VII. — L'État et la propriété privée
La propriété privée, ou la domination de l'homme sur la chose, ^t aussi ancienne que l'homme lui-même. Les premiers hommes gissaient en maîtres et s'appropriaient les choses, lorsqu'ils ^Cueillaient les fruits des arbres pour se nourrir, se choisissaient Vïne caverne pour demeure, ou se couvraient de peaux de bêtes ^t de branchages.
La propriété n'est donc pas née de VÉtat. Dans sa forme pre- ^nière, imparfaite sans doute et mal assurée, elle est l'œuvre de Ja vie individuelle^ et pour ainsi dire V extension de V existence cor- ^Dorelle des individus. L'homme occupe la chose, Tutilise, se l'approprie. Du jour où il a conscience de la légitimité de sa domination, la propriété est parfaite dans son essence. Le nomade lui-même est propriétaire de ses vêtements, de ses armes, de ses troupeaux, de ses instruments, et cependant il n'appartient à aucun État. Robinson, dans son Ile déserte, augmentait et étendait ses propriétés.
Le communisme nie la légitimité de la propriété individuelle, €t rappelle un « vol » à l'égard de tous *. Il se met ainsi en contradiction avec la nature humaine telle que Dieu l'a faite, car
* Proudhon : € La propriété, c'est le vol. »
Dieu a donné « à rhomme puissance sur les poissons de la mei « et les oiseaux du ciel, sur les animaux terrestres et sur toute <c la terre » (Moïse, I, i, 26). Il donne en même temps un démenti à toute Thistoire de Thumanité. La propriété individuelle^^ ^ a été toujours et partout reconnue, et le progrès des temps m la rend que plus achevée. La supprimer serait anéantir h liberté individuelle, dissoudre la famille^ détruire toute civili — m: i sation, en un mot, nous ramener à une barbarie inconnue au: époques les plus grossières *.
La doctrine des socialistes, plus humaine et plus modérée ei apparence, est moins logique encore. Elle a son vrai représen — tant dsLUsFrôbeL Pour lui, la propriété n'est « qu'un ^Z" conféra « par la société, » et le droit de l'individu n'est « que la consé- « quence d'une volonté générale {Gesammtwille) reconnue pat a plusieurs personnes formant entre elles une société souve « raine *.
N'est-ce pas méconnaître également l'individualité et la liberté de l'homme? N'est-ce pas proposer une caricature de la propriété féodale des temps passés, en compensation du libre do- '^' maine qu'une civilisation plus avancée a heureusement conquislT ^ Cette doctrine ne diffère que par son enveloppe de formule^^==^ démocratiques de celle qu'une basse flatterie avait enseignée d'arbitraires despotes.
L'État n'a nullement la disposition absolue de la propriété privée. En elle-même, celle-ci est plutôt en dehors de la sphèr< du droit public : l'État ne la crée ni ne la conserve; il ne peut donc l'enlever; il la protège comme tous les autres droits de rindividu, et il exerce sur elle sa puissance publique, comme il l'exerce sur tous ceux qui habitent son territoire. Ainsi, en principe :
1. UÈiSii garantit la liberté et la sécurité de la propriété ';
* Gomp. Thiers, Delà propriété, liv. H. Il critique parfaitement les deux systèmes, le communiste et le socialiste ; mais il est moins heureux dans le fondement philosophique qu'il donne à la propriété (le travail).
2 Frôbel, Sociale Politik, II, 392 et 400.
3 Plusieurs constitutions le disent expressément. La grande charte de Henri III d^Angleterre (1225) contient déjà plusieurs dispositions en ce sens.
BASES DE l'État dans la nature externe. 231