome en fournit plusieurs exemples, et L révolution de 1789 ne lemontre pas moins que la cour des )is de France.

Mais la femme agissant au foyer domestique dans sa sphère 3 tranquille influence presque toujours ignorée de l'histoire, a :é bien souvent une bénédiction pour l'homme d'État. Combien e fois n'a-t-il pas trouvé, dans la paix et le bonheur du cercle e la famille, le dédommagement des luttes et des tourments de i vie politique, et des forces nouvelles pour accomplir son deoir ! Combien de fois la femme n'a-t-elle pas adouci sa dureté, lème sa cruauté I Combien d'excès déplorables ne lui a-t-elle as évités! Sa prudente prévoyance sait même lui épargner ien des fautes. Elle Ta souvent retenu par son vif sentiment de i morale et de la justice, ou même sauvé par un conseil inspiré.

L'influence de la femme se montre surtout bienfaisante dans îs souffrances du corps entier de l'État, dans ses malheurs et îs dangers. Plus forte que l'homme dans la douleur, elle lui éprend à supporter sans s'abattre un mal inévitable. Son esprit e sacrifice, toujours vivant, réveille en lui le dévouement vo- ►ntaire à la patrie, et l'estime qu'elle fait du courage porte b.omme aux actes virils.

Aussi le droit public, celui des Germains surtout, a-t-il, par Qe noble tendance, associé la femme aux honneurs et à la dinité publique de son époux. C'est là un juste hommage à l'in- U€nce véritable de la femme, et une digne compensation des roits politiques refusés.

Observation, — Riehl, dans son étude sociale-politique sur les 2mmes (a Die Frauen^ » dans la Deutsche Yierteljahrssch,, 1852,) et >lus encore dans son ouvrage « Die Familie, » attire l'attention, au nilieu d'une foule d'observations fines, sur les rapports des époux lans les diverses conditions. La paysanne est plus près et se rapproche davantage de son mari par les moeurs et la manière de vivre, ^nela citadine cultivée de la haute bourgeoisie, mais elle est soumise ^ un régime domestique plus sévère ; celle-ci se meut dans sa sphère

avec plus de liberté et d'indépendance. Riehl pense aussi qui femme est naturellement du parti conservateur^ qu'elle est une ar cratede naissance. Je crois, pour mapart,quetous les partis politi( appartiennent à la vie de Thomme, aucun à celle de la femme s n'est indirectement, et que les femmes sont mêlées à tous les pai Si Ton veut distinguer, avec la théorie des partis politiques Rohmer, irréfutable en ce point, ceux qui sont plutôt masculin. ceux qui sont non masculins (féminins par relation), on voit cla ment que le parti libéral et le parti conservateur sont du prec genre, le radical et Vahsoluiiste du second.

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