I. — Le Climat
^-'homme, à la différence de l'animal, peut vivre et habiter *^ toute la surface du globe. Sa nature résiste mieux qu'aucune ^^^Q aux influences climatériques, et il dispose de moyens re- ^^ï*quables pour protéger sa vie microscopique contre leur ^^te action.
Le climat exerce cependant une grande influence sur son corps t son esprit. Suivant qu'il habite au pôle où à Téquateur, les ^ïiditions de sa vie changent. Le voyageur qui va du Nord au •^d et s'arrête sous des latitudes diverses , demeure sensible- "^^Qt le même. Mais un peuple qui vient s'établir sous un ciel nouveau, se transforme lentement au physiqne, et peut-être ^*us moral.
Les Romains s'amollirent en Orient; les Germains, qui s'éta- '^'irent sur les côtes de l'Afrique, perdirent leur énergique
volonté ; les Anglais eux-mêmes deviennent paresseux et voluptueux dans les Indes. Bodin (liv. V), Montesquieu (liv. XIV), Filangieri (I. 14. 15.), et récemment Buckle (Histoire de la civilisai. I. ch. ii.), ont examiné ces influences au point de vue de la vie publique et, essayé d*en marquer les règles.
Une observation ancienne montre que les climats extrêmes des tropiques (jusqu'au 23«,28') ou des pôles (depuis le 66»,23') sont moins favorables à la formation et au développement des États que les climats tempérés. La zone tempérée embrasse plus de la moitié du globe solide, et Thémisphère nord, sièg< des peuples cultivés , a lui-même presque autant de terre (2,117,000 milles carrés) que de mers (^,231,000 milles carrés) la proportion des mers est bien plus forte au Sud. Dans les pay froids, la vie commune devient difficile par Téloignement de subsistances et des combustibles ; les familles éparses ont tro à faire à lutter contre la nature pour pouvoir s'occuper d< choses de la civilisation. Dans les pays chauds, les masses soi paresseuses; l'homme développe peu ses forces actives; est surtout passif, et ses passions éclatent parfois avec ut étrange violence. Or, l'État démande Tempire de soi-même de sa liberté, une vertu active et virile. Les habitants des pa; froids ont l'indépendance personnelle, mais ils arrivent peu blement àTunité et à la communauté de TÉtat; ceux des pa: chauds savent moins affirmer leur droits et se donner un régint libre, quesouff*rir facilement le despotisme. Bodin déjàTexpr mait (V. p. 671) : « Les peuples des régions moyennes ont pli de force que ceux du midi et moins de ruses, et plus d'espi que ceux du septentrion et moins de force. Ils sont plus propr* à commander et gouverner les républiques, et plus justes e leurs actions. »
Outre le climat mathématique (solaire), qui ne dépend q« du degré de latitude, la science naturelle moderne étudie cVimaii physique; elle compare la température moyenne d différents lieux, et trace des lignes et des cercles isothermes q ne concordent pas toujours avec les lignes des latitudes, p suite de certains facteurs, comme l'élévation au-dessus c
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niveau de la mer, le voisinage de celle-ci, les vents et les cours d'eau. Cette méthode, qui a augmenté le nombre et l'exactitude des distinctions , n'a fait que confirmer l'avantage des zones tempérées.
Le fait est remarquable : presque tous les États qui ont une importance historique, ont leurs sièges principaux et leurs capitales dans des zones dont la chaleur moyenne varie entre 6** et 16°centig. Tels sont la plupart des Ëtats européens, une grande partie des États de l'Asie (les courbes isothermes s'inclinent ici notablement vers le Sud), et les États de l'Amérique du Nord. Ainsi, Rome a une température moyenne de 15°, 4, Madrid 14%2, Paris 10o,8, Londres 9%8, Vienne lO^B, Constantinople 130,7, Berlin 9%1, Hambourg 8°,7, Copenhague 8°, 2, Zurich 8%8, la Haye 10°. 5, Dresde 8",3, Munich 9o,l, Boston 9»,6, Washington 14°,5, Philadelphie 11°,9, Richmond 13°,8, enfin Péking 11°, 3. En Europe, les villes russes de Moscou (3° ,6) et de Saint-Pétersbourg (3°,1), et les villes Scandinaves deChristiana (5o,3) et de Stockholm (5o,6) sont à peu près les seules qui appartiennent à une zone plus froide, et môme, dans ces villes, la chaleur de l'été s'élève jusqu'à 15° ou 16°; à Montréal (dans le Canada), qui a une moyenne de 6°, 4, le thermomètre monte parfois à 20°,5. Les villes méridionales de Naples (16%4), Lisbonne (16°,4), Mexico (16,6), Duenos- Ayres(16,9), Palerme (17°,2) Sidney (18°,1), Nangasaki (18«3), s'éloignent peu du maximum indiqué. Les chiffres s'élèvent pour Canton (21°,6), le Caire (22^,4), Rio de Janeiro {23°,1), Calcutta (25°,8), Singapore (26°, 5); mais rappelons que le gouvernement chinois siège à Pékin, et que les Indes ont reçu leur civilisation du pays plus doux des Cinq fleuves et des hautes rives du Gange.
La différence des saisons se marque surtout dans les zones tempérées ; elles changent les tableaux de la nature, varient les devoirs, et paraissent exciter heureusement l'esprit de l'homme.
Mais une même contrée renferme souvent elle-même des oppositions très sensibles. Chez un même peuple, nous trouvons
dans les parties froides plus de calme prudence, plus de vigueur musculaire, plus d'opiniâtreté dans le courage ; dans les parties, chaudes, plus d'adresse, une imagination plus vive, un tempérament ardent, des nerfs irritables. Comparez les Italiens du. nord avec ceux du sud\ faites la même comparaison pour tes Français, les Allemands, les Russes : les différences sautent aax. yeux, au moins dans les masses. Bodin va trop loin lorsqu'il affirme que les hommes du nord l'emportent ordinairement daa s les batailles, ceux du sud dans la diplomatie ; mais on peut^ moins conseiller à l'homme d'État d'avoir égard aux caractèr saillants qui les distinguent.
La politique ne peut guère combattre complètement l influences, souvent néfastes, du climat, l'action lente et perp tuelle de la nature. Mais elle peut, et c'est là son principal d voir, utiliser tous les avantages que le climat présente, et s'effoc^ cer de protéger contre ses influences mauvaises.
L^éducation et la loi ont ici leur importance. L'homme du non est plus disposé à l'ivrognerie, l'homme du sud, à la luxuri L'attention et les soins se porteront, suivant les lieux, sur l'u ou l'autre de ses vices, sans oublier cependant que les climat froids exigent des aliments plus abondants et une boisson plu forte, dangereuse dans les climats chauds. La défense de boire du vin avait quelque sens pour les Arabes ; elle n'en aurait aucun pour des Européens*
Dans les zones moyennes froides, on laissera plutôt le travail libre j dans les zones plus chaudes, on pourrait y pousser et l'encourager. L'homme est au fond toujours le même, et par suite, les influences du climat peuvent être en partie combattues : elles ont peu de prise sur les individualités énergiques et bien constituées.
La prévoyance politique est sut'tout importante dans le cas, tout st)écial, où un peuple peut choisir librement sa capitale. Qu'il se garde alors d'Oublier la puissance du climat. L'empereur Ottoll III Commettait une erreur politique énorme, en Voulant transporter à Ronie le siège de l'Empire alletnand. Les Anglais bht été bien inspifés en plaçant à Calcutta le gouvernement des
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Indes. Le choix de Berlin comme capitale de la Prusse, peut soulever de nombreuses critiques; mais il était bien préférable àceluideKœnigsberg. Au point de vue climatérique, Florence fut sagement choisie pour capitale transitoire du nouveau royaume d'Italie ; son climat, plus doux que celui de Turin, moins amollissant que celui de Naples, tenait un juste milieu favorable au sain équilibre de la nation.